‹ PétroneChapitre 76 sur 115 · Sénèque, Quaest. naL, III, xvii, 2 et suivants · texte numérisé non relu

Sénèque, Quaest. naL, III, xvii, 2 et suivants

Colère apparente du maître. L'esclave est déjà entre les bourreaux prêts à frapper : on regarde de plus près : c'étaient des cervelas et des boudins. Ou encore on sert un énorme sanglier; de ses défenses pendent deux corbeilles remplies de figues de toute sorte; tout autour, des marcassins en pâtisserie imitent les petits allaités par la mère. Un coup de couteau dans le ventre, vivement donné, en fait sortir des grives qui s'envolent, sont reprises au filet et distribuées, comme cadeaux, aux convives.

D'ordinaire, avant chaque service, un nomenciilator^ fait une annonce; il ne faut pas qu'aucun des convives puisse ignorer l'âge et la qualité de l'animal ou des animaux offerts à son appétit. A son défaut, et ceci sera l'ordinaire, le maître luimême, dans des boniments caractéristiques, fera valoir le mérite de chaque mets et Tart avec lequel il est servi. Ses discours servent de menu et sont morceaux de choix. Ils sont dignes du festin, de l'amphitryon et des convives!

Les belles imaginations dont nous venons de donner des exemples, soulevaient chez Trimalcion des cris et des applaudissements. Il est probable que, là et ailleurs, elles causaient un plaisir réel à plus d'un convive. Les autres feignaient ou devaient feindre l'ad-

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miration quand ils auraient eu la nausée. Et celle-ci ne pouvait tarder; car de ces effets répétés le résultat le plus certain était sans doute de détruire cela même qu'on voulait faire naître : après une ou deux expériences, il n'y avait plus, il ne pouvait plus y avoir de surprise. Encolpe ne manque pas de nous on avertir. A un moment, Trimalcion avait voulu prévenir ses convives qu'ils ne devaient pas se déclarer trop facilement satisfaits : « Sic no tics Ulixes!» s'écriait-il avec emphase*. Ici le mot se vérifie, mais en se retournant contre lui. On connaît si bien l'amphitryon qu'on ne croit plus qu'à ce qui est indubitablement extraordinaire et nouveau; la simple réali té ne paraît plus vraisemblable, ni môme possible; chacun se défie de l'apparence et s'attend sans cesse à dj^ guelque merveille : Encolpe, qui a été ou qui a feint d'être dupe, n'entend plus s'y laisser prendre-.

Grâce d'ailleurs au caractère de l'amphitryon, on aboutit vite au baroque ou au grotesque. La distribution de présents (apophoreta), sorte de tombola ancienne, oîi les convives gagnent ici tout autre chose que ce que promettait l'énoncé des lots^, est tout à fait dans ce goût. C'est aussi une idée digne de Tri-

2. P. 36, 3 : « Aussi je me mets à regarder dans toute la salle, pour voir si, d'un mur, il ne sortirait pas quelque surprise »; « Itaque totum circumspicere triclinium cœpi ne per parietem automalum aliquod exiret. »

3. Chap. Lvi, p. 37, 14 et suiv Cf. plus haut, p. 131, notes 3 et 4.

malcion qu'un plat où les aliments les plus divers d'apparence, oie, volailles, poissons, oiseaux, sont tous faits de chair de porc*.

Avec les légions d esclaves des grandes maisons, si nombreux que le maître ne les connaissait pas et que souvent ils n'avaient jamais vu leur maître 2, il n'y aurait eu que désordre et confusion dans le service si Ton n'avait eu recours à ce que nous appelons la division du travail. On y recourait donc, en allant jusqu'à ce qui nous paraît être Textrême limite. Dans la salle à manger, tel esclave ne faisait jamais que dresser la table ; tel autre que servir ou découper. Pendant tout le festin comme dans les préparatifs, les occupations de tous, les entrées, les sorties, tous les mouvements sont réglé s comm e ceux d'acteurs au théâtre.

De cet ordre même pouvait naître partout je ne sais quoi de ridicule, qui est ici vivement accentué «et souligné par le satirique. Sans doute tout devait être réglé, dans ces repas, pour éviter que la machinerie ne fut arrêtée ou dérangée; mais il paraît assez et trop, chez le parvenu, que la fête présente a été précédée de plus d'une répétition.

Si l'on ne s'en étonne pas pour ce qui concerne le service lui-même, ou encore pour ce qui est des

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