Sénèque, Lettres, xii
LE FESTIN DE TRIMA-LCION 153
(le leur terreur, et la chose à l'essai fut trouvée si plaisante que Domitien voulut procurer encore la même émotion à quelques sénateurs.
Ainsi, l'histoire et plus d'une anecdote caractéristique nous le prouvent : telle invention, dont nous ne sentons que le caractère hizarre, aurait bien pu ne pas^ choquer les Romains de ce temps. Peu s'en fallait qu'elle no fût d'usage.
Par compensation, il est des ridicules que nous ne saisissons que par un détour, avec un effort de réflexion ; d'où il nous faut présumer que bien d'autres encore nous échappent. L'exemple suivant sera d'autant plus significatif qu'il ne porte que sur un détail, où l'erreur était des plus faciles : je veux parler de la conduite de Trimalcion à l'égard de ses esclaves. Tout d'abord, on ne croit pas trouver en lui un maître qui pèche par excès de douceur. A l'entrée, Encolpe a lu sur la porte : « Peine do cent coups pour tout esclave qui s'absente sans ordre du maître. » On se sent ainsi dès l'abord dans une maison bien tenue. S'il plaît à Trimalcion d'affranchir tel soi-disant Bacchus. pour avoir occasion de placer un bon mot ' ; si, par un caprice analogue, il affranchit le danseur de corde qui. en tombant, a touché son auguste personne -, tout