Finge nunc animo, almam te Romanæ urbis
dédiée au tribun romain, Pétrarque montre les ours, les loups, les aigles et les serpents, s’attaquant à une grande colonne de marbre.
Or, les peintures en question offraient une illustration directe de' ce thème. On y voyait quatre rangées d'animaux soufflant dans des cornes et provoquant la tempête. Au premier rang se trouvaient des lions, des loups et des ours, avec l’inscription : « Ce sont là les puissants barons et les gouvernants criminels » (« Quessi soco (sic) sono li potienti baroni e ricci rettori»). Au second rang venaient des chiens, des porcs, des béliers, avec l’inscription : « Ce sont là les mauvais conseillers attachés aux nobles» (« Quessi soco li mali -conziglieri, seguaci de li nuobili t>). Le troisième rang était occupé par des moutons, des dragons et des renards, symboles des employés infidèles, juges et notaires (« Quesi soco li falzi officiali, judici e notarii »). Le quatrième rang, enfin, contenait des lièvres, des chats, des chèvres et des singes, avec l’inscription : « Ce sont là les brigands, les meurtriers, les faussaires et les exploiteurs parmi les peuples» (« Quessi soco li puopolari, latroni, micidiali, adulteratori e spogliatori »).
Parlerons-nous des artistes ou des amateurs avec lesquels Pétrarque fraya, sur lesquels il put prendre quelque empire ? Mais tout mouvement d’art était pour lors arrêté sur les bords du Tibre !
Les derniers membres de la dynastie des Cosmati, ces habiles marbriers -et mosaïstes romains du xne et du xme siècle, avaient depuis longtemps disparu Seul le goût pour les ornements stelliformes, qui formaient la base -de leurs incrustations, s’était maintenu : on le retrouve, entre autres, dans les fresques de la chapelle Saint-Jean et de la chapelle Saint-Martial, au Palais des Papes, à Avignon, où des imitations de mosaïques servent à .souligner les moulures des édifices.
Un autre artiste romain, Pietro Cavallini, à la fois peintre et mosaïste, .semble également être mort avant l’arrivée de Pétrarque. Nous savons du moins qu’en 1270 il exécuta le tombeau d’Edouard le Confesseur, à l’abbaye de Westminster, et qu’en i3o8 il était occupé à Naples.
Quant à Filippo Rossuti, il avait cherché fortune à Paris, en compagnie
effigiem videre, cogita matronam ævo gravem, sparsa canitie, amictu lacero, pallore miserabili, sed infracto animo et excelsæ pristinæ immemorem majestatis, ita tecum loqui...» (Opéra, éd. de i58i,p. 532.)
Dante s’était borné à montrer Rome qui pleure, veuve abandonnée :
. Roma che piagne
Vedova e sola.
(Purgatoire, ch. vi, v. ii2-ii3.)
Au reste, longtemps avant Pétrarque et Dante, divers auteurs avaient personnifié Rome (Gaspary, Storia délia Letteratura italiana, t. I, p. 481), mais non pas, ce semble, sous forme de veuve en vêtements de deuil.
1. Vov. l’intéressante monographie de M. Gustave Clausse : Les Marbriers romains. Paris, Leroux, 1897.