LE PREMIER GRENADIER
Une, deux, trois , et Taffaire est bâclée^ c'est ça! Non pas , frère , les Russes, vois-tu, ce n^est pas les Allemands: avec eux il faut taper rude pour les faire reculer de trois pas. Je les connais depuis le temps de la guerre dltalie ; oh ! ce sont de fameux lapins , je t'en réponds.
LE DEUXEÈME GRENADIER.
Tant mieux, morbleu ! s'il faut se battre, tant mieux que ça soit avec des lurons qu'en vaillent la peine. Quelle diable de guerre était • ce en Allemagne ! c'était une partie de chasse... des forteresses qui tombent comme ' des châteaux de cartes, des soldats soi-disant qui se sauvent comme des lièvres. Moi, î aime le Russe, ventrebleu ! ça se tient au poste comme une colonne de pierre durç^ a. §
8o MTKE i^KKovrttn.
H â ]a baïonnette dans le flanc <qù'fl n^tm remue pas Ynêitre la tnotrstache ; pai4eai&-«ioî de lurons counne-ça!...
LE PHKMIER tiBEIf AWEH.
Mais encore serait-il bon desavoir, immàèXït le fourrier, pourquoi nous allons nous battre avec les Russes. Dis , voyons , tu as les ordres du jour imprimés : de grâce, lifr-nous ça encore une fois , et pnis explique ce qui ti*est pas dair.
LE FOURRIEB.
€*est bon ! écoutez. ( // tit ).
• Soldats, la seconde guerre de Pologne'6st 1 commencée. La premicfre s'est terminée à •Friedland et à Tilsitt. A Tilsitt, la Russie a •juré éternelleallianceà la France et gtierreà f l'Angleterre. Elle viole aujourtfhui sesser- •mens. Elle ne vent donner aucune expli- -• cation de son étrange conduite que les aingles françaises n'aient repassé le Rbîn, lais- >sant par là nos alliés k sa discrétion... La nBussie est entraînée par la fatalité! ses n destins doivent s'accomplir! Nous -croitf effle donc dégénérés ? Ne serions^nons donc ^•phjts les soldats d'AusterliCz? Elle nous « place entre le déshonoeor et la guerre ; ^
PBTRS TVAiroTrfcai. &
• dioix ne sftarait être douteux ! Mardions •tionc en a^ant ! passons le Niémen, portons »la guerre sur son territoire ! La seconde » guerre del^alogne sera glorieuse aux armes nîrançaises comme la première: mais la paix *t[ue nous conclurons portera avec elle sa 9 garantie ; elle mettra un terme à la funesie
• influence que la Russie exerce depuis dn- » quante ans sur les affaires de TEurope. *
Eh bien ! rien n'est phis clair : la Russie n!a pas déclaré la guerre à l'Angleterre, comme elle l'avait promis, et elle veut que nous sortons pour toujours de TAllemagne.
LE DirnXîèME FREINA DIXR.
Quant à celte guerre qu'elle n'a pas déclarée à l'Angleterre, moi, ça m'est égal ; mais qu^elle veuille nous chasser de l'Allemagne , halte-là , c'est trop fort de moutarde. C'est un Irait qui ferait courir awx armes toutes nos petites Allemandes contre les Russes.
"LE PREMIER GRENAlttER.
Non , que le diable m'emporte si l'on nous lût quitter FAllemagne avant qu'il ne nous ^aise d'en sortir! En France, il fiiut que le pauvre soldat vive dans les caaemes , qu'il travaille comme ungs^rien, qu'il nettoie
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continuellement son fourniment, qu'il exerce des recrues , qu'il se fasse la soupe avec sa solde, et qu'il mange le pain de munition ; que, dans ses courses, il se contente du logement, d'un coin du foyer etde la lumière du ménage de ses hôtes. Mais, en Allemagne, c'est plus ça ! Le soldat français est partout le maître, chez le baron comme chez le paysan. Là , mange , bois à bouche que veux-tu. Et les Allemandes! oh, les mignonnes ! comme ça valse ! comme c'est bon , gentil , docile ! der teufel! Non , on ne nous chassera pas d'Allemagne, notre petit caporal a raison; il sait bien où nous avons de la joie.