‹ Pétre Ivanovitch, suite du Gilblas russe (volume 2)Chapitre 25 sur 43 · LE FOURRIER · texte numérisé non relu

LE FOURRIER

J'aime beaucoup les Polonais; ce sonit de braves camarades ; mais, s'ils ne sont pas plus riches là-bas qu'ici , j'aimerais autant les voir combattre avec nous hors de leur diable de pajs, que d'en aller visi* ter d'autres encore dans ces stèpes. Comment, diantre! et de quoi vivent-ils ici?

// rCy a pas de pain, pas de vin ^ pas de viande.., il y a de Veuu: voilà de l'eau l

c'est tout ce qu'ils ont à vous dire. If'eippç-i reur ferait très bien si ^ en réopmpçpse i% leurs services , il cplouisait les PoJo.nais xaoius loin de nous, sur le Khin^ en Italie^ ou en Espagne. Ils méritent une meilleurQ patrie. Ici, c'est bon pour les Juifs, poyjç ees pendards dont les Polonais ne saven^l que faire. Vous en penserez ce qu'il vou^ plaira^ mais je n'attends pas de grands plaw sirs dans cette nouvelle Pologne où nou^ ^aillons entrer. Nos amis de là vont, çpmnxç, <?eux d'ici, chanter leur vieille chanson:

Il uy a pas de pain , point de vin ; il y a d$ l'eau y en voilà s. voici de Ceau. £!h! Dieu tci bénisse avec ton eau !

LE SERaÇJNT-MAJOR.

Fourrier, tu es mou , mon fils ; accoutumé que tu es à avoir le meilleur morceau dans Iç partage des vivres, et le meilleur logement de la compagnie, parce que c'est toi qui distribues les logement et les munitions d^ lK>ucbe, tu n'aimes pas les lieux où Ton peut se trouver mal logé et mal nourri. Tu es jeune, frère; tu t'y feras; encore cîncj ou six ans avec nous^^t tu ne t^înquièteras l^lus de toutes ces bagatelles. Dans les con-

56 PETEE IVAKOVITCH.

trées où nous entrons, ils sont des siècles sans voir d'ennemis; quelle gloire donc pour nous de nous mesurer avec les Russes, dans leur pays de fer et de glace ! Le sang me bout dans les veines dy penser seulement. Mille bombes ! où n'ont point passé les aigles françaises? Depuis les pyramides d'Egypte jusqu'aux montagnes glacées de la Russie^ auront retenti les cris de victoire de nos guerriers ! Le capitaine dit que l'empereur s'est écrié : t Cette campagne sera la plus glorieuse de toutes. Celui qui n'aura pas été ici avec moi en aura bien du regret.» De là vient qu'à l'armée se trouvent à présent tant de gens de la cour, de ministres et d'administrateurs. Tous veulent être avec nous.

Bientôt , bientôt nous aurons franchi le Niémen, et alors, bataille!

LE PREMIER INTERLOCUTEUR

Bravo!' une bataille! Mille carabines!

notre sergent-major connaît son affaire ; il parle comme un livre, quoique de sa vie il n'ait lu un feuillet; car il a fait comme nous, il a travaillé de la baïonnette, et...

LE DEUXIÈME INTERLOCUTEUR

Ah! nous en fera-t-on des questions à

PETBE IVANOVITCH. 5rj

notre retour en France! Il faudrait donc commencer bien vite et vite finir la guerre.

En songe je vois toujours les Russes immo*> biles à leur rang. Oh ! que je voudrais les tenir là à présent, morbleu! mais allonsnous?

LE TROISIÈME INTERLOCUTEUR

Il nous a été distribué du biscuit en tout pour cinq jours : il faut donc que Ton ne doive pas tarder à se trouver aux prises. Les Russes vont tenir ferme à notre passage de leur frontière.

LE QUATRIÈME INTERLOCUTEUR

Sans aucun doute. Au reste, il n'y a pas à s'inquiéter; le petit caporal aura tout prévu et pourvu à tout, pour la gloire de son armée,

Page 1