CHAPITRE III
Tel est un autre manuscrit de la Bibliothèque Nationale, datant, lui aussi, du début du xvie siècle (fonds français, n° 224), et non sans analogies avec le précédent. Ses miniatures, sagement ordonnées et très finies (elles se caractérisent par des tons violacés et des ornements Renaissance), ne provoquent, ni ne soutiennent l'intérêt.
Le frontispice nous montre Fortune assise, une bourse à la main (voilà un attribut nouveau!). Autour d’elle, quatre personnages debout, deux qui l’implorent, deux qui geignent. L’un d’eux est désigné par le nom de Douleur. Au-dessus, la roue de la Fortune. Au folio 9, la Fortune a la moitié du visage blanche, l’autre moitié noire. Elle trône entre deux femmes debout. Plus loin (fol. 121 v°), elle apparaît en compagnie de Douleur et de Crainte.
Ces compositions, on le voit, toutes consciencieuses qu’elles sont , n’offrent aucune note pénétrante.
FRONTISPICE DU «TRAITE (Edition de Paris,
LE JEU DE LA PAUME Gravure du Traité des Remèdes, chap. xxv. (Paris, i523.)
La tentative si généreuse, si suggestive, du miniaturiste de Louis XII ne trouva pas d’imitateurs dans notre pays, et immédiatement nous retombons dans des interprétations plus ou moins prosaïques.
Plus faibles encore sont les éditions à gravures.
Prenons celle qui fut publiée à Paris, en i523, chez Galiot du Pré ’. Parmi ses vignettes, pauvres d’invention et pauvres de style, celle du folio A 1 mérite seule d’être signalée ; le dessinateur y a ima-
i . « Messire François Petracqne (sic), des Remèdes de l’une et l’autre Fortune, prospère et adverse, nou¬
vellement imprimé à Paris , pour Galiot du Pré, i523, avant Pasques. »
L’ILLUSTRATION DU TRAITÉ DES REMÈDES
giné d’opposer la Fortune à la Sagesse. La première, assise sur une boule mobile, portant l’inscription « Sedes Fortunæ rotunda », a les yeux bandés; elle tient une roue qui tourne.
La seconde, au contraire, trône sur un siège stable ( « Sedes Virtutis quadrata » ) et regarde dans un miroir, qui réfléchit sa propre image. Il est probable, étant données les inscriptions latines jointes à la gravure, que quelque humaniste aura dirigé le crayon du dessinateur.
On y voit, en outre : folio xx, le « jeu de la Paulme »
(gravé ci-dessus); folio xxxix v°, le Roi trônant au milieu de son conseil ( « d’estre en grandes offices du roy ou d’autres seigneurs » ); folio lxxxi, l’auteur assis devant son pupitre et écrivant; folio lxxxvii, un médecin assis devant un lit dans lequel sont couchés deux époux. A côté de lui, un jeune homme et un petit garçon debout (illustration du dialogue de
« l’Adversité de maladie » ), gravure rude et sans sel; folio cxxv, une dizaine de guerriers debout devant une ville (illustration du dialogue lxvii sur les Sièges) sans signification aucune ; folio cxxxvi, un homme et une femme se rencontrant, accompagnés de plusieurs enfants (dialogue lxxviii, « du Roy qui a perdu son nqyaume»); folio cxlii v°, une gravure circulaire, représentant les régions habitables et inhabitables (dialogue xc, « du mouvement de la terre ») ; folio en v°, trois personnages debout devant une table couverte d’argent (illustration de l’Avarice).
l’amitié des rois Gravure du Traité des Remèdes, chap. xlix. (Augsbourg, i53a.)