‹ Pétrone; l'envers de la société romaine et études diversesChapitre 30 sur 128 · GIuip. i.xxxii · texte numérisé non relu

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OU simplement un escroc. Celui-ci est de sang-froid : « Camarade, demande-t-il, de quelle légion es-tu et de quelle centurie? » — « Avec un aplomb impudent, je nomme un centurion, une légion. » — « Mais voyons, dit l'autre, est-ce la mode, dans voire armée, de se promener en phœcasiuin? » On appelait ainsi une chaussure blanche d'origine grecque, qui ne servait qu'aux gymnasiarques, aux prêtres d'Orient, parfois aux femmes, tandis que le légionnaire portait toujours des bottines autrement solides, des caligœ. « Mon visage, mon tremblement trahit mon mensonge. L'autre m'ordonna de laisser là mes armes et de prendre garde à moi. Ainsi dépouillé, incapable de me venger désormais, je rentre à l'auberge. » Voilà ce qu'il en coûte de n'être pas à l'ordonnance.

Ce n'est là qu'une anecdote. Veut-on une description courte, rapide, où l'ensemble, les groupes, les attitudes soient si clairement marqués que l'imagination n'aurait pas, ce semble, beaucoup à ajouter pour donner l'idée d'un tableau véritable? On est à la fin d'un festin ou mieux d'une orgie célébrée en l'honneur de Priapc. Les convives tombent de sommeil: une servante s'amuse aux dépens d'Ascylte, comme les Faunes et la Nymphe de Virgile, quand ils s'avisèrent de barbouiller de mûres la face rubiconde de Silène. Ici la servante frotte de

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suie la figure du dormeur insensible et peint de tatouages ses lèvres et ses épaules. Comment ne pas songer au tableau de Couture, sauf à placer dans un coin cette scène d'espièglerie?

La suite est dans le même ton. « Le sommeil a gagné' de proche en proche tous les assistants; après les convives, les esclaves; avec le dedans, aussi le dehors et les abords de la salle. Des servants, les uns gisent épars aux pieds des convives; les autres s'appuient aux murs; quelques-uns restaient sur le seuil, tète contre tète. Les lampes, où manquait l'huile, ne jetaient plus qu'une lumière défaillante quand deux Syriens, trouvant l'occasion d'un bon coup, entrent dans la salle. Mais voilà qu'ils se prennent de querelle, au milieu de l'argenterie, et qu'en voulant s'arracher une bouteille, ils la brisent. Une table tombe avec la vaisselle d'argent, et une servante assoupie sur le lit reçoit d'en haut, à la tète, une coupe culbutée. Elle jolie les hauts cris, trahit les voleurs et tire de leur ivresse somnolente une partie des convives. Les Syriens, venus pour piller, se sentent surpris; ils tombent le long d'un lit d'un mouvement qu'on eût dit concerté, et se mettent à ronfler comme s'ils dormaient depuis la veille. Le tricliniarque se frcttlr les yeux; il fait rallumer les lampes qui mouraient, et lés esclaves reprenaient le servic(>, quand- une joueuse

de cymbale fait son entrée, et au bruit du cuivre, nous réveille tous K » N'est-ce pas un joli crayon où la sobriété générale de la description fait d'autant mieux ressortir des ellets plastiques et des indications d'ensemble qui ne sont pas habituelles aux auteurs anciens?

On citerait facilement d'autres scènes également bien composées, pleines de mouvement, dont le ton sérieux, même trop sérieux, laisse entrevoir le sourire de l'auteur : ainsi les préparatifs de bataille et la réconciliation sur le navire^- le combat d'Eumolpe contre l'aubergiste et sa séquelle^ ; mais, avec Pétrone, on ne songe pas, on ne doit pas songer à tout citer >^.

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