‹ PétrarqueChapitre 234 sur 252 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

de laurier. Des guerriers, à cheval ou à pied, lui servent d’escorte. Quelques philosophes ou poètes les précèdent.

Plus tard encore, en 1 663, et cette fois à Paris, le sculpteur Jacques Sarazin a créé, pour la chapelle funéraire d’Henri de Bourbon, prince de Condé, dans l’église Saint-Paul-Saint- Louis, une suite de bas-reliefs en bronze, représentant les Triomphes de la Renommée, du Temps, de la Mort et de l’Eternité. Ces sculptures, fondues et ciselées par Perlan, entrèrent, pendant la Révolution, au Musée des Petits-Augustins ' : elles se trouvent aujourd'hui dans la chapelle du château de Chantilly2. Nous les avons fait reproduire d’après les estampages anciens conservés dans l’église Saint- Nicolas-du-Chardonnet, à Paris.

Voici, d’après un contemporain, l’économie de cette composition : « Le pied de la balustrade est enrichi d’une suite de bas-reliefs où, selon les idées de Pétrarque, M. Sarrazin a représenté les Triomphes de la Mort, de la Renommée, du Temps et de l’Éternité. Les Triomphes de la Renommée et de la Mort méritent ici chacun sa remarque, parce que dans celui de la Renommée, M. Sarrazin nous a laissé son portrait au naturel, qui serait confondu parmi tant de figures, à moins que de l’indiquer ici. Il a donc fait paraître dans ce bas-relief une partie des habiles hommes qui, s’étant distingués dans les sciences et dans les arts, ont acquis de la réputation, et surtout il a affecté d'y représenter Michel-Ange, Raphaël et le Titien, et pour lui, il paraît comme dans la foule, orné de la chaîne et de la médaille que lui donna 1 Académie de Florence, et tient à la main une figure de saint Jacques, qui était son patron. Il semble vouloir se cacher à côté de Michel-Ange, qui est la dernière figure de ce bas-relief, et qui porte une main sur le bras de M. Sarrazin, comme pour lui donner courage et lui marquer qu on se repose sur .ses soins pour l’exécution de ce mausolée 3. »

L on ne saurait refuser à Sarazin le mérite d'avoir pénétré dans l’esprit du poème, et d avoir complété la pensée de Pétrarque, tout en créant des

i. Piganiol de la Force, Description historique de la ville de Paris ; éd. de 1765, t. V, p. 11. — Lenoir, Musée royal des Monuments français ; éd. de i8i5, p. 99. — Inventaire général des Richesses d'art de la France. Paris, Monuments religieux ; 1876, t. I, p. 8. — Le R. P. Chérot, Le Père du Grand Condé ; ses derniers écrits et le monument de son cœur conservés a Chantilly. Paris, 1892 (extr. des Études).

1. Chaque Triomphe, d’après une note dont nous sommes redevables à l’obligeance de M. Maçon, conservateur-adjoint du Musée Condé, comprend un bas-relief de grandes dimensions, précédé et suivi de fragments (dont plusieurs sont mal placés dans la

série). Le groupe qui figure à gauche, dans la partie inférieure de notre gravure (p. 61), fait partie du Triomphe de la Renommée. Quant aux autres basreliefs de la même gravure, ils ont été rapprochés d’une manière arbitraire sur l’estampage de Saint- Nicolas-du-Chardonnet. Dans la rangée supérieure du Triomphe de la Divinité , deux personnages debout, à l’extrémité gauche, manquent à Chantilly, tandis qu’ils se trouvent dans l’estampage en question.

3. Mémoires inédits sur la Vie et les Ouvrages des Membres de l’Académie Royale de Peinture et de Sculpture ; Paris, 1854, t. I, 124-125.

Page 1