LA COCHINCHINE
Trois puissances européennes exercent aujourd'hui leur influence en Asie : la Russie, maîtresse opiniâtre du Nord, fait chaque jour de nouveaux empiétements dans le Turkestan et sur les bords du fleuve Amour. Elle s'avance san^ bruit, presque à la sourdine, et n'en fait pas moins des pas de géant vers le cœur môme de la Chine ; — TAngleterre, toujours jalouse de conserver la suprématie maritime, s'empare des principaux ports de l'océan Indien, achète ce qu'elle ne peut conquérir, plante son drapeau à l'embouchure des cours d'eau, change les moindres îlots en forteresses, dresse des citadelles en vedette à l'extrémité des promon-
toires^ sème partout de petites colonies destiné! venir ensuite le centre de vastes possessions^ tellite de TOcéan, garde rentrée de toutes les \
La France, enfin, a eu aussi son glorieux rôle plir en Asie; mais, lasse peut-être de n'avoi] porté jusqu'ici que des couronnes olympiques J planté son pavillon sur plusieurs points des câ rindo-Chine, et, cette fois, dans Tespoir bien fou l'y conserver. — On peut augurer un bel avec notre colonie naissante sur le sol de la Cocbincli la ville de Saigon, par exemple, devenue françé et dont les environs ont été plus d'une fois témofi des beaux faits d'armes de nos soldats, la ville de S. gon est dans une très-heureuse situation pour no commerce dans l'extrême Orient ; avant peu, cet é blissement français rivalisera avec celui que les / glais ont à Singapour, et deviendra le point de relâi obligé d'un grand nombre de bâtiments dirigés sur Chine et le Japon.
La contrée qui doit particulièrement attirer les i gards de nos fiiturs colonisateurs, c'est la 6asse-C chinchine et surtout le delta formé par les atterriss ments du grand fleuve Camboge ou Mè-kong et d Dong-naï; — ce delta est arrosé par d'innombrable bras de fleuve, dont la direction a dû très-probablement changer avec le temps. Aujourd'hui le Mè-konu proprement dit suit une ligne oblique courant du N.-O. au S.-E., pour se jeter dans la mer de Chine, tandis qu'il devait jadis former une bifurcation et tomber aussi bien à l'est qu'à Touest.
Le delta du Mè-kong et du Dong-naï est d'une excessive fertilité, et, livré à une culture intelligente, peut
aussi tout un avenir pour une très-importante branche de rindustrie française dans cette région, non? voulons parler de la culture du cotonnier, que 1*01. pourrait faire avec assurance de succès.
Les animaux nuisibles ont élu domicile dans le font des forêts, et ne sont en général dangereux que pou ceux qui se hasardent à les attaquer; — on trouve de éléphants, des rhinocéros, des buffles, des tigres, de sangliers, des pélicans, des serpents, des crocodile?, des poissons en très-grand nombre, des sangsues d* terre d'une longueur extraordinaire, et malheureusement des moustiques et une foule d'insectes plus à redouter sans contredit que les espèces félines ou le? reptiles les plus gros ou les plus venimeux.
Nous avons dit un mot des indigènes du Camboge, et de l'accueil presque toujours favorable qu'ils avaient fait aux étrangers; nous en avons une preuve évidente dans le jugement porté sur eux par les autres Cochinchinois. Il y a quelques années, un gouverneur de province adressait au roi de Cochinchine une missive d'où nous extrayons ce passage significatif :
« Les Barbares (on comprend que par cette épithète le fonctionnaire désignait naturellement les Européens) se sont dernièrement tournés du côté des Cambogiens, chez lesquels ils ont appris qu'ils pourront plus facilement faire des dupes que dans le nord ; ils y enseignent l'art des armes et font des largesses au peuple pour se l'attacher; ils y bâtissent des maisons où ils enseignent leur religion, que les ignorants embrassent à l'envi. .. Les Barbares d'Europe, disait aussi le gouverneur, sont d'un caractère très-ferme et trèspatient; les œuvres qu'ils n'ont pas achevées, ils les
lOS PEUPLES Et VOYAGEURS.
La plupart du temps, on ne voit, dans la guerre tentée aux Annamites, qu'une trop Juste représi des Iftches assassinats commis sur nos missionnai mais il est un autre motif moins connu, et pourt d*une très-grande valeur, que nous nous proposons rappeler à nos lecteurs.
A la fin du xvm« siècle, après des événements pr< que romanesques, le souverain de Cochinchine, Ghi loung, dépossédé de son trOne et naturellement dés reux de le reconquérir, demanda des secours à 1 France par Tentremise d'un missionnaire chrétien qu lui avait ouvert généreusement sa maison, alors que I( population en insurrection le poursuivait pour le faire périr.
Ce missionnaire, le P. Pigneau, se rend à la cour de Louis XVI, accompagné du Jeune Qls de Ghialoung, et bientôt, grâce à lui, un traité d'alliance offensive et défensive est conclu à Versailles (1787), mais il est stipulé que le roi de Cochinchine et son conseil d'État céderont, à perpétuité, à Sa Majesté très-chrétienne, ses héritiers et ses successeurs, le port et le territoire de Had-san (baie de Tourane), avec la péninsule voisine et les iles adjacentes de Taï-fou, au midi, et de Haï-wan, au nord. Le souverain de la Cochin-