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CHAPITRE PREMIER

contentait pas d’étudier les monuments de l’antiquité : il les recherchait pour en parer sa maison. Témoin cette statue grecque ou lomaine qu il rapporta de Florence à Padoue (elle avait été decouverte dans la maison des Brunelleschi) et dont Lorenzo Ghiberti, le grand sculpteur, parlait avec admiration'. Cette statue fut plus tard donnée au marquis de Ferrare par le fils de Lombardo.

Revenons aux fondations d’art de François de Carrare et à la paît qu'y eut Pétrarque.

Le château des souverains de Padoue, qui répond au « Palazzo del Capitano » (affecté aujourd’hui à la Bibliothèque de 1 Université), contenait de nombreuses peintures murales, surtout des portraits.

Dans la salle principale, appelée « Sala dei Giganti » ou « Sala degF Imperatori romani », Avanzi peignit la Captivité de Jugurtha et le Triomphe de Marins , Guariento les Dou^e Césars. Plus tard, on y ajouta les portraits de Pétrarque et de Lombardo délia Seta.

Une salle voisine, la «Sala Tebana», renfermait des peintures illustrant F Histoire de Tlièbes.

Dans une troisième salle, plus petite, étaient représentées des scènes de F Histoire des Carrare ‘ .

Ces peintures prirent naissance avant 1370; la preuve, c'est que, cette même année, le chroniqueur Sozomeno da Pistoja les mentionne à propos de la mort de Manno Donati ’.

François de Carrare, ou plutôt Pétrarque, devança donc de plus d’un siècle et demi Paul Jove, qui, lui aussi, forma une collection de portraits de capitaines célèbres.

Ce qui prouve l’intervention de Pétrarque dans la décoration de la Sala dei Giganti, c'est le titre même de son résumé du De Viris illustrihus : «... Vitarum virorum illiistrium Epitome ad imaginibus virtulibusqiic ornatissimum Virum Franc. Carrariensem. »

Ce résumé était destiné à servir de légende aux fresques. Pétrarque toutefois ne poussa son travail que jusqu’à la biographie de Fabricius. 11 eut pour continuateur Lombardo délia Seta. De là vient que les portraits de tous deux prirent place dans le voisinage des peintures.

1 . Müntz, Les Précurseurs de la Renaissance, p. 40. Cf. Perkins, Lorenzo Ghiberti.

2. J. de Schlosser, Ein veronesisclies Bilderbuch (Annuaire des Musées impériaux d’Autriche, t, XVI, 1895, p. iS3 et suiv.). Cf. Zardo, Petrarca e i Carrares i, p. 60-61.

3. « Paduam proficiscens, postpaucos dies mortem obiit, ubi honorifice sepultus fuit et Dominus Paduæ etiam in atriis suis cum aliis famosis viris belli fecit pingi. » (Muratori, Rerum italicarum Scriptores, t. XVI, col. 1090. Cf. de Nolhac, Le De Viris illustribus de Pétrarque, p. 8-9).

Mais écoutons Lombardo délia Seta : « Ces grands hommes, écrit-il à François de Carrare, tu ne les as pas accueillis seulement dans ton cœur, hôte ardemment épris de leurs vertus ; tu leur as assigné une place magnifique dans la plus belle partie de ton palais ; à la façon des anciens, tu les as honorés de ton hospitalité, en les vêtant d’or et de pourpre, en les faisant admirer par des images et des inscriptions...; tu as fait revivre leurs traits dans une excellente peinture... Non content de les mettre sous tes yeux, tu as choisi, pour t’expliquer leurs actions, le poète unique, ton ami, ton cher ami, le célèbre Pétrarque, que je ne puis nommer sans renouveler une récente douleur. Doué comme il l’était du style des anciens et de l’éloquence des plus habiles, il eût admirablement exaucé ta prière, et déjà il avait accompli diligemment plus de la moitié de la tâche lorsqu'il fut arraché à la terre par l’heure inévitable et porté au ciel par la gloire de ses vertus. Tu avais conçu l’idée de joindre à la vue de

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ANCUS MARTI US CO NS AC (Miniature du

NT LE TEMPLE DE JUPITER FERETRIUS :adt, d'après la publication de M. de Schlosser.)

ces peintures un

noble plaisir pour les oreilles; il devait former ton âme à des conceptions toujours plus grandes, et non seulement ton âme, mais aussi celle du fils généreux que tu élèves pour l’Etat ' . »

Tout souvenir des fresques du château de Padoue a-t-il disparu? Un savant archéologue autrichien, M. de Schlosser, a soutenu le contraire et a cru retrouver, dans un manuscrit de la Bibliothèque de Darmstadt (n° ioi : c’est une traduction italienne du De Viris ilhistribus), la reproduction ou plutôt le résumé de la décoration de la Salle des Géants *. Ce manuscrit toutefois, hâtons-nous de l’ajouter, est postérieur d’une trentaine d’années : il date, d’après M. de Schlosser, de 1400 environ.

Ce qui frappe d’abord dans les miniatures de la Bibliothèque de Darmstadt, c’est que les costumes, comme l’architecture, sont bien ceux du xive siècle, non ceux de l’ancienne Rome. Les personnages y portent des pourpoints et des chausses collantes, des bérets ou des chaperons. Le

1. Nous nous servons de la traduction de M. de Nolhac: Le De Viris ilhistribus de Pétrarque , Notices sur les manuscrits originaux, suivies de fragments

Paris, 1890, p. 8. (Extrait des Notices des. Manuscrits, t. XXXIV, h0 partie, p. 64.)

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