‹ Pétrone; l'envers de la société romaine et études diversesChapitre 120 sur 128 · LES SOUIICES DE PÉTRONE · texte numérisé non relu

LES SOUIICES DE PÉTRONE

Remarquons, pour la Matrone comme pour le récit dePergame, qu'ils sont mal rattachés à l'action : ce sont do véritables digressions ou intermèdes, comme les Nouvelles que la mode était d'insérer dans les romans du xvii'' siècle; le seul avantage de nos récits est d'être plus courts. Très probablement on avait dû préluder à ce genre d'ouvrages, dans des œuvres grecques.

Au xvii° siècle si l'on admire Pétrone, c'est avant tout pour sa manière de conter : voici ce qu'en dit S' Evremond comme préface au récit de la Matrone : « Après ce que je vous ai dit de Pétrone, vous me croirez bien hardi d'entreprendre de vous faire voir en notre langue quelques traits do ce qui nous reste de ses ouvrages... Je sais qu'il a des grâces inimitables; qu'il y a une certaine fleur

évêque d'Ephèse, une belle païenne convertie par lui, Drusilla, pour fuir son mari et échapper aux poursuites d'un amant follement épris, se cache au fond d'un toni))eau où elle est retrouvée (Ghassang, Ilist. du roman, p. :2Gl). — On nous apprend aussi {Revue des Deux-Momies, l'.'> juillet 1.S97, fin de l'article) que, dans des fouilles modernes, à Palmyre. les voyageurs, forcés parfois de s'éloigner, se réfugiaient, pendant la journée, dans des tombeaux où ils faisaient leur cuisine. Ils y trouvaient parfois des serpents et des loups. — D'autre part Appien iIV, 44 et 47) raconte (luc, pendant les proscriptions, plusieurs prescrits se cachèrent dans des sépulcres, non sans courir grand danger d'être surpris par les brigands ({ui faisaient métier de piller les tombeaux. Mais là l'historien parait songer plutôt à l'Italie. — Sur ce fameux récit j'ajoute les indications suivantes: Imitations anciennes de « la Matrone d'Ephése » dans le recui'il complémentaire de Phèdre, deuxième appendice, fable 14, intitulée : Mulier vidua et M lies (quanta, sit inconstantia et libido mulierum).

d'esprit dans la manière dont il s'exprime; qu'elle se perd dès qu'elle passe en d'autres ^mains; que l'on trouve, en tout ce qu'il dit, un air si naturel et si aisé; un tour si fin et si délicat qu'on ne saurait rendre beauté pour beauté ni le traduire sans le défigurer. » Tout cela est juste, mais n'empêche niullement ' Evremond de s'y risquer.

S'il fallait remonter aux originaux grecs de ces contes, nous serions fort en peine; car nous ignorons quelle était exactement d'une manière'générale la forme et même le sujet de ce genre des récits chez les anciens. Faisaient-ils partie des romans de voyage,, qui ont eu beaucoup de vogue ^ et qui se prêtent à de telles diversions? Point plus important : pour les rendre plus agréables, les auteurs faisaientils, comme Lucien des emprunts à la comédie nouvelle? Reproduisaient-ils quelques-uns de ses types

Répétitions dans Romulus (IV, 9) et dans l'anonyme de Nevelet (fab. 48). — Traductions et Iinitalions : Lafontaine, Contes, V' partie 0 ; éd. Régnier, t. VI, p. C3, voir la notice en tête. — Traductions avec plus ou moins de remaniement dans Brantôme, dise. VII et dans Saint-Evremond : voir l'appendice du tome VI du Lafontaine de Régnier, p. 363 et suiv. — Une autre imitation nous conduirait à l'autre l)out du monde et aussi à une époque bien antérieure : je veux parler de la Matrone du pays de Soung, Contes diinois, par Abcl Remusat, Paris, 1827. En rapprocher la veuve infidèle, nouvelle chinoise : Revue hleue, XX (1877, p. 257.)

1. Se souvenir que dans les frises de la Farnésine, (ju'on date du premier siècle avant notre ère (elles sont maintenant au musée des Thermes; voir Cari Robert, Hermès, XXXVI, 1901), on a cru reconnaître la représentation de divers épisodes d'un roman de voyage.

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OU tels de ses traits fameux? Nous ne pouvons làdessus proposer que des conjectures, manque de tous points d'attache dans la tradition.

M. Roscnbliith profite de rencontres assez curieuses sur certains traits, pour croire à un rapport des caractères de Théophraste avec Pétrone, rapport non direct, mais plutôt par Philodème '. Mais il y aura toujours, d'un de ces auteurs à l'autre, la distance qui sépare une théorie descriptive d'une véritable mise en œuvre.

Faut-il chercher à Rome les originaux du Satiricon? Pétrone avait lu certainement les traductions que Sisenna avait données dos récits licencieux d'Aristide, aussi les nouvelles que peut-être Sisenna avait essayées dans le même genre sur des sujets plus rapprochés de l'Italie. Ici encore la tradition est muette cl nous ne faisons, dans notre recherche pour ainsi dire, que passer d'un point d'interrogation à un autre.

Il est plus fâcheux encore qu'un autre terme de comparaison nous manque, à savoir les œuvres ^ qui formaient ou qui suivaient ce qu'on pourrait appeler la littérature populaire de Rome: les (ogatœ, les Alellanes, les iMimes ^ et autres compo-

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