CHAPITRE PREMIER
Le grand bréviaire, acheté à Venise pour le prix de 100 livres, est attribué au frère Jean de Bocheta. (Ce bréviaire était, sans doute aucun,, enrichi de miniatures.)
Sans préconiser les mises en scène fastueuses1, Pétrarque voulait que les principaux rites et cérémonies de la vie fussent accomplis avec décence : c’est là aussi une forme de l’art. C'est ainsi qu’il ne concevait pas que l’on ensevelît un proche ou un ami sans qu’une sépulture honorable perpétuât son souvenir. 11 y fallait notamment quelque belle épitaphe, du genre de celle qu’il composa pour son ami Jacques de Carrare1. Pour le tombeau de son petit-fils (près de Pavie), il composa également uneinscription, en six distiques, qu’il eut soin de faire graver dans le marbre en belles lettres d’or1. L’influence des souvenirs antiques perce dans cette préoccupation d’assurer à chacun un asile suprême digne de lui.
L’idée de la gloire posthume hantait de tout temps le poète : il y fait allusion dans le dernier chant de V Africa : mais, à ce moment, il préférait à une sépulture somptueuse la survie dans la mémoire du grand nombre :
Tu (Africa) nomen renovare meum studiosa memento ;
Qua potes ; hac redeat saltenr sua fama sepulto Et cineri reddatur hortos. Mihi dulcior illo Vita erit in populo et contemptrix gloria busti •.
Avec le temps, l’auteur du Can^oniere revint à des idées moins spiritualistes. Son testament contient une longue énumération des sanctuairesentre lesquels ses héritiers auront le choix pour y fonder sa sépulture, selon qu’il mourra dans telle ou telle localité. La piété du chrétien semêle d’ailleurs ici à la gloriole du disciple des anciens : s’il meurt à. Milan, il demande à être enterré dans la basilique de Saint-Ambroise; si à. Rome, dans la basilique de Sainte-Marie-Majeure ou de Saint-Pierre ; si à Parme, dans la cathédrale; en dehors de ces villes, ce sont les églises des Franciscains qui l’attirent de préférence. 11 insiste, par contre, pour que sa dépouille mortelle soit restituée à la terre avec la plus grande
bibet aquam, quam libenter bibit, multo libentius quam vinum. » (Admirez le trait délicat qui accompagne ce legs !)
1. «Nihil mihi magis quam pompa displicet. » (Epistola ad Posteras. Fracasseti, Epistolœ de Rebus familiaribus, t. I, p. 2.)
2. « Incidendum marmori, ad quod poliendum insignis nunc artificum desudat industria. » ( Ep . fam., livre XI, ép. ni; éd. Fracassetti, t. II, p. 112.I
3. « Bustum ego marmoreum illi infantulo, apud Ticini urbem, bissex elegiis inscriptum, literisqueaureis exaratum, statui, quod vix alteri facerem et mihi ab altéra fieri nollem. » (Ep. sen., livre X, ép. n.) L’épitaphe du petit-fils de Pétrarque se trouve aujourd’hui au palais Malaspina, à Pavie. (Dell’ Acqua, II Palatfo ducale Visconti in Pavia e Francesco Petrarca, p. 26.)