CHAPITRE PREMIER
en pierres, partie en bois; elle était couverte en tuiles et flanquée sur le devant d'une cour et d’un berceau? L’étage inférieur contenait deux chambies à coucher et deux chambres à provisions. A l’étage supérieur se développaient trois chambres à coucher, dont deux avec cheminée, puis une autre chambre et une cuisine avec cheminée. Sur le derrière, dans le bas, se trouvaient une citerne, un four, un colombier, une petite chambte et des étables à porcs'.
La maison de Pétrarque existe encore. Nous en empruntons la description à un écrivain délicat, M. Jusserand, qui l’a visitée récemment : « La maison, convenable et fort jolie, dit-il, comprend un rez-de-chaussée et un étage; un escalier extérieur et un porche à arcades tondes foimant « loggia » y donnent accès. L’étage est divisé en neuf pièces bien aétées, percées de nombreuses fenêtres, dont plusieurs s’ouvrent en balcons ; et de là, on aperçoit, d’un côté la solitude des monts, de l’autre la longue vallée ouverte vers Monselice, et que termine à l’horizon la ligne bleue de la plaine semblable à la mer. D’autres fenêtres sont tournées vers Venise, et la vue s’étend jusqu’aux lagunes par un temps clair. Toutes les pièces ont des plafonds de bois et un carrelage de briques; les croisées sont garnies de vitrages encadrés de plomb. Le haut des murs est orné de peintures représentant des scènes décrites par le poète..." »
Au fur et à mesure qu’il avançait en âge, Pétrarque faisait à l’art (et aussi au confort) des concessions plus larges. Dans sa maison d’Arqua, rien ne rappelait plus la rusticité dont il se piquait à Vaucluse. Aussi bien son aisance croissante lui permettait-elle de satisfaire plus d’un caprice. En 1372, il avait un domestique nombreux (entre autres un cuisinier), cinq ou six copistes, et plusieurs chevaux (jamais moins de deux)1 2 3.
Comment le poète humaniste avait-il meublé et orné sa demeure ? Y avait-il donné asile à quelques œuvres d’art? La question vaudrait la peine qu’on l’examinât ; il est fâcheux que les documents soient si précaires. .
Nous savons seulement, grâce à son testament, que Pétrarque possédait une Madone peinte par Giotto, puis un tableau représentant des mourants, analogues à ceux qu’avait exécutés Apelle4.
Il n’est guère probable que sa maison fût ornée de riches tentures ou tapis, ni de ces vases de métal que ses contemporains faisaient venir de
1. Voir le document apud Zardo, p. io3. — Sur les œuvres d’art réunies au xvii* siècle dans la maison de Pétrarque, voy. Tomasini, Petrarcha r edi virus, éd. de i65o, p. 125 et suiv.