‹ Peuples et voyageurs contemporains (volume 2)Chapitre 12 sur 45 · MEXICAINS. — ESPAGNOLS. — MÉTIS. — INDIENS · texte numérisé non relu

MEXICAINS. — ESPAGNOLS. — MÉTIS. — INDIENS

Le Mexique, qui attire si vivement aujourd'hui Fat tention de l'Europe^ doit en grande partie ses calami tés à la diversité d'origine des peuples qui l'habitent. Toute nation n'est forte que par son homogénéité, et la nation mexicaine n'est qu'une agrégation artificielle d'hommes de races et de mœurs différentes, qui forment deux classes distinctes^ séparées par le mépris^ d'une part, et par la haine^ de l'autre. Ces deux classes sont les Mexicains d'origine espagnole et les Indiens.

Les Mejicanos ou Mexicains Espagnols tiennent le premier rang. C'est entre leurs mains que se trouvent presque toutes les propriétés et presque toutes les richesses. Généreux^ hospitaliers, enthousiasteSj il formeraient un peuple recommandable si beauconp itetre eux n'étaient malheureusement corrompus far

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La Justice étant impuissante à répiimer ces abus, on se trouve forcé de transiger avec les chefs de bandits. Le propriétaire rural leur donne Thospitalité dans sa propre demeure ; tout en deyenant leur victime, il les traite comme ses meilleurs amis, et il se garde bien de la dangereuse pensée de les dénoncer, car il sait qu'après un assez court emprisonnement le brigand sera sûrement rendu à la liberté et ne manquera pas alors de se venger. Les voyageurs qui veulent user de prudence au Mexique se font donc délivrer un saufconduit par le chef suprême des voleurs. Chacun connaît celui-ci, car c'est toujours un galant homme, qui vit au milieu du meilleur monde. Le sauf-conduit obtenu, vous pouvez voyager sans crainte : bien plus, les brigands vous escorteront, si vous le voulez, jusqu'au terme de votre route, et vous protégeront au besoin.

Si les colons espagnols sont loin d'être tous tombés dans un tel état d'avilissement, si beaucoup ont encore ce caractère enthousiaste, généreux parfois à l'excès, qui caractérisa toujours leur race originelle, il fatu pourtant reconnaître que leur rôle touche à sa fin. Tout semble le démontrer : leurs dissensions incessantes, et surtout le décroissement rapide de leur population. Aujourd'hui môme, à les considérer sous le rapport de leur nombre, qui ne s'élève qu'à 1,200,000, sur 7,000,000 que compte le Mexique tout entier, ils n'occupent plus que la seconde place parmi les habitants de race pure.

Les indigènes et les métis forment le fond de la population, c'est-à-dire le vrai peuple mexicain et le seul avenir du pays; pendant longtemps toutes les vexations leur ont été réservées, car la couleur de leur

peau les excluait de la société des blancs et établissait entre eux et les créoles une ligne de d^narcation* Ce préjugé semble tombé.

De ces ii^ustices sont néanmoins issues ces baines invétérées^ que suivent les plus terribles conflits, et, comme Ta dit le président Bucbanan^ le Mexique a fini par n'être plus qu'un navire s'en allant à la dérive^ gouverné seulement par les passions de partis contraires, également jaloux du pouvoir.

En se propageant dans le Nouyeau-Monde, la race saxonne a partout repoussé les indigènes; là où elle vit, elle ne veut qu'elle. La race latine est moins réfractaire à l'existence des peuples tombés sous son joug; elle les méprise encore, elle ne les extermine plus ; aussi la population indigène^ loin de s'éteindre, augmente-t-elle sensiblement au Mexique^ comme dans plusieurs autres colonies espagnoles.

Le Mexique possède deux classes d'Indiens : les Indios mansos (soumis) et les bravos. D'un caractère grave, taciturne, mélancolique, les Indiens mansoSy lorsqu'ils parviennent à sortir de leur somnolence^ font souvent preuve d'une énergie qui parfois dégénère en implacable férocité. Soumis en apparence au christianisme, ils répudient au fond une foi enseignée par leurs oppresseurs. Le despotisme civil et religieux des Mejiconos n'a pu détruire en rien les vieilles traditions et les superstitions païennes des naturels. M. Brasseur de Bourbourg a même remarqué, au Mexique^ comme dans l'Amérique centrale, que les indigènes devenus chrétiens conservent sur beaucoup de points les rites secrets de leur ancien culte. Dans l'État de ^-Salvador, par exemple, ils sacrifient encore, cba-

que année, à la déesse toltèque appelée Matlacuyé (la dame aux jupons d'azur) un enfant non baptisé, ponr obtenir d'heureuses moissons. Dans TÉtat de Guatemala, ils poussent si loin la haine contre le christianisme, qu'ils ont formé entre eux des confréries en l'honneur de Judas Iscariote, qui livra le Christ. On les voit, néanmoins, prier devant la croix et les autels, mais ils ont soin d'enterrer d'abord ou de cacher devant ces symboles chrétiens de petites idoles auxquelles s'adressent en réalité leurs prières. La manière cruelle dont les Européens se sont conduits autrefois envers les Indiens n'est-elle pas un peu cause de ces sacrilèges? Quoi qu'il en soit, ces pauvres indigènes, si sympathiques malgré leur dégradation actuelle, ont formé, en se mêlant aux blancs, une caste de métis dont le nombre est d'environ 3,000,000.

Voilà ce que nous trouvons dans nn excellent ouvrage du conmiencement du siècle sur le préjugé de la couleur.

Tout homme qui, au Mexique, ne jouit pas d'une pureté caucasique incontestable, est l'objet du mépris des Espagnols. Qu'il soit issu de l'union d'un blanc et d'une indigène à teint cuivré, ou bien qu'il naisse d'une quarteronne, épouse légitime d'un Européen, cet homme n'en est pas moins réprouvé. De ce que la considération à laquelle on peut prétendre se résume en une simple question de couleur, les blancs, pauvres ou riches, vivent à peu près tous sur un pied d'égalité; ils se plaisent même à raffiner sur leurs prérogatives de race et d'origine. Aussi, lorsqu'un honmie du peuple se dispute avec quelque caballero titré, n'estil pas rare d'entendre dire au premier : « Serait-0

possible que tous crussiez être plus blanc que moi? » Il arrive encore que des familles dans le sang desquelles on soupçonne quelque mélange, demandent à la haute cour de justice qu'on les déclare appartenir à la race blanche. Si les solliciteurs sont riches^ les pé* ti tiens sont ordinairement prises en considération, et cela explique conmient on rencontre un certain nom« bre de mulâtres très-basanés qui, selon l'expression populaire, ont eu l'adresse de se faire blanchir. Toutefois^ quand il est trop évident que les solliciteurs élèvent là une prétention insoutenable, les termes du jugement restent un peu problématiques : la sentence dit alors simplement que tels ou tels individus peuvent se tenir pour blancs.

Sous le nom à'Indios bravos, on comprend les Apaches, les Gomanches, les Apumis, les Opates> les Mayos et beaucoup d'autres tribus sauvages qui s'adonnent à la chasse et à la guerre, quelquefois môme à l'agriculture. Ces diverses tribus se détestent presque toujours entre elles, mais elles sont unanimes dans leur haine implacable contre les blancs.

Armés de longues flèches terminées par une pointe d'os ou de pierre, les Apaches peuvent lutter avec les plus habiles tireurs des armées mexicaines; ils lancent leurs flèches avec une telle vigueur qu'à trois cents pas ils percent un homme. Ils se servent également volontiers d'une javeline longue de cinq mètres. Lorsqu'ils chargent l'ennemi^ ils tiennent cette arme des deux mains par-dessus leur tête et ils dirigent leur cheval par la seule pression des genoux. De près ou de loin, ils frappent : ce sont des foudres dont il est impossible de parer les coups.

Les Ck>maiiches sont, avec les Âpaches, les plus terribles des iadigènes. Ils entreprennent régulièrement des expéditions contre les États de Durango, de Chihuahua et de Cohahuila; tout pér;t sur leur passage, sauf les jeunes filles et les enfants, qu'ils entraînent à leur suite. Leurs expéditions ont des dates précises : la régularité en est si grande, dit M. Ruxton, que, dans le calendrier comanche, le mois de septembre, époque choisie par eux, est désigné sous le nom de Lune du Mexique, comme les autres mois sont nommés la Lune du bufQe, la Lune des ours, la Lune du blé, etc.

Quant aux nègres, le Mexique en a très-peu, et ils jouissent tous, au moins en principe, d'une sorte d'indépendance ; car, si Tancien royaume de la Nouvelle- Espagne est déchiré par les guerres intestines, il faut reconnaître que sur son sol il n'y a pas positivement d'esclaves. Ce sont les noirs qui s'engagent eux-mêmes ; mais ils se trouvent souvent dans une situation telle qu'ils ne peuvent jamais se racheter, et subissent alors un joug qui ressemble à un véritable asservissement.

Tels sont les divers éléments de la population qui habite le Mexique. On doit facilement comprendre quelles facilités de semblables désaccords de race offrent à l'anarchie, et combien il est urgent que l'Europe intervienne pour établir l'ordre là où toute l'histoire du passé et toutes les passions des hommes semblent conspirer contre le retour de la paix.

L'eoipîre Chinois renfnme quatre ceots millioas dliabitanlB, dont queues mîiiiftfiR abmtis par ï opium

des Ang-laÎR,

Le Célesle^jxqiire, empire du Milieu ou Fleur du milieu, est TÉtat le plus formidable fei 1 ou cousidère son étendue et sa population ; — si 1 ou eu vidage la ^été de ses pieductions et de ses richesses;» c est le plusinçortant ; — si Ion renaonte a 1 antiquité de son bisUûre, c est incontestablement le plu^ aucieu et i^ plus immuable; — si Ion étudie la liltéralure et lefi institutiois de ses peuples^ c est un deis plus grande emmures âniam; — si Ion approfondit la religion prjîessée par ke b&uies daubes, ou la trouve éclairée d une lumière parfois si pure qu on n'bésite pas à pi'O-' ciaBifir «nrnmp uut* dcfi px^jaoùèref uaUons du looude

7a PEUPLES ET VOYAGEURS.

celle qui croit à des vérités d'un ordre si élevé ; — si l'on s'applique à juger le degré réel d'intelligence de la plupart des Chinois échappés à l'opium britannique, on demeure étonné de l'erreur ou de l'outrecuidance des Occidentaux qui leur lancent ironiquement l'épithéte de barbares; — si l'on vient à parcourir les campagnes et les villes, on ne peut s'empêcher de tomber en extase devant d'admirables cultures, œuvres de patience et de soin, devant de prodigieux travaux accomplis avec une prodigieuse perfection.

Suivant le point de vue où l'on se place, la Chine apparaît, tour à tour, comme un empire éminenmient respectable ou conmie un état dégradé et avili; — il est, en effet, permis de mépriser une foule de Chinois en particulier, mais on ne doit pas faire tomber le blâme sur la nation tout entière. Les institutions qui les régissent excitent l'hilarité de ceux qui les étudient superficiellement; elles paraissent, au contraire, fort belles aux yeux de ceux qui les approfondissent ; seulement, elles ont le tort immense d'être en arrière de plusieurs siècles; aussi sont-elles devenues aujourd'hui surannées et partant impuissantes.

Tout peuple dont le sang est renouvelé par des éléments étrangers à peu près tous les cinq siècles, c'està-dire à la veille d'un affaiblissement intellectuel, se relève de l'abaissement imminent où il courait ; le croisement des races est une garantie de viabilité morale; aussi, les guerres d'invasion peuvent -elles être comparées à la pluie torrentielle qui ravage pour féconder ; les peuples qui jouissent trop longtemps de la paix et qui n'ont aucun contact étranger, peuvent demeurer stationnaires durant plusieurs siècles, mais il

arrive aoe heure où commence infailliblement la dégénérescence.

Actaellement^ les Chinois sont sur le point d'expier chèrement leurs longues années de calme et de bonheur; s'ils avaient été toujours tenus en éveil par le voisinage de populations turbulentes et agressives, on verrait peut-être maintenant, au moment du danger, surgir parmi eux un patriotisme exalté qui pourrait opposer à nos tentatives une terrible résistance; mais leur esprit est tellement paralysé par leur somnolence et leur léthargie séculaires, qu'ils sont incapables de soutenir une lutte véritablement sérieuse.

La Chine a rarement été émue par des invasions étrangères : les montagnes qui l'enserrent à l'ouest, au nord et au sud, les mers et les fleuves qui la protègent au sud-est, à l'est et au nord-est, semblent au premier abord devoir être des barrières infranchissables pour des conquérants ordinaires.

Avant les événements présents, cette contrée se comparait à une immense île complètement isolée du reste du monde ; fière de ses barrières naturelles, jalouse de ses richesses intérieures, satisfaite d'elle-même, elle ne demandait rien aux peuples européens, si ce n'est de continuer son existence paisible.

Il en fut autrement : l'Europe voulut que la Chine offrît à son commerce de nouveaux éléments de prospérité, et elle s'imposa. — Plusieurs ports nous furen; ouverts, et nous commençâmes à entrevoir tout ce que l'on pouvait attendre un jour du commerce dans l'extrême Orient.

Le caractère chinois est défiant, et le nôtre dominateur; si les Chinois se sont souvent montrés aveu-

gles dans leur manière d'agir^ ils ont du moins toujours soupçonné l'issue de la voie dans laquelle ils étaient forcément engagés; ils n'ont jamais accueilli les Européens en amis^ mais en hommes dangereux, et toutes les fois qu'ils ont pu restreindre l'autorité croissante des étrangers, ils l'ont fait. A plusieurs reprises> leur haine a éclaté au grand jour, et les menaces les plus formelles ont été lancées à l'adresse des résidents européens; dans une proclamation datée de 1851, un gouverneur s'énonçait en ces termes à leur égard : « Barbares haïssables ! barbares dégoûtants I vous n'êtes que des bêtes et des animaux, ne ,^érant des brute» que par votre manière de parler. ]Ho(re peuple vous parle raison, vous parle lois; mais :^0(^8iêtes aveuglément et obstinément stupides. Vous f^ «voulez pas comprendre. Aussi, 'n'avons-nous plus qn1un:^ul moyen d'en finir avec vous : c'est de vous égorger et de vous massacrer tous tant que vous êtes, siWï^àeîpmB que vous êtes arrivés sur la terre de la oatiçi^ldu.itUilieu pour commercer librement, vous ^av^jK^t^Ol^çwra; agi de la manière la plus brutale, sans htimçnmhoet pensée aux conséquences... »

1^ Co «soiU Jl&.d^ insultes plus grotesques que réellement terribles. —.Comme toutes les nations qui n'ont |«mRfei^Uo}rÇiCÇft$ioR de mesurer leurs forces, les ChiiM)Jft[0|ït j9H;'P?^diii»tJiongtemps une haute idée de la prôwiWJfhâeil.wr awiée : ils comptent, en effet, près ^'^)9iiU«9Qi4;bim9^9 qui portent Tépée pour dé- ^f^im^i^ FfttCWiJi^i J'p^ -fty^ait jugé, comme eux, follement de la force d'après le grand nombre, nos troupes 4li)W^Kll*n« tet>rfBft€i:Ownt, étant à peu près, re- Jiftt«i^#qiWfe(ftttxt^ôunvi cïwai te proportion de ^àr^iQO) f

il eût été à craindre qu'elles ne fussent opprimées par des armées cinquante fois plus considérables; mais la puissance Téritable d'une armée est son génie militaire, sa discipline^ son courage, et l'issue favorable d'une entreprise en Chine ne pouvait pas paraître douteuse; nous avons maintenant pour nous les précédents : la prise de Canton avec une poignée de braves, l'entrée du Peî-ho forcée par quelques canonnières hardies, et surtout la brillante campagne de Pé-king. La race chinoise est petite, sans aucune mtgesté; l'embonpoint disproportionné est érigé chez elle en beauté; on juge affreux l'homme maigre^ et beau le personnage obèse et boursouflé.

Au physique^ le Chinois est donc en général un homme petit, à la* tête presque quadrangulaire, au nez court et écrasé sans être positivement épaté, au teint jaune, aux yeux bridés, au front large et élevé, anx grandes oreilles, aux cheveux noirs et à la barbe rare; — au moral, le Chinois est vil, humble, servile ou despote, lâche et rusé, ami du repos et pourtant laborieux, ingénieux plutôt qu'artiste, trafiquant plutôt que négociant.

On essayerait vainement de rechercher l'époque où les Chinois se sont établis dans le vaste empire qu'ils occupent aujourd'hui ; leur histoire ne compte pas par siècles, comme la nôtre, mais par milliers d'années; seulement, d'après des données historiques admissibles, les Chinois se seraient d'abord répandus sur les bords du fleuve Jaune, et, de là, dans toute la contrée, jusqu'aux bornes naturelles, et le peuple autochthone serait une nation de chasseurs refoulée depuis longtemps dans les hautes montagnes.

LES NEUF BANGS DE MANDABINS.

En Chine^ il est établi que rinslruction doit ou^ toutes les portes et faire arriver aux plus hautes f« tions. On ne naît pas mandarin, comme chez ii prince ou marquis^ on le devient en subissant des ( mens souvent très-sévères. « Les candidats, dit M. ( lery, qui font preuve de plus de connaissances s< promus à des fonctions plus ou moins élevées^ sui\. le degré qu'ils ont déjà dans la hiérarchie littérai laquelle compte, comme en Europe, des bachelii des licenciés, des docteurs et des académiciens »

Seulement, il y a des passe-droits : l'argent et protections permettent souvent d'acquérir le titre mandarin. Les riches illettrés parviennent ainsi à go verner et à porter à leur chapeau l'insigne tant em i le globule de corail.

Les neuf rangs de mandarins se commandent tyrai niquement entre eux : un mandarin de neuvièn. rang est à peu de chose près l'esclave d'un mandan d'un rang supérieur, «tandis que le mandarin de pn mière classe, toujours homme d'une capacité reconnut et d'un savoir fort grand, est souvent impitoyablemen traité par l'empereur, qui peut lui faire donner la bastonnade d'un instant à l'autre; — les mandarins, comme leur nom l'indique (mandar, en portugais ordonner), comma'tident et font l'office de grands justiciers, de préfets et de généraux. Leur titre en chinois est houân.

Deux mots résument toutes leurs préoccupations : commander tyranniquement les faibles et plier devant les supérieurs.

ruse ; le vice qu*on est le plus en droit de leur reprocher^ c'est la cupidité. Peu soucieux du bonheur de la population qu'ils ne doivent administrer que pendant trois ans, leur unique pensée est d'extorquer de l'argent, et, dans cet exercice abusif de leur pouvoir, ils sont énergiquement secondés par des valets du tribunal et par les agents de police, véritable fléau, non pas pour les malfaiteurs^ mais pour les gens paisibles, qu'on peut impunément voler. »

La plupart des nations ont des marques de distinction qui signalent au respect général les principaux citoyens : en Polynésie, un sauvage tatoué sur la face et sur le corps est un homme éminemment courageux, ou, ce qui est équivalent, féroce dans le combat et implacable envers ses ennemis. En Europe et dans les contrées appelées civilisées, un ruban ou quelques brillants en forme de croix vous désignent comme preux ou homme de mérite; la Chine n'a pas admis les tatouages et les croix comme emblèmes d'honneur, parce qu'à ses yeux les sauvages et les Européens sont des barbares également méprisables : elle a pris les boutons comme signes honorifiques, et décore le chapeau de ses mandarins de globules de toutes les couleurs.

Les mandarins de tout l'empire se divisent en neuf rangs, dont chacun comprend deux classes généralement gratifiées des mômes insignes.

Des mandarins de premier rang, les uns portent au sommet de leur bonnet officiel une pierre précieuse rouge et les autres un globule de corail; les premiers sont les grands gouverneurs, les plus hauts dignitaires, les membres du conseil privé ; les seconds sont les

vice-précepteurs et les grands informateurs de la droite et de la gauche, ne relevant que de Tempereur.

Les mandarins de deuxième rang ont pour insignes nnepieneprécieitëe inférieure rouge ou un globule de corat7 ciselé en forme de fleur; leur charge est principalement la direction des provinces.

Les mandarins de troisième rang ont une pierre précieuse sphérique bleue. En font partie : les censeurs ou informateurs impériaux, les grands intendants^ les grands référendaires près du conseil privé, etc.

Les mandarins de quatrième rang portent une petite pierre précieuse bleue ou un globule en verre de même couleur; ils ont des fonctions analogues à celles des mandarins de troisième rang, mais ne viennent qu'en se* cond.

Les mandarins de cinquième rang ont pour marque honorifique un globule de cristal blanc ou de verre; parmi eux, on trouve les messagers de l'empereur, les huissiers introducteurs, les archivistes, des sous-préfets d'arrondissement, etc.

Les mandarins de sixième rang ont un globule en pierre précieuse blanche; on remarque dans cette classe les principaux membres de l'Académie de musique, des lecteurs impériaux, des prêtres, des compilateurs, des secrétaires^ des sous-préfets adjoints, etc.

Les mandarins de septième rang ont un globule d*or ou doré, À cette classe appartiennent la plupart des greffiers, les récitateurs de prières dans les sacrifices, les chefs de canton, les secrétaires de la carrosserie impériale, etc.

Les mandarias de huitième et neuvième rang ont les mômes insignes que ceux du septième. Au premier

de ces deux rangs se rattachent les médecins impériaux, les historiographes, les chefs des institutions littéraires, certains membres de Tobservatoire impérial^ les prêtres bouddhiques nonunés kio {d'une vertu manifesté); — au second^ les traducteurs, les assistants officiels des sacrifices, les geôliers du tribunal des peines^ des inspecteurs^ quelques astronomes même.

Cette hiérarchie de mandarins a pour base la justice ; elle repose véritablement sur le mérite individuel : « Il serait, a dit M. Pauthier^ difficile de trouver dans le monde un État où la capacité et le travail aient autant d'accès à tous les emplois publics^ même aux plus élevés. »

Toutes les charges appartiennent de droit aux mandarins : ils ont la direction des provinces et celle des armées ; ce sont les mêmes examens qui conduisent à ces deux emplois. On pense en Chine qu*uQ habile administrateur et un savant profond peuvent être également d'excellents hommes d'épée.

L'armée chinoise compte environ un million d'hommes; on s'est plu à exagérer le nombre des troupes du Céleste-Empire, et des chiffres prodigieux ont été jetés comme épouvautail; des documents officiels ont fait monter l'armée chinoise à 1,263,000 hommes, et les marins à 31,000. 11 y a, dans cetle multitude de combattants, des Chinois, des Tatars, des Mandchoux, des Mongols; les Mandchoux sont les meilleurs soldats.

Les canons sont très-lourds, mais portent très-loin. « Les Chinois ont, dit M. de Moges, une singulière manière de combattre : ils agitent des drapeaux rouges

OU jaunes^ pour défier les ennemis^ les provoquer au combat et se donner à eux-mêmes du courage. Us ont des fusils à mèche et d'énormes carabines ou ginghaîs, de sept pieds et demi de long, qu'ils mettent en batterie ou qu'ils manœuvrent à deux : l'un soutient le canon sur son épaule^ l'autre vise et met le feu. Ils lancent en outre des flèches et des flèchesfusées.

« Les soldats tatars, considérés comme les plus redoutables, ont des armes antiques et un costume qui, au dire d'un voyageur^ rappelle celui des soldats de Timour et de Djenghiz-khan ; ils portent un chapeau rond^ un écusson sur la poitrine; une cartouchière à la ceinture; un long fusil et des flèches. Comparés aux Chinois^ ils sont des héros; ils inspireraient la crainte^ si on ne les avait jamais vus à l'œuvre sur le champ de bataille; ils sont pour la plupart grands et robustes. »

Les troupes, dit un missionnaire^ marchent dans le plus grand désordre, comme une bande de vrais brigands ; elles sont toutes armées de lances et de fusils à mèche. Chaque soldat porte en outre son parapluie et sa lanterne. Un Européen peut brûler au moins vingt cartouches avant que le Chinois ait tiré un seul coup... Pour expédier quelques soldats, il est incroyable combien l'on vexe de familles ; car il ne faut pas croire que le fantassin chinois marche à pied : non, il lui faut un char. Le cavalier, à son tour, serait trop fatigué s'il allait toujours à cheval : il lui faut aussi un char. Enfin, le coursier belliqueux lui-même ne sait pas porter sa selle : pour traîner ses harnais, il lui faut encore des chars ; si bien que, pour le départ de

trois cents militaires^ il y a souvent mille hommes do corvée.

Ce n'est pas tout> les prétendus défenseurs de la patrie sont presque autant de brigands qui pillent l'honnête citoyen jusque dans sa maison.

Les soldats d'élite de l'armée impériale sont les tigres^ dont le costume zébré rappelle en effet celui des animaux dont ils portent le nom; ce sont les clowns de l'armée chinoise, et non les guerriers les plus intrépides; ils sautent, ils bondissent avec une agilité, une souplesse surprenantes. Les mandarins prennent plaisir à leurs singulières évolutions, et il n'y a pas de fête sans manœuvres de tigres.

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