CHAPITRE Vil
PARTIES l'ERDUES DU SATinfCOX
H est trop évident quo l'induction ne peut avoir, dans la critique liLléraire, la même audace et le même succès que dans les sciences naturelles. On ne raisonne pas d'une œuvre presque entièrement perdue comme d'un megatlierium; il s'en faut qu'une dent puisse ici suffire pour déterminer l'ossature. Il est souvent si malaisé de bien jui^er d'un livre intégralement conservé, qu'on ne saurait être trop prudent quand il s'agit, comme pour Pétrone, d'une œuvre d'imagination dont on nous dit que plus de quatorze livres sur seize sont perdus. Cependant, sans prétendre reconstruire le Satiricon, on peut tout au moins recueillir, dans ce qui nous reste, les allusions qui sont laites aux autres parties; par là mesurer, fût-ce par à peu près, nos perles: tout au moins apprendre dans quels pays le lecteur était coTîduit par le capricieux auteur, et quel était
le sujet de plusieurs épisodes, dans les livres que nous n'avons plus.
Deux fragments * ont fait supposer que la scène était à un moment transportée à Marseille ^. Le choix de celte ville mi-grecque, mi gauloise, grand centre de commerce, où se mêlaient des nations de toute origine, devait permettre à Pétrone de varier ses peintures. Il pouvait là aussi, dans ses descriptions, se donner, sans invraisemblance, toute liberté. Marseille, comme toutes les villes de grand transit, Corinthe, Ephèse, Alexandrie, tenait marché de toutes choses. Est-ce parce qu'elle était plus ancienne ou plus excentrique que telle de ces villes ? Elle semble avoir été encore plus libre que toutes les autres, d'allure et de mœurs ^ Il y avait des siècles qu'à Rome sa répulalion était faite en ce sens ■*. Priape était, nous dit-on, honoré dans cette