‹ Peuples et voyageurs contemporains (volume 2)Chapitre 13 sur 45 · LE GOUVERNEMENT · texte numérisé non relu

LE GOUVERNEMENT

Les Chinois ont pour chef suprême un empereur dont le pouvoir est illimité et qui reçoit les titres pompeux de fils sacré du ciel, dCunique gouverneur de la terre, de grandr^ére du peuple, titres fort illusoires qui travestissent un personnage la plupart du temps fort attaché aux biens d'ici-bas ^ d'autorité fort limitée dans le monde entier, et d'un despotisme parfois révoltant.

Son autorité, quî^ primitivement, devait être tempérée par un conseil de grands mandarins, est aujourd'hui presque sans bornes. — Une haute sagesse présida originairement à toutes les institutions chinoises, même à celles qui régissaient la monarchie ; mais le temps a corrompu les dispositions les plus sages, les établissements les plus honorables : il a fait^ on le sait^ de certains mandarins des hommes bouffis d'orgueil et gonflés d'une fortune mal acquise, il a fait de l'empire

dernier regarde comme le bien général, ce prince est rejeté ou désavoué par le ciel et peut être détrôné par celui qui^ au moyen d'un saint et généreux accomplissement de ses devoirs, a gagné le cœur de sa nation, m Telle est la phrase maîtresse de l'ouvrage de Mengiseu.

Le philosophe Khoung tseu, un des plus grands esprits de la Chine, a donné en quelques mots la substance des devoirs des souverains : « Tous ceux^ a-t-il dit, qui sont préposés au gouvernement des empires ou des royaumes ont neuf règles invariables à suivre : la première est de travailler constanmient au perfectionnement de soi-même; — la seconde est de révérer les sages; — la troisième est d'aimer ses parents; — la quatrième, d'honorer les premiers fonctionnaires de l'État ou les ministres; — la cinquième, d'être toujours en parfaite harmonie avec les autres fonctionnaires et magistrats de l'empire; — la sixième, de traiter et de chérir le peuple comme un fils; — la septième, d'attirer près de sa personne les savants, les artistes et les artisans de mérite; — la huitième, d'accueillir avec cordialité les hommes qui viennent de loin, c'est-à-dire les étrangers; —la neuvième, enfin, de traiter avec amitié les grands vassaux.» {Tchoùngyoung, ch. xx.)

Dans un autre passage, Khoung-tseu explique le sens de cette phrase populaire en Chine et relative à l'empereur : Être le père et la mère du peuple, par cette interprétation : « Ce que le peuple aime, l'aimer; ce que le peuplo hait, lo haïr. »

L'empereur no choisit pas infailliblement pour son successeur son fils aluô; il doit remettre la couronne

à celui de ses enfants qui lui parait le plus digne de gouverner.

Les honneurs religieux rendus à la plupart des souverains de l'extrême Orient, au Mikado japonais, au Dalaï-Lama tibétain et môme à l'empereur du Céleste- Empire, ont de tout temps fort étonné les voyageurs européens; ces demi-dieux incarnés devant lesquels la foule se prosterne et le peuple tremble, ont souvent servi de thèmes à l'ironie dédaigneuse des écrivains de notre monde, qui ont refusé d'accorder une haute intelligence à des adorateurs aussi vils, aussi esclaves.

Il faut pourtant considérer que les hommes éclairés, tout en montrant au bas peuple l'exemple de la soumission à l'autorité suprême, ne s'en permettent pas moins, le cas échéant, de faire des remontrances au souverain ; les grands mandarins ne paraissent être vils que pour la forme et pour la règle.

« Lorsque l'empereur sort, dit Malte-Brun, tous les Chinois ont soin de se renfermer dans les maisons; celui qui se trouve sur son pacage ne peut éviter une mort soudaine qu'en tournant le dos ou en se prosternant la face contre terre. On ferme Soigneusement les boutiques devant lesquelles l'empereur doit passer, et ce prince ne marche jamais sans être précédé de deux mille licteurs qui portent des chaînes, des haches et divers autres instruments propres à caractériser le despotisme oriental. »

La famille impériale jouit de très-grandes prérogatives.

Il est aussi, après l'empereur, une classe privilégiée composée de personnages qui ont rendu des services à rÉtat, soit en vieillissant dans l'exercice de charges

importantes, soit en tranchant la tête de génér ennemis, soit en comprimant des soulèyemenf s po laires, etc.

Si nous suivons la hiérarchie de ces grands dig taires^ nous trouvons au premier rang le Ho-cht-ths Wang et son collègue le To-lo-kium-^ang, qui sont deux plus importants fonctionnaires de l'empire; e suite viennent d'autres importants personnages do les titres correspondent à ceux de beySy de princes, i ducs, de comtes^ de maréchaux et de généraux.

Un titre est rarement héréditaire : lorsqu'un Ch nois a fait quelque action d'éclat qui le reconamand à la gratitude de son souverain^ on l'anoblit, lui et se ancêtres.

Les Chinois honorent l'homme qui s'est rendu personnellement utile ; aussi les titres sont-ils en général portés dignement. Les honneurs nobiliaires ne se transmettent pas; — le fils du héros doit conquérir la gloire comme le premier honmie du peuple, c'est-àdire au péril de sa vie.

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