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CHAPITRE VI

de Pétrarque, nous citerons, au premier rang, le Char triomphal de l’Empereur Maximilien , gravé sur bois par Albert Dürer, en i522. « Experientia et Solertia » y conduisent le premier couple de chevaux, « Magnanimitas et Audatia », le second, etc. « Gravitas et Perseverantia» accompagnent le char, sur lequel se tiennent, à côté du souverain : te Justicia, Clementia, Veritas, Temperentia, Liberalitas », et diverses autres Vertus.

Holbein a navigué dans les mêmes eaux, lorsqu’il a peint, pour le compte des marchands allemands de Londres, le Triomphe de la Richesse (dont l’étude préparatoire se trouve au Louvre) et le Triomphe de la Pauvreté , qui n’est plus connu que par des gravures anciennes'.

Barthélemy Beham, de son côté, a gravé un Triomphe des nobles et victorieuses Femmes (Bartsch, n" 44), qui a été copié deux fois par Hans Sebald Beham (Bartsch, nos 142-143. La seconde de ces copies porte la date 1549),

Il n’est pas jusqu’à l’Espagne qui ne se soit piquée d’apporter son tribut à Pétrarque.

Brunet cite une édition illustrée, publiée à Logroiio en i5i2 (« Francisco Petrarcha con los segos Triumfos », traduction de Ant. de Obregon).

Une autre édition, publiée à Séville en i526, contient de mauvaises copies de l’édition vénitienne de 1492.

En i532, enfin, parut, également à Séville, chez Juan Verola, une traduction des Triomphes en vers espagnols par Antonio de Obregon, déjà nommé. On y voit six grands bois représentant les six cortèges 2. L’exécution en est aussi grossière que l’invention en est pauvre. Rien de plus indigent, par exemple, que le Triomphe de la Divinité : le Père Éternel, tenant le globe et la croix, est assis sur un trône porté par un pape, un cardinal, des saints. Les symboles évangéliques qui accompagnent la procession sont du dernier grotesque : le lion a l’air d’un caniche ; le bceuf, debout, immobile, dans une prairie, semble empaillé. Sur les visages on chercherait en vain quelque expression, dans les attitudes une ombre de vivacité. Le travail même de la gravure est des plus rudimentaires ; il se compose de petites tailles parallèles, serrées, sans hachures.

Les heios et héroïnes, créés de toutes pièces par Pétrarque, avaient la vie dure : on pouvait croire qu’ils ne survivraient pas à la Renaissance,

1. Woltmann, Holbein und seine Zeit; 2e édition, 1874; t. Il, p. 382-388.

Peut-être, dans son illustration d’Ezéchiel, Holbein s’est-il souvenu du Triomphe de la Divinité. Il y montre les quatre animaux évangéliques d’un

coté, de 1 autre deux roues, puis, sur des nuages,, le Père Éternel ( Historiarum veteris Instrument Icônes ad viytm(l) expressœ ).

2. Cataloguede Livres espagnols rares et précieux „ Paris, Em. Paul et fils et Guillemin, 1899, n° 64.

LE XVIIe SIÈCLE

que l'excès même de leur fécondité les avait tués à jamais. Eh bien, en plein xviie siècle encore, deux artistes supérieurs s’en emparent et en tirent des effets inattendus, l’un insistant davantage sur le côté décoratif, l'autre sur le côté idéographique.

Le premier de ces maîtres, le Florentin Antonio Tempesta (i555-i63o), a orné le casino du palais Ruspigliosi (Pallavicini), à Rome, de deux grandes frises représentant le Triomphe de l’Amour et le Triomphe de la Renommée

FRAGMENTS DU TRIOMPHE DE Par Jacques Sarazin. (Musée Condé,

LA DIVINITÉ à Chantilly.)

(gravées p. 61 et 83) h 11 est impossible d’imaginer des compositions plus riches et plus vivantes. L’ordonnance en est aussi libre que nourrie; les groupes sont merveilleusement pondérés. Dans la première, le char de Cupidon, guidé par Vénus, occupe le centre ; il est précédé et suivi d’une foule d’amants célèbres, parmi lesquels on reconnaît Mars et Vénus, le centaure Nessus, Alexandre et Roxane, etc. Dans la seconde, la Renommée, une trompette à la main, trône sur un char traîné par des éléphants; à ses côtés, se tient une autre femme ailée, brandissant une couronne

1, Longueur, 5 m 88 chacune; hauteur, im27. D’après une note que nous devons à l’obligeance de M. de Navenne, ministre de France près le Saint- Siège, la tradition veut que les peintures du casino Ruspigliosi aient été commandées au Tempesta,

en 1610, par le cardinal Scipion Borghèse, à la famille duquel le palais appartenait à cette époque. — Voy. aussi Titi, Ammaestramento.... di Pittura, Scultura et Architettura nelle Chiese di Roma ; Rome, 1686, p. 283.

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