CHAPITRE PREMIER
Triomphe de Camille ne rappelle en rien, ni par sa pompe, ni par son ordonnance, les modèles antiques. A peine si, de loin en loin, 1 on reconnaît quelque réminiscence. Telles sont les statues nues debout sut des piédestaux '.
Serons-nous loin de la vérité en faisant remonter jusqu’à Pétrarque le choix des monuments destinés à représenter la ville de Rome sur une desminiatures du manuscrit de Darmstadt, ou plutôt sur le prototype de ces miniatures, les fresques du palais de Padoue? On y voit, au fond, le Colisée, le « Janus quadrifrons », puis la pyramide surmontée d’un globe, le fort Saint-Ange, avec ses étages en retraite les uns sur les autres, comme dans le plan faisant partie du Livre d’heures du duc de Berry, etc. 1 2
Ce plan en raccourci appelle une comparaison avec la vue de Rome, gravée sur la bulle d’or de l’empereur Charles IV, bulle dont Pétrarque nous entretient longuement dans sa lettre à l’évêque d’Olmutz (29 avril i357) 3.
A la première lecture, nous avons cru avoir affaire à une vue synthétique, du genre de celle que l’empereur Louis le Bavarois, le prédécesseur de Charles IV, avait fait graver sur son sceau et qui nous offre des reproductions plus ou moins fantaisistes de la colonne Trajane, du fort Saint-Ange, du Panthéon, du Colisée, de la basilique de Saint-Pierre, etc. 4 Mais, vérification faite, la bulle de Charles IV forme un recul sur celle de Louisle Bavarois : la prétendue vue de Rome ne se compose que d’un portail à fronton triangulaire, flanqué de deux tours rondes : c’est, en d’autres termes, la reproduction presque littérale du motif qui figure déjà sur le sceau de Conrad I! (1024-1039), et qui reparaît sur celui de Frédéric Ier (ici l’édifice ressemble vaguement au Colisée), de Frédéric II, de Rodolphe Ier, pourêtre repris par Sigismond, enfin par Frédéric III. Les légendes sont également identiques : « Aurea Rorna », puis le vers léonin :
Roma caput mundi régit orbis frena rotundi 5.