Au commencement des Histoires
Par lui, nous avons connu les idées, le langage des petites gens de Rome. La découverte du long fragment de Trau sur le festin de ïrimalcion a été, pour l'histoire des mœurs et de la langue, un supplément qui rappelle celui dont Herculanum et Pompei ont enrichi l'histoire de l'art ancien. Grâces soient rendues à Trimalcion : nous lui devons d'avoir entendu ou presque entendu des conversations d'esclaves « en leur patois »; avec eux bien d'autres voix, et même, ou serait-ce une illusion, ne semblait-il pas que par moments un écho lointain de cette grande société, si pleine de misères et de contrastes, se dégageant peu à peu, s'élevait insensiblement jusqu'à nous? En face et à côté des petites gens, nous avons mieux vu, plus au vrai, les représentants des classes instruites, leurs interprètes habituels; ceux qui les distraient s'ils ne les instruisent; qui sont censés former, qui, en réalité, suivent leur goût jusque dans ses variations et ses caprices : les poètes et les rhéteurs. Pétrone étale leurs habitudes, leur pose, aussi leurs vices; car sa peinture est réaliste; il en a comblé surtout, et ici l'observation était des plus justes, ceux qui avaient fait le plus de voyages à travers les accidents de la vie.
Notre truchement était un auteur blasé; tout ensemble observateur pénétrant; écrivain passionné.
CÛNCLUSIUX 183
de race, qui n'a qu'un défaut : d'avoir, ce semble, assez peu de cœur et plutôt trop d'esprit; aurionsnous cependant la mauvaise grâce de nous en plaindre? A côté d'admirables « majcots » romains, son livre nous a offert de petites scènes délicieuses et aussi quelques larges morceaux dont on pourrait presque faire de véritables tableaux de mœurs.
Encore n'est-ce pas là, certainement, tout ce qu'on pourrait tirer du Satiricon. Xul doute qu'un plus habile n'y vît bien davantage, et que, dans la suite, nous ne puissions apprendre beaucoup plus si quelque hasard heureux complétait encore une fois notre roman. Tel qu'il est, cependant, lu do près, passé au tamis de la critique contemporaine, ]e Satiricon pourrait peut-être fournir plus encore. Je ne me suis pas flatté d'en faire sortir tout ce qu'il contient. J'ai souhaité seulement et je souhaite d'avoir donné à quelques lecteurs le désir de chercher pour leur compte à connaître et même à saisir de plus près, s'ils le peuvent, cet auteur élégant, séduisant, qu'on dit insaisissable, ce Protée que l'histoire ou la légende ont nommé Pétrone.