‹ Pétre Ivanovitch, suite du Gilblas russeChapitre 28 sur 67 · DES SOLDATS · texte numérisé non relu

DES SOLDATS

C'est à présent que nous allons marché* aux Français ! Avec un chef russe nous allons , Dieu merci , nous montrer !

l'officier d'oudokitance.

Koutoûzof était assis sur un banc dé bote, contre une chaumière; les généraux l'eu* touraient et le regardaient avec dévotion t comme le gage de la délivrance du pays. $out*à*coup 1'abatteknent des ttoupes fit

PBYRE IVÀItOVITCH. 65

ptaee k la gaieté , et les chants russes , récréation chérie de nos soldats, qui en avaient comme perdu l'habitude , retentirent à tous les bivouacs. Un des généraux en fit la remarque au prince ; celui-ci sourit, et dit : — Le cœur russe sent qui aime le Russe. Dieu veuille que nous chantions une joyeuse chanson russe , non sur la route de Moscou, mais sur celle de Paris ! En traversant le camp , j'ai vu une activité générale. 11 semble que tous se réveillent pour voler à une grande bataille.

— Dieu veuille !

— Ni la fatigue , ni les travaux qui les attendent n'ont pu engager les guerriers à dormir. La joie et l'espérance portent les cœurs aux épancbemens , et long-temps après minuit ils étaient assis à leurs feux, causant du passé et de l'avenir.

Enfin, le silence s?établit à l'arrière-garde ; les guerriers s'étendirent autour des bivouacs. Vyjighine ne put dormir; des affaires de l'armée sa pensée se portait à son amour , qui , avec le patriotisme le plus pur , remplissait toute son âme. Les amoureox sont

84 PETAE iVÀNOVITCH.

méfians. Vyjighine songeait sans cesse A ce qu'Adolphe venait de lui apprendre. Qui est ce Français qui jouit de la confiance de Lise, au point qu'elle ait consenti à mettre son sort entre ses mains et à voyager avec l'armée ennemie? Un parent! Ne serait-ce pas son père ? Adolphe a parlé de la princesse qui a amené Lise de France; et dans la maison de la princesse Kourdûkof on ne doute point que Lise ne soit sa fille. Avec elle était venu de Paris un médecin ! serait-ce celuici même ? Mais si cette parenté est de pure invention !... O femmes ! qui peut vous comprendre? Elisabeth, la bonne, la tendre Elisabeth a~t-elle pu oublier son premier amour, et comme les femmes du monde se laisser se* duire par l'amabilité française? Non, cela ne se peut!... Mais comment savoir la vérité? comment pénétrer ce mystère?... Telles sont les pensées qui ont agité toute la nuit Vyjighine; à l'aube du jour, son œil, fatigué, commençait à se fermer, lorsque le bruit de la trompette l'appela aux combats.

L'avant-garde française avançait et les Russes commençaient encore à fléchir ; mais les Russes se retiraient non plus avec décou-

PBTEB IYATOVITCH. 85

ragemènt, mais avec le meilleur espoir.

Tons étaient persuadés qu'une bataille ne se ferait pas long-temps attendre, que Kou» toûzof se retirait non pour éviter la bataille, mais seulement pour concentrer les troupes dans une position avantageuse. En combattant à chaque pas , le brave Konovnitsyne conduisait lentement l'arrière-garde.

L'armée russe se développa dans les champs de Borodino. On commença à construire des redoutes et à prendre position dans une vaste étendue. — Nous allons avoir une grande bataille ! dirent les officiers ; c'est ici que nous allons combattre pour la Russie sainte! s'écriaient les soldats; notre R ou toûzof ne livrera pas à l'en* nemi le pays sans combat.

L'arrière-garde commandée par le général Konovnitsyne, après avoir contenu long-temps les Français, s'arrêta sous les murs du couvent de Rolotsk. La fatigue commune suspendit pour quelque temps des luttes sanglantes.

Les guerriers de Konovnitsyne affluèrent dans le temple du couvent, invoquant du fond de leur âme le Maître Tout-Puissant def

££ BBTB& IVlIfOVITCB*

empiras et des peuples* Il était restera mo» pastàre, pour la gardé du temple* quelques moines fort âgés et dévoué* à une aatçe vie, à la vie éternelle; ils ne cessaient de prier et de dire des messes. La voix des serviteurs de Tau tel n'avait plus d'intervalles de repos. Les hommes, dans une cause juste et sainte, ne cessent de recourir à Dieu et à ses ministres.

Vyjighine se promenait dans le jardin du couvent. lA vue des croix qui surmontent Jes tombes, les sons éloignés des chanta, disposaient son âme à La tristesse. Lui qui avait vu de saug-froid la mort dans les combats, il ne pouvait écarter de sombres pen~ sées à la vue de l'asile paisible des morts» À son esprit s'offraient toutes les espérances dont il s'était bercé dans la vie , toutes ses joies futures* comme autant d'illusions voir nés f et la mort éternelle de tous les biens terrestres comme une grande réalité; il (cherchait à se calmer par. la prière , et il dirigea ses pas vers la partie la plu? recelée 4e l'enclos*

r Là» seiAs Jfrmhrage des arbre*, il vit un laaftinecaducaswsurune pierre. Illaboiïd^

*t dut Varréter; lire de *ts rêveries précédentes par une fosse ouverte devant le moine* II le regarda et lui dît :

—Pour qui 9 mon père , est préparée cette fosse?

— Pour moi!

— Mais Dieu ne t'a pas encore appelé, et l'heu^b de notre fin est un mystère de la Providence.

~~ L'heure de ma mort sera celle où 1» ennemi* de nia patrie souilleront ces saintes demeures de leur présence. Je prie Dieu de ne pas même prolonger ma vie jusqu'à cette heure-là. Si mes forces me le permettaient, }0 terminerais ma carrière sous les drapeau* de la patrie; mais dan* la décrépitude où je suis, je n'ai plus qu'à attendre ma fin ici, au bord de ce tombeau que j'ai creusé. Que la terre me ferme les yeux avant que dV voir aperçi* un seqil des destructeurs de 1* Rusai*.

r+r Tu désespères à tort. La fin de nobfe grand prwfces* dan* la main de Dieu ♦ me*

père. IS^Hi* ^oos. <?Qti^tUe i»ci orçme..»

-h- Mon sUef £1&ï que wrt U* efforts humm. «outre h wlwtà divine S XL a plu au

88 PfiTRE IVÀNOVITCH.

Tout-Puissant d'éprouver la Russie; sou* mettons-nous. La Russie ne sera point per» due, mais l'invasion étrangère dans une contrée orthodoxe est une grande plaie, un signe terrible de réprobation contre ce malheureux pays!...

— Ne nous sommes-nous donc pas montrés comme un peuple digne de la bienveillance du ciel ? Voit-on que nous nous soyons lâchement soumis à la force ? Tu sais, mon révérend père, que toute la Russie se levé en masse, etqueles riches sacrifient leursanget leurs biens à ladéfense de la foi et de l'empire.

— Je le sais , je le sais, et j'en rends grâces à Dieu ; oui, la Russie se montre digne du pardon de ses péchés. Mais, mon enfant, il faut encore bien du temps pour que les Russes soient tels qu'ils doivent être, à en juger par les germes de vertus qui ne se sont point encore développés en Russie... Une grande responsabilité devant Dieu et devant les hommes pèse sur les membres de notre haute noblesse. Les grands doivent les premiers payer de leur personne ! : ■" —Pensez-vous que les grands de l'empiré soient dans l'oisiveté en ce moment?

P1TRX IVAJfOVITCH. 8 g

vous êtes dans l'erreur; les comtes et les princes russes combattent dans les rangs de l'armée , d'autres font le sacrifice de leurs biens. Tous.,.

— Non, pas tous! plusieurs remplissent leurs nobles devoirs en actions , plusieurs en simples paroles. Je sais tout cela , quoique depuis vingt ans je ne sois sorti de l'enceinte de ce couvent. Je te dirai plus : un élan momentané n'est point une régénération durable et vraie. Ici, dans ce saint en* clos , j'ai entendu retentir nos temples des sons d'une langue étrangère, de la langue du camp ennemi , et c'étaient des Russes qui parlaient !!... Bien qu'éloigné des vanités du monde , jamais je n'ai demandé à mes compatriotes qui y vivent comme dans leur élément de renoncer aux avantages de la civilisation, aux progrès qui font la gloire des autres peuples. Au contraire j'ai prié et je prie Dieu d'inspirer aux Russes l'amour des sciences , qui mènent à la grandeur et font naître danslame profane une religion éclairée, une foi pure» Moi-même naguère j'ai cultivé , j 'ai chéri les sciences; mais qu'apprend, dis-moi, notre 5. 8

go ' PET»» îvAîrovrrcH.

jeune noblesse si illustre et si riche? avec quel bagage de connaissances nos gentilshommes arrivent-ils à la vieillesse? O! mon fils, tu es jeune encore; et tu Terras peutêtreun journos moeurs réformées ; mais moi, j'ai hâte de monrir. Nomme-moi une seule contrée où les grands soient étrangers à l'idiome de leur pays, où ils confient Féduca* tion de leurs enfans à des étrangers , et ne parient entre eux que dans une langue étran* gère. Voilà ce qui ne subsiste qu'en Russie ! Dans une nation où la fierté nationale peut se ravaler jusqu'à ce point, peut-il exister un vrai patriotisme? Quand on préfère ce qui appartient aux autres, on ne saurait aimer beaucoup ce qu'on a. Je ne veux pas m'expliquer davantage: ton esprit y suppléera. Je te dis seulement qne tous ne sont pas mus par ce sentiment pur qui doit se rallumer comme un feu eouvert, dans toute ânUe Vraiment russe. L'oint du Seigneur a donné l'exemple; le peuple, le peuple s'est soulevé, et ce soleil , cette tempête des £ié- Kfena a emporté après elle des substance* hétérogènes, l'or et le sable. Sois persuadé que tant que la Russie n'en sera pas venue

à voir tous les Russes aimer leur langue et élever leurs enfans dans l'amour de ce qui est national russe, les revers succéderont aux revers dans un cercle sans fin! Une in* vasion d'étmtigeir* en temps de paix est plus dangereuse que les invasions à main armée. En temps de paix, leur invasion est sûre du succès, et c'est alors surtout que, minant les racines, ils finiront par renverser l'arbre même , si nous ne revenons de notre aveugle engouement.

— Ton opinion, mon révérend père, est identiquement la mienne*, mais je me 1-êjottl* de ta guerre actuelle pour ces inerties raison* , et dans l'espoir que j'ai de toîr l'esprit national réveillé par une si tettiblèSêcoasse.

*-*Mftls, ttol, je lie tëu* point sttfvivfë à cette guette. Je me strft attaché du gouffre de la côttuptioti pour *enfr déploré* titjs tictt è&ti* te paisible riôhre , et je fié vetfx fw-toh» le triotaphe de tfos èhnetute. Ù ttttfn ttfetr , *a «afùte volonté saftfirfte l

Dam !é cmp retentit soudain ïe bruit dès trompettes et dû isîûbôw \ VyjijAtorê deflteiNfe âû Yfeht tnohie & béflêdlttfo» , fet

fl jregagna son régiment.

Page 1