LE FOURRIER
Seulement, il vaudrait mille fois mieux qu'il attendit en Allemagne, avec nous autres, que les Russes vinssent pour nous en déloger ; alors nous saurions bien rabattre leurs prétentions , et nous ne serions pas lancés dans des déserts affamés. Nous n'avons encore vu ni lennemi, ni son pays, et déjà nous manquons de tout. Il nous faut cuire nos biscuits, et boire, au lieu de vin, un maudit schnapps infect, tandis que la cavalerie et lartillerie tuent déjà leurs chevaux...
Mieux vaudrait cinq batailles qu\ine seule marche dans ce pays sauvage, bon pour les loups et les ours» et non pas pour une armée.
LE DEUXIÈME INTERLOCUTEUR
Un peu de courage , monsieur le fourf rier; on voit bien autre chose dans la vie militaire. Corbleu ! en Egypte nous étions accablés par la chaleur et les sables, sans eau, sans pain, à chaque pas aux prises avec les Mamelouks et les Arabes ; dans la première guerre de Pologne, nous vivions sur la neige, nous nous battions contre les Russes^ nous tenant dans la boue jusqu'au
genou, ne connaissant d^autre nourriture que les pommes de terre que nous arrachions de nos mains. Tout cela est passé , oublié ! £h ! même dans FEspagne , dans la belle Espagne, que de maux! La faim, la soif, la chaleur du jour, le frais des nuits, des combats perpétuels contre les habitans armés , et à peine quelques joies inquiètes pour récompense de tant de misères. Mais aussi, la guerre finie, nous étions en paradis, joyeux, riant ^ chantant du matin jus-
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qtt'au soir. Patience ! ce seralaiBeme chose en Russie.
De laiitre côté de leaii vivent encore des Polonais, à ce que m'a dit le capitaine, et il a ouï dire â Tétat-major que les habitans , par milliers , nous attendent sur la rive opposée , qu'ils nous recevront en li^^ bérateurs , les bras ouverts , et , ce qui vaut, mieux, leurs greniers et magasins ouverts à nous tous. Là-bas nous trouverons Wilna, qui est aussi gaie que Varsovie , et c'est à Wilna que s'arrêtera l'expédition. Des que nous aurons passé le ^Niémen , nous ren* contrerons l'ennemi ; nous le battrons, cela va sans dire, et voilà la guerre finie !