LE JEUNE SOLDAT
Il faut être fait de bronze comme un est*
IQpn pour tenir jusqu'à la fin d*une pareille ^chauliourée. Ce pays-ci sera notre tombeiau à tous.
LE VIÇUX TOLTIG^a.
Où est le grand mal ? Grever ici , crever là-bas, c'est tout un...
LE JEUITE SOLDAT.
Mourir sans victoire, sans gloire, sans combats, sans s'être amusé dans les grandes villes! c'est facile à dire pour vous,niessieurs.Vous avez vu beaucoup et tâté de tout. Mais c'est ma première campagne; à rooi,et ça ne vaut pas une pincée de poudre. Jeûner, se traîner dans les sables et les marais, ne voir devant soi que des déserts , des cendres et des cloaques, et mourir de faim en attendant mieux. Ah! grand Dieu, comme il nous a trompés, le petit caporal!
LE vieux GKEV kmEVi (souriant ), La, la, la ! frère ; on nous fait aller , vûicîtu , mais on fxe nous trompe pas. Le petit isaporal nous avait promis des terres en É^pte; il a tenu parole. Ceux qui y sqqI restés en on t pris ppssessipn avec leurs os, «t ceux qui «ont rerefiius €)n FTaoçf ^nt
renoncé au cadeau ; ça fait quitte. H^^ ba^ha!
tB GH4.SSEUR A CHEVAL.
£n Espagne^ il avait aussi promis la paix ft le repos après k victoire. Maintenant il nous dit que cette paix est en Russie; il a donc bien fallu venir ici chercher un bien si précieux !
LE VIEUX VOLTIGEUR
Plaisantez, messieurs, plaisantez, mais le petit caporal a plus d'esprit, dans son petit doigt , que nous , dans toutes nos têtes ensemble. Il sait ce que nous devons faire.
LE JEUJNE SOLDAT.
C'est dommage qu'il ne sache pas aussi bien que nous devons manger et boire.
Vraiment, la belle invention que d'être venu ici! mieux aurait valu nous mener au fond de la mer! nous aurions trouvé au moins du poisson et du seL Mais, en Russie, nous ne trouvons rien que des pommes de pin.
ijEn ce moment Adolphe reparut. Malgré s^ ép^ulettes , lesjUgroupes de solda^sque ne s'iQiuyraient point devant lui, et ç^st avec Ifieiï des efforts qu'il pjut traverser la pUce.
— Si jç ii'e,u$sç trouvé des pfficiers de
i 1 6 tETRE iv kisfoiircB.
ma connaissance, nous passions la nuit à la belle étoile, dit Adolphe. Je suis allé demander un logement au commandant, figurez- vous qu'il m'a réuottdu: — Cherchez vous-même ; logez-vous où et comme vonS pourrez. Il faut convenir que Tordre ici laisse quelque chose à désirer. Nous nous arrêterons chez les officiers que je connais; seulement , souvenez-vous que vous êtes Flamand, et que vous vous êtes volontairement enrôlé dans notre régiment, comme sous-officier.
— C'est convenu, dit 'Vyjighine.
Dans une petite maison où était auparavant un cabaret juif, étaient établis quelques officiers polonais et français de l'état-major, avec les gens de leur suite, militaires ou non. Les maîtres vivaient dans une cour fortsale; sous un abri fait de tonneaux et de planches : les chevaux restaient en plein air. Les officiers se pressaient dans une seule chambre , leurs gens dans une autre et dans la pièce d'entrée. Lorsque tous furent rentrés, on servitune pièce de viande rôtie, à laquelle chacun se mit à faire fête avec son propre couteau et son propre morceau de
FETRE IVAIfOVlTCH* UIJ
pain ; ce dernier article était une rareté^ un luxe de gourmandise. Après , quelques petits verres d'une eau-de-vie de France , que les officiers buvaient en guise de vin , ils se mirent à causer ouver^* tement sur l'état des affaires. Vyjighine en» tendit tout de l'autre chambre, où le rete* liaient la prudence et Tinfériorité de son grade convenu, et où il soupa passablement lie ce qu'Adolphe lui fit passer par les soldats. — Vous avez beau dire, s'écriait un officier français; mais, à mon avis, le général en chef de Tarmée russe est un des plus grands ca^ pitaines de l'époque. Songez que Barclay de Tolly a bouleversé tous les plans, an.éanti toutes les espérances de notre empereur et des généraux les plus expérimentés, par sipn système de retraites; car on. ne peut plqs se disimuler que ce ne soit un système de sa part. Il se rapproche incessamment dufoyer des forces de l'empire, et le combat d'arrîère-garde à Ostrowno a tourné à son avantage^ car, pendant que nous combattions^ il a eu le temps de détruire tous les vivres qui se trouvaient dans Vitebsk. Il est manifeste qu'il n'a point songé à livrçi* ici u^e a. 19
Ti l6 .niBB:: tYAHOIlHH.
•Iwlaîlle'généraleycamnie iiouaclesi^)^aHui5.
- •*-- J'étais près de Napoléon ^^ sun. la hautteur, lorsqu'il ^déjeunait au^amilieu idts i tirailleurs , dit un officier de génie polonais; * il était extrêmenient gai ; il plaisanta méiae -quand une balle frappa un de sesaideanle- ' camp placé à quelques pas ide^ lui 9 disait t^que c'était un cartel pour le duel du lendemain* En se séparant de Murât , il lui cUt :
— A demain , à cinq heures, le soleil d'Aufiterliti i
** Mais aussi de quelle colère il était le 'lendemain matin, en ne trouvant plus trace •^de Tarmée russe! ajouta un . officier ; fraa- 'çais.
«— Voilà pourquoi il a reçu si froidemeat ^la députaiion de Yitebsk, qui lui apportait < les clefs de la ville, dit un officier polonais.
-^ Il n'y avait pas de quoi se réjouir, dit un autre officier. Quelle aubaine qauae Ville désertée par presque tous ses habitans !
•— ■ Il ne fallait pourtant pas permettre
r qu^on pillât les habitans qui sont restés, dit
Adolphe; la nouvelle s en répandra en
Itossie , et nous ttt>uverotis toutes les villes
vesopcest
--^Yionsfivez riaîean, reprit uti dfBaèr français; maïs il paràtt-que notis prendrons id nos quartiers ^'hîver. "Je tiens cela *d*un hkle'de-camp en bhcf de l'état-major.
Hapoléon a tenu conseil avec Murât , fierthier et le prince Eugène , dans sa tente i après la retraite des Russes , de YitebsL Bértbier a dit, entre autres choses: — Cette Notoire après laquelle nous courons, et qui nous devient chaque jour plus nécessaire , nous a encore échappé comn^e sous Wiloa.
Il est vrai que nous avons atteint une arrière- garde, mais est- il bien sûr que ce * S&it Tarrière-garde de la grande année russe p Il est plus vraisemblable, selon moi, qne Barclay s'est retiré sur Smoleuskpar^Iludnia. Jusqu'où feudra-t-îl donc poursuivre les Eusses pour les décider à xine bataille? — Le prince Eugène ajouta: qiiM était besoin d'organiser la Lithuanie reconquise, de fermer des magasins^ des hôpitaux, d'éta- Mir un nouveau point de repos, de défense et de départ, pour une ligne d'opérations qui s'alongeait d'nne manière si effrayante; tontenfin,selonlui,devaitdéciderrempereur às'arrêter sur les confins delavieilleRostie.
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. — Et qu*e$t-ce que Kapoléon a répondu à. cela? demandèrent plusieurs voix.
— Il a senti toute la vérité de ces raisonnemens. Un témoin oculaire m'a dit que Napoléon , en entrant dans son quartier impérial à Y itebsk ^ détacha son épée, et, la posant brusquement sur les cartes dont ses tables étaient déjà couvertes , s'écria:
— Je m'arrête ici, je veux m'y reconnaître , y rallier , y reposer mon armée , et organiser la Pologne; la campagne de 181 A est iSnie ! celle de 1 8 1 3 fera le reste. Ce sont ses propres termes.
— Tant pis ; il vaudrait mieux aller rapidement à Moscou, et ià se reposer, dit l'officier de génie.
— Pure folie! aller à présent à Moscou serait courir à une perte assurée ! répliqua un ofticier français.
— L'empereur dès Wilna avait l'intention de s'arrêter dans ces contrées-ci , dit Adolphe; un jour, à un dîner auquel avaient été invités les députés du duché de Varsovie»
'empereur était très causant et badinait avec eux, nommément avec Wybitsky.
— Quelle distance y a*t-il de Wilna à Moscou?
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demanda Napoléon , comme s'il n*eut pas su exactement la chose ; peut*on y arriver en quarante marches ou six semaines ? Un des députés répondit: — Oui , sire, on le peut.
Là-dessus Napoléon rit aux éclats, et ensuite dit d'un ton grave et solennel : — Non , il vaut mieux arriver à Moscou en deux ans* Si messieurs les Russes se figurent qu*ib m'attireront précipitamment dans le fond de leur empire, ils se trompant beaucoup; Je m'arrêterai vers Vîtcbsk ou Smolensk j et là j^attendrai mes renforts, mes subsistances, et les moyens de soutenir , de continuer la la guerre. Ainsi , messieurs, vous voyez, ajouta Adolphe, que c'est un projet dès long-temps arrêté,
—Dieu- veuille qu'il soit mis à exécution!
dit un Française La Lithuanie est dévastée ; la famine menace Tarmée^ et la dévorera s'il n'arrive pas de subsistances des provinces méridionales. Déjà même , dans nos hôpitaux, il n'y a plus de paille pour les ma»
Tadesi 11 n'y a qu^une seule voie de salut, c'est de s'arrêter ici et d'attendre des secours. Napoléon a déjà parcouru les environs de la ville, et il parle de la fortifier.
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., «-* li^pamit en effet qijie* tout Ae prépare ^*ppur un long séjour, dit n'ngj^nieur : on l^constriiit des abattoirs^ des fours, des établis de. tailleurs , et tout €61 qu'exigent des ç;^tonnen)ens d'iiiver»
; — Avez-yous oui-dire que rémpereur fait démolir les maisons en pierre qui dé(igurent la place du palais? dit un autre officier; il pjsnse dope à rembellissjement de la ville ?«* On assure encore que, pour cet hiver, il arrive de Paris des comédiens, et que, faute de spectatrices dans Vitebsk, les dames deVar^ ^vie et de Wilua seront invitées.
•^- Serait*il vrai ?
— C'est ce que disent tous les aîdes-decamp de Napoléon.
— * Ce sera diarmant! Nous nous repose* rons, nous aurons des amussemens...
— Mieux vaut aller droit à Moscou, dit
ringénieur;
, — Oui, oui ! bien plutôt à Moscou! s'écrièrent plusieurs voix.
«—Superbe! là, du moins, il ne sera pas besoin de mander des spectatrices , dit l!o£ficier de gcnie polonais; dans cette capitale, de laiRussie, nous trouverons asses
PETRE IVANOVITCH. dsS
de beautés, et nous tâcherons, sur ma foi, d*étre auprès d'elles ce qu*ont été les officiers russes pour les Polonaises.
— Leurs très humbles adorateurs, n'est-ce pas?
— Messieurs, pas d'épigrammes, répliqua en souriant l'ingénieur. Ah çà! il est temps de dormir. Hé! les gens! enlevez la table et apportez la paille!
Flir DU TOME DEUXIEME.
NOTES