‹ Pétre Ivanovitch, suite du Gilblas russeChapitre 27 sur 67 · LE LIEUTENANT · texte numérisé non relu

LE LIEUTENANT

Bon ! voici des Cosaques ! voyez ; et n'ontils pas un prisonnier? Oui! du moins, un Français chemine au milieu d'eux.

UN cosaque.

Voici, Votre Noblesse , un officier français qui est arrivé avec un trompette à notre piquet; il dit avoir une lettre à présenter au généralissime.

UN CAPITAINE DE l' ÉTAT-MAJOR.

Un parlementaire ? Où est-il? Un officier français descendit de cheval f et vint au capitaine ; Vyjighine jeta sur lui

PBTEE nriVOYITCH. jS

on regard curieux , et s'élança dans Ma bras en criant :

— Adolphe! mon libérateur !

— Modérez votre ardeur, monsieur le cornette Vyjighine! dit le capitaine. Vous aurez tout le temps d'exprimer votre reconnaissance. M. l'officier français va rester ici; et nous enverrons la lettre au général Konovnitcyne.

Adolphe Morikonsky remit sa dépêche, salua les officiers, et dit à Vyjighine en lui tendant la main :

— Eh bien donc, grâces à Dieu, vous voilà réuni aux vôtres! Je vous remercie d'à- Toir délivré mon domestique. Il m'a raconté comment vous combattiez à la tête d'un attroupement de paysans ; j'étais inquiet de savoir ce que vous seriez devenu depuis; ces coups de main sont dangereux ; vous vous exposiez...

— Mourir ici ou là , qu'importe ? Si cette guerre dure, peu d'entre nous survivront à la campagne , car nous voulons tons coin* battre à mort.

— Dieu veuille plutôt que nous ayons la

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JM* 1 Napoléon , je crois to étra sfrr, désire la paix.

— Alexandre i*e 1* désire point , et nous SQmmçs pour lui, repartit le capitaine. Il tiendra parole ; il n'a rien tant à cœur que îlionneur national. Il a dit : —Je ne poserai point l'épèe tant qu'il y aura un seul entaenri sur le territoire. Cette parole est irrévocable.

— Mais les circonstances souvent changent les intentions en politique, dit Adolphe. Il est temps d'arrêter l'effusion du sang, si funeste aux deux armées et au bon peuple rosse.

— Si votre souverain a du tegtet à cette effusion de sang, que neregagne-t-il là rite droite du Niémen? En Russie, lés Russes combattent et ne transigent pas.

-— Permettez - moi d'interrompre un entretien qui irrite sans aucune utilité pour personne, dit Vyjighine, mon libérateur est filtre bote; parlons do toutautate chose * et çégalons-le à la ruas** 4ë ce <juô Dieu wam

On servit un souper qui p*rut 4 Àdefr phe exquis , magnifique , va qu'U arrivait

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d'ttor camp où l'on manquait de toute* \m nécessités de la vie* Le pain lui setoblatt v être ira luxe, et il en croyait à peine ses yeiix quand il vit paraître des bouteilles do Champagne. Le capitaine fit sauter avec son sobre le goulot d'une bouteille , et le vin moussa dans les coupes* Les officiers russes reroerr cièrent Adolphe d'avoir délivré leur cama*rade, ils choquèrent du verre et burent tous à la santé de leur convive.

— Messieurs* dit Vyjighine , j'ai sur le coeur un poids dont je voudrais me débarrasser promptement, et comme il ne doit rien rester de secret entre nous, permettezmoi de m'expliquer devant vous avec mon libérateur. J'aime une demoiselle russe, qui, par une aventure extraordinaire, est restée à WiWia pendant l'occupation de cette ville pair les Français, Elle y a retrouvé ses bieniaiXeurs, et tout nouvellement j'ai appris du valet de monsieur fl qu'elle est en ce moment dans lie camp français. Expliquez-moi cette énigme., Adelphe,

~-* Qu'y a-t-il là à expliquer? dit en riapt le lieutenant. En e^-tu donq à ignore? que ta Français ont toujours *u le pas sqr naus

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autres près de nos clames? A près cela est-il si étonnant que parmi des centaines de mille Français , il se soit trouvé un galant?...

— Non, frère, interrompit Vyjighine, celle que j'aime n'est pas une de ces poupées mi-russes mi-françaises, qui ont abjuré tout cfe qui est national russe , et ne jurent que ]*ar les Français. Dites , Adolphe , avez-vous vu Elisabeth, où, avec qui?

Adolphe, dès la première question de Pét're, avait baissé la tête sur la poitrine, et paraissait embarrassé de sa réponse; Enfin il dit :

— L'honorable M. Shmighaïlo ayant été envoyé pour accompagner des malades et des blessés russes dans l'intérieur de la Lithuanie j n'osa prendre avec lui sa femme ni Elisabeth, & cause du malheur des temps, et, d'ailleurs, parce qu'on ne le lui avait pas permis. Ces dames restèrent donc chez M. Morikonsky. Sur la route de Grodno, les Cosaques de Tormaçof ont enlevé les Russes, et avec eux M. Shmighaïlo. Cependant madame Shmighaïlo eut occasion de consulter un docteur français, qui, par hasard, découvrit qu'Eti$abeth est sa parente. Cet offi-

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cier de santé sait tous les secrets de sa famille, et il a révélé bien des choses import tantes sur cette princesse qui a amené Elisabeth de Paris en Russie. En se rendant au quartier-général , le docteur, à la demande de madame Shmighaïlo et d'Elisabeth 9 consentit à les prendre avec lui. Ces dames me dirent qu'elles n'étaient venues à la grande armée que pour trouver l'occasion de fuir vers les Russes. Le docteur semble prendre un vif intérêt au sort de sa belle parente; il se conduit avec elle comme avec sa propre enfant, et il m'a dit qu'il ne regrettait plus d'être venu en Russie à présent qu'il a retrouvé une parente qu'il croyait ne plus revoir. Voilà tout ce que je sais. Je n'ai pas osé les questionner à ce sujet, et ellesmêmes n'ont pas jugé à propos de s'en expliquer avec moi plus en détail. Quant à moi, je ne veux rien juger par conjecture...

— Quel est l'âge de ce docteur?...

— Ah, ah! de la jalousie! dit le lieutenant... Allons, à cheval , camarade , et en féal chevalier , va ravir ta dame à l'infidèle.

— Je suis curieux, et non jaloux, répondit Vyjighine.

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— Le* docteur est tin homtae mûr, ^Ht Adolphe; il est très bien de sa personne quoique mûr, comme je l'ai dît. fi est fort instruit et Fort aimable. Cette nouvelle, sans doute, n'est pas très rassurante pour vous; mais, comme vous connaissez le caractère ferme et les sentimens élevés d'Elisabeth, vous devez être convaincu de sa fidélité, bien que nous ne puissions être aussi cer* tains que, de la part du Français , les choses se passent sans quelques fleurettes.

■— Quelle légèreté dans cette dame .Smighaïlo! s'écria Vyjighine dépité. Gomment a-t-elle pu consentir à suivre une armée avec... avec Dieu sait qui !

— Oh! frère, si tu connais les femmes, c'est mauvais signe ! dit le capitaine.

— Le désir de regagner la patrie, de revoir les amis chers à son cœur , dît Adolphe, est son excuse; puis , au fait, c'est an parent de son élève qu'elle s'est fiée:

— Parent ! il faudrait savoir, dit Pétre , à quel degré est cette parenté. Comment se nomme-t-il?

— Fournel.

— Il faut écrire ce nom , dit le lieutenant;

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quand nops prendrons des bagages français je M'informerai de loi , et...

— Çà , messieurs ! dit le capitaine* n'oublions pas que notre convive a droit à pltfs d'égards , *t cette dernière plaisanterie en de trop.

*•» Pardon, monsieur I dit le lieutenant à Adolphe ; je me suis oublié j ce qui me vieilt à l'esprit est tout d'abord au bout de mu langue : c'est mal , j'en conviens.

Un sous-officier qui avait été envoyé tatfèb k dépêche apportée par Adolphe, repartit porteur de Tordre que Ton congédiât Poffi* cier français , en lui déclarant que la rêpottSte du général en chef serait envoyée par un parlementaire russe. Adolphe fit ses adieux Éte* officiers russes , embrassa Vyjighhie et tinofttâ à cheval.

—Dites k Elisabeth que voiism'aveÉ VU;.. que je feute inquiet sur fcoto sort... que jte l'aime*., dit tristement Vyjighine.

Adolphe lui pressa la main et partit.

A peine Adolphe Morikonsiy étaiNll hors de la portée des regartfe, que tout-àtôtop* du côté du carnp n>ssë^lé galop d'tlti <Weval ie fit entendre, CMftàf t un officier

&> PETRE IVAKOVITCH.

de hussards envoyé du quartier-général; il sauta à bas de son cheval , et se précipita .vers ses camarades en s'écriant:— Messieurs, .félicitons -nous! le prince Koutoûzof est arrivé à l'armée , et a pris le commandement général !

— Serait-il vrai ! grâces soient rendues à Dieu! enfin, enfin...! s'écrièrent simultanément les officiers.

— Gloire à toi, seigneur notre Dieu! Jésus sauveur, tu as eu pitié de nous! Voilà que nous avons un des nôtres ! dirent tous les soldats épanouis , en se signant. Et ils conversèrent entre eux,

l'officier d'ordonnance.

Je ne puis vous rendre qu'imparfaitement tout ce que j'ai vu et entendu à l'armée. Koutoûzof est arrivé au commencement de la nuit , et quand la nouvelle en fut connue , tous se félicitèrent les uns les . autres, comme à l'occasion d'une grande victoire ou de la délivrance de la patrie.

Les généraux, les officiers, les soldats prièrent , s'embrassèrent , versèrent des larmes. L'espérance ranima les cœurs , et s'il

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nous était arrivé comme auxiliaire une armée deux fois plus forte que la nôtre, il n'y aurait pas eu autant de joie parmi les troupes. J'ai causé avec un des aides de camp arrivés avec Koutoûzof; il m'a dit que, dans toute sa route, le prince a été reçu par les habitans avec larmes , prières et acclamations ; on se jetait à genoux devant lui, et il était salué comme un libérateur du pays. La confiance qu'il inspire passe tout ce qu'on peut croire. J'ai été ému au fond de l'âme en voyant ces cheveux blancs témoins des immortelles victoires de Souvôrof , en regardant sa blés* sure miraculeuse, qui fait supposer la faveur particulière de la Providence , et rappelle la bravoure de ce général vraiment Russe. Il voulut sur-le-champ voir les régimens; les soldats couraient çà et là pour s'épousseter les uns les autres , désirant paraître à ses yeux d'une manière digne de lui ; mais Koutoûzof dit : — Il ne faut pas , il ne faut rien de tout cela; je suis venu voir seulement si vous vous portez bien , mes enfans ! Le soldat, en campagne , pense Uen à autre chose qu'à l'élégance ; il fout

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qu'il se repose après les travaux, et se prépare à la victoire.

Les soldats ne se possédaient pas de joijpf Ah , ah ! le voilà avec nous , notre èatuchka % disaient-ils ; il connaît nos besoins ; et sous lui , avec joie , nous vivront et mourrons.

Ce n'est pas en vain que l'empereur a dit à Koutoûzof , en l'envoyant à l'armée : Allez êauter la Russie! et il est sûr qu'il sauvera la Russie, lui, ou personne !

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