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CHAPITRE PREMIER

Ce ne fut point un pur effet du hasard si — pour ne citer qu’un seul fait — le duc se mit à former, comme l'humaniste, une collection de médailles et de monnaies.

L’enthousiasme de Pétrarque pour les augustes monuments de Rome antique, pour les vestiges tangibles d’une civilisation qui, aujourd’hui encore, après tant de siècles, nous remplit de stupeur : voila le talisman qui a définitivement rompu le charme. Par là le poète a rendu possible la renaissance des arts, de même que, par ses études d’histoire, de critique et de philologie, pour ne point parler de ses productions originales, il avait provoqué la renaissance des lettres. L’histoire, ici, apporte à 1 induction un témoignage éclatant : la Renaissance florentine n’est-elle pas sortie du cerveau de Brunellesco et n’est-ce pas à Rome que ce puissant initiateur ressentit l’étincelle magique, deux tiers de siècle après Pétrarque ?

Pour plus de clarté, nous grouperons ici en un seul paragraphe les manifestations de toute nature que les monuments de la Ville Eternelle suscitèrent dans l’âme vibrante d’un Pétrarque. Celui-ci — rappelons-le — visita les bords du Tibre à quatre reprises : en 1 337, i Sfl x , 1 3q3 , i35o.

Si, auparavant déjà, les hasards de ses voyages l’avaient mis en présence de ruines grandioses, ce fut à Rome pour la première fois que ses yeux s’ouvrirent sur la splendeur de l’art classique. L’effet fut profond, décisif. De ce jour commença pour lui une existence nouvelle.

D’abord ce fut, dans son esprit et dans son cœur, comme un tumulte’. A la longue seulement ces impressions si variées se tassèrent et il devint possible au poète de mettre quelque méthode dans sa conception de Rome antique. Nous le voyons alors s’occuper tour à tour de classer les monuments dans l’ordre topographique, d’évoquer les souvenirs historiques qui se rattachaient à chacun d’eux, de faire de la propagande contre leur destruction ou leur mutilation. 11 en était réduit à ses seules forces pour un si gigantesque travail de reconstitution et de sauvegarde. Les Romains s’en désintéressaient, [sauf de rares exceptions 2.

i. «In præsens nihil est ’quod inchoare ausim, miraculo rerum tantarum et stuporis mole obrutus. » (Lettre de 1437 au cardinal Giovanni Colonna. Ep. fam., livre II, ép. xiv; éd. Fracassetti, t. I, p. 134.) — Cf. Ep. senil., livreX,ép. 11, p.870 de l’éd. de i58i.

2. « Qui enim hodie magis ignari rerum Romanarum sunt quam Romani cives ? Invitus dico : nusquam minus Roma cognoscitur quam Romæ. » (Ep. famil., livre VI, ép. 11 ; éd. Fracassetti, t. I, P. 314.)

Lors de son premier séjour, le vieux Stefano Colonna tenait compagnie au poète dans ses pérégrinations à travers les ruines. Dans sa lettre de 1349 Pétrarque rappelle au patricien leur promenade le long de la large voie qui, du palais Colonna, conduisait au Capitole, et la halte qu’ils firent pour causer plus commodément, à l’intersection de cette rue avec celle qui menait des monts à l’arc de Camille et de là au Tibre'. Un autre Colonna, Giovanni di San Vito, frère de Stefano , semble avoir pris une part plus active encore aux explorations de l’archéologue en herbe. Celui-ci se plaît à évoquer le souvenir de leurs excursions aux thermes de Dioclétien; ils grimpaient au sommet de la voûte pour y respirer le bon air,yjouir d’une vue étendue et goûter le charme delà solitude1 2. D’autres fois, ils discutaient l’étymologie ou même l’orthographe de certains monuments, tels que le Septizonium de Septime Sévère.

Ailleurs, le poète admire les arcs de triomphe avec leurs statues et leurs inscriptions :

VUE DE ROME PENDANT LE MOYEN-AGE Miniature de la Cosmographie de Ptoîèmèe. Bibliothèque Nationale de Paris, fonds latin, n° 4802.) D'après l’ouvrage de M. de Rossi.

. tam multis clara triumphis

Limina, tôt célébrés, domitis regionibus, arcus Insculptosque duces, inscriptaque marmore bella.

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