DESSINS
Lille. — Musée Wicar. Le Triomphe de l’Amour. P. i5o-i5i.
tapisseries
Berlin. — Collection de S. M. l’Empereur. Les six Triomphes. Réplique de ceux de Madrid. Acquis en 1900, en Angleterre (probablement identiques à la suite qui se trouvait au château d’Eastnor-Castle, et qui provenait elle-même du palais Corsini, à Florence. Voir The Ladies' Field , 14 septembre 1901, p. 18, où l’on attribue le dessin de cette suite à Luini ! P. 206, 220.
La hauteur des tapisseries de Berlin varie de 4rao6 à 4ft,i4; leur largeur de 5»5o à 6m22. Leur bordure — à fleurs — est plus large que celle de Madrid,
Autant que l’on en peut juger par les photographies, elles ont plus de fraîcheur et d’accent que celles de Madrid; le caractère flamand y est infiniment plus accusé. Mais nous hésitons à en attribuer le dessin à Bernard van Orley, comme le font plusieurs savants berlinois. La composition, en effet, a beaucoup plus de liberté et de pondération que n’en offrent les ouvrages authentiques de van Orley : il suffît de la comparer aux Belles Chasses de Guise, pour se convaincre que cette tenture et la nôtre, qui est d’un art déjà plus avancé, ne sauraient sortir de la même main.
La principale différence entre la suite de Madrid et celle de Berlin vient de ce que celle-ci, étant plus basse, le haute-lissier s’est vu contraint de modifier la composition de la partie supérieure, afin de gagner la place nécessaire. C’est pourquoi, partout où, dans la tenture de Madrid, le char est attelé de quatre animaux, la tenture de Berlin n’en a que deux. L’interprète a pris plaisir, d’autre part, à varier, sans nécessité apparente, certains types ou attitudes : tel personnage qui se montrait de trois quarts se montre de face, etc. C’est ainsi que, au premier plan du Triomphe de la Mort , le groupe central a été complètement modifié : la femme à la coupe, qui, à Madrid, se présente de trois quarts, se présente de profil à Berlin, et sa voisine la regarde, tandis qu’à Madrid elle tourne la tête du côté opposé !
L’exemplaire de Berlin contient le Triomphe de la Divinité , qui manque dans l’exemplaire de Madrid. C’est une scène d’une grandeur épique, pleine de souffle et de majesté. Sur un char traîné par les quatre symboles des Evangélistes, trônent le Père, le Fils et le Saint-Esprit, représentés sous forme de vieillards (assez maussades), coiffés de tiares et tenant des sceptres. Devant et derrière eux volent des anges,
CATALOGUE
dans des attitudes très mouvementées, les mains étendues ou jointes. A côté du char plane une femme tenant une épée. Une foule compacte le précède et le suit. Dans ses rangs serrés, on reconnaît saint Laurent avec le gril, saint Christophe portant l’Enfant Jésus, Moïse avec les Tables de la Loi, Noé avec l’arche. Tout ce groupe a infiniment d’allure. Dans la partie inférieure, ce ne sont que scènes de désolation et de carnage, rappelant les signes précurseurs de la fin du monde. L’ouragan renverse les arbres et les maisons, fait sombrer les navires. L’Amour est précipité en bas de son char ; enfin, le premier plan est jonché de cadavres : le Temps, la Renommée, la Mort, la Chasteté, Vénus et Cupidon, gisent à terre, les uns à côté des autres. La scène est véritablement saisissante.
Nous tenons à remercier ici M. le Dr Lessing, directeur du Musée d’Art industriel de Berlin, qui nous a signalé cette riche tenture, jusqu’ici inédite, ainsi que M. le Dr Seidel et M. le D1' Kristeller, qui nous en ont communiqué les photographies.
Berlin. — Musée d’Art industriel. Le Triomphe de la Renommée. P. 206, 217, 219.
Hampton Court. — P. 206-212, 214. Voir Londres.
Londres. — Musée de South Kensington. P. 129, 206-212, 214, 228. Planches hors texte.
Ainsi que nous l’avons indiqué (p. 228), le Combat de la Chasteté et de la Mort est inspiré de la miniature du manuscrit n° 594 de la Bibliothèque nationale de Paris. Les légendes : « Haulx Pensers et eslevées Considérations », « Pourveu Pencement », « Laure par raison », s’y retrouvent textuellement. Mais ce n’est pas tout : dans les deux compositions, le premier plan est occupé par Lucrèce, dont le page Bonvouloir porte la traîne ; dans les deux, la Renommée tient une colonne et un écu ; dans les deux, Scipion l’Africain chevauche près du char. Signalons surtout les anges tenant un voile derrière la tête de la Chasteté : ce motif se retrouve dans la tapisserie comme dans la miniature. Évidemment, plusieurs lustres séparent les deux ouvrages. La raideur et la sécheresse de la miniature ont fait place à une aisance et à un éclat incomparables. Types, gestes, attitudes, tout a été transformé. Mais il n’en demeure pas moins acquis que l’énigmatique enlumineur du n° 594 a servi de prototype au non moins énigmatique dessinateur de la tapisserie du Kensington et de Hampton Court.
Madrid. — Garde-Meuble royal. P. 187, 206, 2 14-219. Planches hors texte.
Paris. — Collection P. Durrieu. P. 206, 211-
Rome. — Palais du Vatican. P. 201, 219.
— Collection particulière. P. 206, 219-220.
Vienne. — Garde-Meuble impérial. Six tentures.