Inscriptiones christianœ, t. II, p. 3 1 5-3 16.
Voir aussi Voigt, Die Wiederbelebung , 3e édit., t. I, p. 266-267.
au poète de prendre la pyramide de Cestius pour le tombeau de Rémus, en dépit de l’inscription tracée en caractères gigantesques ; ou encore d’attribuer la construction du pont Saint-Pierre à Trajan, alors qu’une double inscription, répétée aux deux extrémités, proclamait les titres d’Hadrien à la paternité de cet ouvrage. De même, il se figura que la colonne Trajane était le tombeau de Trajan et que le Panthéon d’ Agrippa était le temple de Cybèle ! Ayant aperçu, par hasard, l’inscription tracée sur l’obélisque du Vatican, il se contenta de déclarer qu'elle était consacrée aux empereurs : «Divis imperatoribus sacra.» Mais ne sont-ce pas là peccadilles, et pouvonsnous, sans injustice, demander à un homme de génie de créer à lui seul une science aussi vaste que celle des antiquités classiques ! A une telle tâche, il faut le concours de générations entières. Pétrarque a rendu d’assez éclatants services, non seulement comme philologue, mais encore comme antiquaire, pour mériter à jamais la gratitude de tous ceux qui considèrent la résurrection de l’Antiquité, la Renaissance, pour l’appeler par son nom, comme un bienfait insigne, comme le signal de l’affranchissement de la pensée moderne.
Evidemment, si l’on ne tient pas compte de la différence de temps, on serait aussi en droit de reprocher à Pétrarque d’avoir continué à se servir de l’écriture gothique, de n’avoir pas fait orner ses manuscrits d’initiales à l’antique, de n’avoir pas entrevu l’imprimerie, etc.
Ce serait ignorer la lenteur et la paresse de l’esprit humain que de reprocher à ce grand précurseur de n’avoir pas tout retrouvé à la fois. Que de temps n’a-t-il pas fallu, même aux hommes du métier, pour ouvrir les yeux sur la différence fondamentale entre l’arc en tiers point et l’arc en plein cintre! Force nous est d’aller jusqu’au début du xvi° siècle, jusqu’au lumineux rapport, adressé par Raphaël à Léon X, pour trouver une distinction bien nette entre le style gothique et le style classique !
Combien M. de Nolhac n’a-t-il pas été mieux inspiré en nous montrant Pétrarque plus rapproché de nous que beaucoup d’humanistes des siècles suivants, qui, pleins d’enthousiasme pour les livres et pour les objets d’art des Anciens, n’ont prêté aucune attention aux restes de leurs édifices! « Pétrarque, ajoute M. de Nolhac, est plus avancé qu’Érasme lui-même, qui a visité Rome à trois reprises et habité l’Italie longtemps, sans faire une observation sur un monument antique. Sa religion des ruines n’est peut-être qu’un sentiment de patriote ou qu’une rêverie de poète ; elle le place pourtant audessus de ces princes, papes, prélats, grands amis des arts et des lettres, Mécènes généreux et convaincus, actifs promoteurs de la Renaissance, qui détruisent ou laissent détruire les constructions romaines, sans que
nulle voix, d’ailleurs, s’élève autour d’eux pour protester avec 1 accent indigné de Pétrarque »
M. de Nolhac a raison : les témoignages fournis par Pétrarque lui-mêmevont nous prouver combien ses études sur l’art des anciens furent pénétrantes et fécondes. Et encore n’osons-nous pas nous flatter d’avoir épuisé cette mine; notre excuse est dans l’insuffisance des éditions de l’œuvre latine du maître
Afin d’échapper à tout soupçon de partialité, nous commencerons par reconnaître qu’il est un ordre de témoignages dont Pétrarque abuse et auquel il ne faut pas attacher d’importance. Sans cesse il lui arrive de prononcer les noms d’artistes de l’antiquité ou de citer quelque chef-d œuvie,. soit grec, soit romain1 2 3. Or, ces citations, qui deviendront si fréquentes chez les humanistes du xvc siècle, n’impliquent en nulle façon une étude tant soit peu pénétrante de l’art antique : elles étaient simple affaire de rhétorique. Dante aussi, si peu familiarise avec 1 archéologie classique, n avait-il pas mentionné Pyrgotèle * ?
Cette réserve faite, nous devons à la vérité de constater qu’à tout instant une observation personnelle nous révèle l’intérêt de 1 humaniste du xive siècle pour les vestiges de l’art antique. Ici, il passe en revue lesdifférents modes de sépulture et, pour prouver que l’incinération était en usage chez les Romains, il invoque l’exemple des urnes contenant descendres5. Là, au sujet de l’iconographie de l’empereur Gordien le jeune, il rapproche d’un texte historique sur la beauté de ce prince une statue ou un buste qui le représentait".
Comment aussi ne pas admirer la clairvoyance avec laquelle il distingue les chefs-d’œuvre de la statuaire classique : les Dompteurs de
2. Dans un de ses ouvrages les moins heureux, les fastidieux dialogues intitulés De Remediis utriusque Fortunes, Pétrarque revient à différentes reprises sur l’art des anciens. Le dialogue xli du livre I, « de Statuis », contient cette mention : « Picturæ veterum nullæ usquam, cum adhuc innumerabiles supersint statuæ. » Ailleurs, l’humaniste s’occupe « de vasis corynthiis » (dial, xlii) , « de gemmarum signis (dial, xxxix), de tabulis pictis (dial, xl), de gemmarum poculis » (dial, xxxvm). Mais il est facile de voir que ces dissertations, en général fort vagues, sont uniquement faites à l’aide d’extraits de Pline, dont Pétrarque a d’ailleurs soin de prononcer le nom. Ony chercherait en vain une observation personnelle.