Les laie loquentes sont célèbres dans les mimes
2. Récemment, on a voulu rechercher ce qui faisait l'unilô du roman; on a cru le trouver dans la colère de l'riape; méconnu
dents est rapide, parfois précipitée, par là môme amusante, mais aussi quelque peu factice. C'est une course à toute vitesse. Ailleurs, on est de loisir. On reste et longtemps sur place; là se succèdent Jes descriptions, les discours, les propos et même les monologues, le tout môle d'exclamalions, de petits vers; à un endroit, de poulets charmants. Ainsi l'a voulu riiumeur de l'auteur. De môme que ses personnages tantôt fuienl et courent, tantôt musent, perdent leur chemin et errent au hasard, de môme, dans sa fiction, les événements se succèdent sans que leur suite soit régulière, sans qu'un fil conlinu et pour nous visihle les lie toujours l'un à l'aulre. Les personnages, en se rencontrant, se demandent, comme on fait dans la vie : « Si lu savais ce qui vient de m'arriver ^1 » ou, lorsque la rencontre est
et insulté, le dieu se serait vengé d'Encolpe, on sait comment (Klebs, Philolofjus, 1889). L'i'lc'e est ingénieuse ; mais elle no rend compte que de deux opisode?; on ne voit pas comment la relier aux autres et rolamment quel rapport pourrait bien exister entre cette action qu'on dit principale et le seul épisode que nous ayons dans son entier: le festin de Trimalcion. Il ne suffit vraiment pas que le dieu y paraisse, sur la tal)le, au sixième service. — Cette colère dePriai'e n'est, en réalité, suivant moi, qu'une ])laisanterie semblable à toutes celles qui sont ici, quoiqu'un peu plus appuyée et plus développée, et cela justement à cause des attributs da dieu et des choses auxquelles il était censé présider. Elle a pu, elle devait fournir un thème à quelques scènes ; il. n'est nullement sûr que là soit le fond du roman; l'importance qu'on veut lui donner me paraît artificielle. D'ailleurs, la tentative môme de ramener le roman à une action une et suivie partout, est jiour moi malheureuse et contraire à l'allure et h l'esprit du Saliricon.
•1. Au commencement du cliap. viii.
invraisemblable, ils s'écrient : « 0 fortune admirable! » « O lusum fortunœ mirabilem K' » Cela suffit comme explication et comme transition.
Il ne leur arrive rien., d'ailleurs, qui ne soit réel ou tout au moins faisable. N'attendez pas ici ce merveilleux qui nous déplaît si vite et si fort dans les Métamorphoses d'Apulée. Le Satiricon est un roman fondé sur le bon sens: l'auteur suppose toujours que le lecteur sail voir et jug-er. Quand un personnage de Pétrone raconte des songes ou des sortilèges et qu'il se porte garant de leur vérité, vous devez conclure de cela mémo qu'il esl un sot: s'il annonce quelque miracle, ne doutez pas qu'il ne veuille faire des dupes.
Un écrivain libre d'allures, très peu soucieux d'aller à un but ou de défendre une thèse, ne retiendrait pas le lecteur s'il ne savait pas le séduire ou lui plaire par des qualités propres: on aime avant tout, dans Pétrone, ce qu'il y a de vif et de pénétrant dans sa manière d'observer les hommes: ce qu'il y a de précis, d'arrêté d'ans sa manière de les peindre; avec beaucoup de détails et très topiques, il a le trait et la couleur.
Voyez d'abord avec quel art il montre, dans les personnages qu il met en scène, la succession des
sentiments, lento quelquefois, mais ailleurs précipitée, et le passage presque soudain d'un sentiment à une passion toute contraire. 11 excelle à démasquer, sous les prétextes qu'on accumule, les mobiles cachés auxquels la plupart obéissent {animi sub vulpe latentes). Il connaît si bien les hommes, il les peint d'une manière si claire, que, malgré le paradoxe, dans cet écrivain qu'on tient généralement pour libertin et licencieux, il faudrait cependant reconnaître, jusqu'à un certain point, un moraliste, si, pour mériter ce nom, il importe avant tout de savoir, dans les choses de l'âme, voir net et droit. Sa clairvoyance, à l'occasion, est implacable; la crudité de tel sentiment qu'il prête à l'un de ses personnages, nous choquerait, si nous n'y reconnaissions, après réflexion, une de nos misères morales. Quand Encolpe rencontre sur le rivage le cadavre du malheureux Lichas, avant de se lamenter sur la fragilité humaine, il s'abandonne à un mouvement de vengeance égoïste : « Où donc est maintenant ta colt're, où sont les violences? te voilà en proie aux poissons et aux bêtes '... » Le trait, il n'y a pas à le nier, est humain. C'est l'exclamation d'Orgon quand Tartufe est arrêté par l'exempt : « Eh bien, le voilà, traître! »
]. Chap. cxv, p. 81, 32.
QUll) Al) SOS? G 9
Si je no ino Iruinpo, plus on étudie Pétrone, plus on remarque combien notre goùl présent se rapproche du sien; combien nous sommes sensibles aux mêmes qualités et comment, pour les mêmes défauts, nous aurions la plus grande indulgence. Je ne parle pas de l'extrême liberté dans le ton, dans les descriptions, dans le choix des situations. Ici la ressemblance n'a pas même besoin d'être signalée, tant elle saule aux yeux. Il n'y aurait de question que s'il fallait juger qui a été le plus loin en ce sens. Et qui sait si l'on ne trouverait pas en fin do compte, que nos auteurs qui maniaient la langue la plus honnête, sont aussi ceux qui ont le plus bravé l'honnêteté?
Dans ses descriptions, Pétrone paraît avoir, comme nous, recherché la précision du détail et la netteté des contours; comme nous, il aime les traits caractéristiques et il les reproduit avec une exactitude minutieuse. Ajoulons-y je ne sais quoi de relevé, de raffiné, de subtil qui soit d'une parfaite vérité. L'air do négligence jeté sur le tout est fait pour séduire le lecteur, qui ne seia pas dupe cependant. Car on sent à merveille que l'auteur très hardi au point de risquer parfois des elfels de grosse charge (mimicœ artes), n'en reste pas moins maître de son récit et de son style. Nous sommes payés pour ne pas trop nous fier à la" facilité et à
la simplicité qu'il affecte ^ Ce Romain parait des nôtres ; il rappelle le sang-froid, il a le relief de Mérimée: mais pour l'un comme pour l'autre, à les voir si experts en leur art, on se demande parfois avec quelque inquiétude s'ils ont toujours évité de s'en faire un jeu, et jusqu'à quel point ils onl bien voulu s'abstenir de nous mystilier.
C'est un tour propre au goût actuel de souhaiter que les œuvres d'imagination tout au moins soient, s'il se peut, relevées par une pointe d°exotisme. JV'y a-t-il pas ici quelque chose qui s'en rapproche, quand ce ne serait que par la manière dont les peintures du Satiricon contrastent avec l'idée que nous nous faisons habituellement de Rome et de la société ancienne? Est-ce la faute de Plutarque et des autours? Nous ne voyions d'ordinaire et nous n'imaginions dans la vie romaine que ce qui était grave ou tragique : Pétrone s'est chargé de nous en révéler de tout autres cotés.
Il se rapproche surtout de notre goût par la manière rapide et légère dont il manie l'ironie. Plus d'une scène du roman oifre de ces brusques contrastes de plaisant cl de sérieux, de mot ou d'acte burlesque éclatant soudain dans une situation pres-
1. Tacite, Ann., XVI, 18 : « Ac dicta factaque cjiis, quanto solutioraet quanidam sui neglif;entiam prœforentia, taiito gratins in speciem simplicitalis accipiobantur. » \'o\v plus haut, p. 5 en haut.
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que dramatique, parmi des développements, des expressions élevées, poétiques, mélango doul rallolent nos voisins d'outre-Mauche et dont ils nous ont. jusqu'à un certain point, communiqué le g'oùt; j'<'ntends cet ellet de style qu'on dit moderne, quoiqu'on en rencontre plus d'un trail' chez quelques anciens, auquel on a donné, saut" à discuter sans lin sur la définition du mol, un nom, nouveau, court, il l'st vrai, et commode : Vlmmoar. N'en trouverait-oa pas une dose qui paraît assez forte dans ce passage scabreux, mais si plaisant, où, vers la lin, Kncolpe apostrophe éloquemment la partie de lui-même dont il croit avoir à se plaindre? Il est clair qu'ici je no puis que renvoyer au texte et qu'il me faut recourir à d'autres exemples.
Clio-isissons la scène où Encolpe, parcourant la ville l'épée à la iiiaiii, se voit désarmé par un inconnu- '. Giton a suivi Ascylte. Après s'être lamenté sur son infortune, l'amant délaissé se décide à tirer vengeance de son rival. Il ceint sun épée. Il promet il'en faire, après le coup, un ex-voto pour quelque autel. Pour m; pas faihlir. il inang-o largement et le voilà (jui, comme un furieux. par<'ourt les portiques. Mais tandis iiu"il erre ainsi, le visage on feu, ne respirant que sang et meurtre, il est remarqué par un passant, quelque traînard d'armée