‹ PétroneChapitre 100 sur 115 · PkiloloQus^ 1897, p. 545 au milieu · texte numérisé non relu

PkiloloQus^ 1897, p. 545 au milieu

4. Revue de 1897, H, p. 448 : Mario Margaritori, Petronio Arbitra; ricerche biografiche (Vercelli, 1897); Revue de 1898, I, p. 393 et suiv. : Segebade et Lommatzsch, Lexicon Pelronianon (Teubner, 1898) ; Ibid : Rich. Fisch, Tarracina Anxur und Kaiser Galba iin Rojnane des Pelronius Arbiter (Berlin, 1898) : d'après l'auteur, Trimalcion serait une caricature de Galba, et le festin aurait eu lieu à Terracine.

Les règles d'usage dans les fins de phrase, avant un repos, sont-elles observées dans le Satiricon? L'étude des clausules peut-elle nous permettre de ■distinguer entre elles les parties du roman, et de constater les altérations apportées par Fabréviateur au texte original ? Ce chapitre doit aboutir à une conclusion négative; mais une bonne partie de notre science n'est pas faite d'autre chose; je me propose ici uniquement d'exposer, aussi clairement que je pourrai, de quoi il s'agit.

Et d'abord, qu'est-ce que les clausules métriques? ■Quelle importance y attachaient les anciens? Que peuvent-elles apprendre aux modernes?

On appelle clausule métrique une fin de phrase • ou de proposition suivie d'un repos et où Ton retrouve un mètre ou, autrement, une succession de pieds, telle qu'il y en a dans les vers.

Les anciens nous ont avertis eux-mêmes que les orateurs employaient ce moyen pour flatter l'oreille de leur public ; il fallait sans doute éviter les lins qui sont exactement celles des vers les plus connus, ainsi les fins d'hexamètres, dactyle et spondée (- uu - -) et de pentamètres, deux dactyles et une longue (- iju - UU-); pour avoir, en dehors de ces groupements, un rythme agréable à l'oreille, on recourait à l'emploi de certains pieds ; Cicéron indique le crétique (- u -) et l'on trouve en fait chez lui, avant les repos, le crétique ou redoublé

(- u - - u -), ou suivi soit d'un spondée (- u ), soit

d'un trochée (- u - - u), ou encore une suite de deux trochées (- u - u) ou de deux spondées ( ).

Après Cicéron, ces règles devinrent presque fixes; l'oreille se tendait pour vérifier si elles étaient observées; il ne fallait pas que son attente fût trompée {ne quid prœter exspeciatiim cadat).

Tel est, en général, car je ne puis entrer^ dans les détails, l'usage de la prose ornée.

1. On s'est beaucoup occupé, dans ces dernières années, de ce sujet ; le meilleur exposé se trouve, à mon avis, dans un supplément du livre de M. Norden, Die antike Kunstprosa (Teubner, 1898, p. 909 et sulv.). — Cependant, il y a chez lui des textes que je ne scanderais pas comme a fait l'auteur. Dès qu'il s'agit de demiassimilation de la prose à la poésie, comment ne pas admettre que, dans ces fins de phrase, aient été usitées les licences courantes des poètes : notamment qu'on ait élidé les voyelles ou les syllabes finissant par m; allongé certaines brèves à la césure ou mieux au temps fort du pied ; compté comme consonnes i ou u après d'autres lettres [arjetibus pour arietibus, etc.); admis les

Jusqu'à quel point ces règles étaient-elles reconnues? Dès le temps de Cicéron, elles rencontrèrent

des opposants* qui renonçaient délibérément atout rythme, alors même qu'il était offert par le hasard. La rigueur pédantesque de certains rhéteurs et les excès d'élèves trop dociles durent prolonger ces protestations. Je sais bien que, dans la lettre de Sénèque (c, 4), les mots : « on ne s'accorde pas sur les règles du style soigné », « de compositione non constat », peuvent s'entendre du style en général; mais, dans la même phrase, quelques lignes plus loin, il est question des clausules, et je me demande si, par ces mots, Sénèque n'a pas visé de préférence les prétendues règles dont nous essayons de retrouver la formule.

De ces remarques qui reposent sur des faits incontestables, on a voulu, surtout en ces derniers temps, tirer des conséquences : l'observation des règles des

licences analogues dans les mots precs, les noms propres,etc.? Tout cela était de droit, et nous pouvons même supposer qu'il y avait d'autres libertés reçues dont nous ne nous doutons pas, parce que les grammairiens ont négligé de nous en donner la liste. — Notons, en passant, que ces études sont, pour la date, bien moins récentes qu'il ne paraît, puisqu'il y a quelque cinq cents ans, Pomponius Lœtus scandait déjà dans ses manuscrits les fins de phrase des discours de Cicéron (De Nolhac, la Bibliothèque de Fulvio Orsini, p. 20 j). — Je laisse de côté les idées baroques de certains anciens, comme celle de cet original qui, au dire de Pline l'Ancien, retrouvait, dans les mouvements du pouls, une succession de pieds tels que ceux des vers.

1. On cite parmi eux notamment (en dehors des Attiques) ? Varron, César, Salluste et Népos.

clausules pouvait, nous assurait-on, donner le moyen de contrôler, rectifier, de mieux ponctuer nos textes ; par elles on pouvait, dans les ouvrages d'un auteur, faire un départ entre ceux qu'il a soignés particulièrement et ceux qu'il a écrits au courant de la plume; par exemple, entre les lettres intimes de Cicéron et celles qui ont un caractère officiel ou solennel. Enfin, les habitudes d'un auteur dans l'emploi des clausules métriques étant bien établies, on a voulu en tirer des arguments pour ou contre Tauthenticité de ceux de ses ouvrages sur lesquels on discute. Tout ceci a été fait certainement, dans ces dernières années, avec plus de méthode et, de ce côté, il y a progrès.

On a laissé Pétrone de côté * ; la première pensée est d'essayer de lui appliquer la môme méthode et de voir ce que, chez lui, elle peut donner. J'avoue que moi-même, au premier abord, j'en espérais beaucoup. En effet, supposons fondée la théorie nouvelle et voyons ce qu'on en pourrait tirer pour l'étude du Satiricon, Deux choses qui sont certainement très importantes : en un auteur dont tous les personnages parlent toujours très exactement suivant leur condition, qui, dans ses peintures, observe si bien, pour tout le reste, la

\. Du moins, autant que je sache, et je note que M. Norden ne dit rien de cet auteur.

LES CLAUSULES MÉTRIQUES DANS PÉTRONE ÎH

différence des caractères, nous devrions sentir un changement en passant, du bavardage sans règle des gens sans éducation, à la prose ornée où ne manquent jamais les clausules régulières ; on devrait rencontrer celles-ci partout où parle un rhéteur, les disciples des rhéteurs et, en général, les personnages lettrés : elle devraient se trouver avant tout dans les tirades oratoires, les discours ou les apostrophes passionnées. D'autre part, et ceci serait plus important encore, comme il est sûr que ceux qui ont abrégé et remanié le texte, dans les siècles de décadence, n'avaient guère le souci de conserver les clausules dans les phrases qu'ils intercalaient, nous devrions avoir, dans le seul examen des fins de phrase ou de proposition, un moyen commode et sûr de distinguer le texte intégral de Pétrone des parties où le texte a été plus ou moins remanié.

Comment toutes ces belles espérances se sontelles évanouies? 11 a suffi pour cela d'un premier essai. Ces prétendues règles se sont trouvées inapplicables ici et ne nous ont appris rien ou presque rien.

Premier obstacle qu'on rencontre dans l'énoncé même de la règle : on nous avertit que les phrases très courtes sont exceptées de l'observation des règles. Gomme les petites gens s'expriment tous

ainsi, les trois quarts de la Cena et une bonne partie du reste, grâce à cette exception, nous échappent. Et vraiment, dans tous ces passages, nous n'avions pas besoin d'attendre une fin de phrase pour comprendre que c'était un affranchi qui parlait.

D'autre part, dans ce qui reste, on ne voit pas marquée, aussi fortement qu'on le disait, la différence dont les clausules devaient être, dans le style, le signe extérieur. Je ne crois pas qu'on puisse, dans le Satiricon^ faire nettement et partout le départ entre le style négligé des uns, à savoir les colliherti de Trimalcion ou leurs pareils, et le style soutenu, orné, élégant des élèves des rhéteurs Ucholastici ou, comme ils s'appellent entre eux, les gens d'esprit : a zirbanioris notœ hoînines»)^. Les deux styles se valent, du moins au point de vue que nous considérons ici. Partout les fins de phrase sont sensiblement les mêmes; les mêmes clausules reviennent, avec monotonie, là même où on ne les attendait pas. Voilà pour le premier point.

Et, pour le second, le résultat ne sera pas très différent. On reconnaît qu'en latin la moitié des phrases, tout au moins, aboutissent, de par la nature de la langue, à des clausules régulières. L'abréviateur se trouvait dès lors à l'aise pour détruire, sans qu'on s'en doutât, le texte de l'auteur original ; ce

Page 1