LÉGENDES DE LA TERRE-SÂINTE
lente^ mais qui ne pardonne jamais, remportait fatalement vers la tombe.
L'ouvrage de M. Gérardy-Saintine sera désormais le compagnon inséparable du voyageur en Judée^ moins à titre de guide qu'à celui d'historien fidèle; on n'y trouve pas une énumération complète et réguUère de toutes les villes, de tous les monuments de la Judée, mais une étude consciencieuse de mœurs et surtout d'excellents renseignements sur les légendes bibliques; dans cette antique contrée, où chaque hameau a été le témoin de faits mémorables^' on comprend rintérôt que peut avoir un livre qui s'est appliqué à en révéler l'histoire.
Dès les premières pages, nous entrons dans ces ré* cits où s'allient si étrangement la profondeur et la naïveté, où l'on surprend si fréquemment la vérité sous le voile de la fiction. M. Gérardy-Saintine a su ha« bilement faire jaillir la lumière sur des points demeurés jusqu'ici dans le doute ou môme dans la plus profonde obscurité.
Voici, par exemple, comment il interprète la fable si connue d'Andromède : « A dix minutes de Jaffa, dit-il, dans le sud, se trouve une éminence au sommet de laquelle est bâti un petit sanctuaire musulman ; on prétend qu'au pied de ce monticule, Persée, monté sur Pégase, vainquit le monstre auquel avait été exposée Andromède. Saint Jérôme ne dédaigne pas de rapporter cette tradition. Andromède et son dragon, Persée et son cheval ailé, pourraient très-bien, ce me semble, n'être que le déguisement mystique d'un fait historique véritable. En efTet, cette fille de roi, menacée par un danger venant de la mer, est pour moi la Phé-
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nicie en butte à des invasions de pirates qui voii la rançonner; les vaisseaux se changent YolontU dragons, en monstres marins^ dans les souvenirs | laires. »
Dans une description fort détaillée de Jérusaj nous trouvons cette autre ancienne tradition i M. Gérardy-Saintine n*a pas, du reste, garanti 1 thenticité : — le Christ, portant sa croix, passa^ < on, devant la boutique d'un cordonmer et voulut reposer un instant ; le Juif fanatique le frappa en \ criant de marcher. Jésus se leva, et^ en s'éloignant, 1 dit : « Tu marcheras toi-même et jusqu'à Is^ fin d* siècles. » Telle serait l'origine de la fameuse légend du Juif-Errant.
Abraham^ Loth, Moïse, Salomon, sont des noms très populaires encore en Judée; il est une histoire que nous ne voulons pas omettre, mais que nous ne rapportons pas sans un certain embarras; cette histoire est celle de Loth^ coupable et en proie aux remords : — Les crimes des habitants de Sodome avaient allumé la colère de Dieu ; Loth, privé de sa femme (personne n'ignore sa transformation), était accompagné de ses filles, qui ne pouvaient trouver de maris, leur père (lyant perdu toutes ses richesses; le vieillard se lamentait à la pensée de la fin prochaine de sa race ; ses filles partagèrent ses chagrins et devinrent mères; Loth ne tarda pas à se désespérer et demanda conseil à un lévite^ qui lui ordonna de planter dans son jardin trois petites branches d'arbre et de les arroser avec de l'eau du Jourdain que chaque matin il devait aller chercher à pied; si les branches prenaient racine, il aurait une preuve du pardon de Dieu. Le lendemain
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mafm, Loth planta ses branches et partit pour le Joi dain. Comme il retournait péniblement chezlui^ il i accofté par un pauvre mendiant écrasé par la ch leur, qai le supplia de lui permettre de se désaltère Loth lui laissa prendre un peu d'eau; à peu de dit tance^ on voyageur lui fit la même demande, et Lot. ne se sentit pas le courage de rejeter la prière d'ui malheureux; il rencontra tant de personnes et fut a charitable, qu'à son arrivée il n'avait plus en sa possession une goutte d'eau. Le voilà dans la plus grande perplexité ; cependant, il se prépare à retourner au Jourdain, lorsqu'un ange lui apparaît et lui apprend que sa charité même lui a lait trouver grâce devant Dieu.
Les arbres surent se passer d'eau et prirent racine. Plus tard, l'un d'eux servit à faire la sainte eroix«
Rembrandt a représenté ces trois arbres éim un tableau qui, aux yeux de ceux qui ne connaissent pas U légende, n'est qu'une pure bizarrerie d'arliste ; — nous pourrions citer plus d'un mtique éminent qui n'a pas compris le sens de l'œuvre do grand peintre.
Au milieu d'un grand nombre de légendes, -* Lé* gendes qui, on a po le voir, ne font pas toujours hoo* neur à la verto des Hébreox^ — choisissons encore le récit de la mort de Moïse : le prophète était parvenu iVâge de cent vingt ans, et ne se pressait pas de mou* rir, car il savait qoe son peuple, après sa mort, se détournerait de U voie droite et exciterait U colère di« noe. Un joor qo'il se prooieaait dans les montagnes, il aperçât sor la colline blanche comme la neige quatre hommes qoi, avec de gsands efforts, creusaient une Mlle dans les flaacB des Docheis; oes homiDes étaient
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quatre anges revêtus d'rne enveloppe grossière. Le soleil était ardent. Moïse entre dans la caverne po y Jouir du repos et de la fraîcheur; un des ouvrit lui offre avec respect une pomme à la couleur app tissante.; mais à peine en a-t>il respiré Todeur qu' tombe dans le sommeil de Tétemité ; les anges empc tèrent son âme au ciel.
Si les temps anciens ont laissé leurs légendes^ h temps modernes laisseront aussi les leurs; il en a une qui, bien que de date récente, apparaît déjà sou un caractère fantastique; le héros est cher à I France, c'est Kléber, ce guerrier épique qui a pass^ comme un météore, et dont la gloire et le caractèn chevaleresque seraient dignes d'être chantés comme l'ont été les hauts faits d'Achille et d'Hector. — Entre Acca et Gaïffa, s'étendent de tristes territoires habités par des Bédouins ; si l'on interroge ces fils du désert^ il ne manquent jamais de vous entretenir de l'apparition soudaine que firent dans leur pays des guerriers francs, qui portaient sur la tête des tarbouches d'or surmontés d'une flamme semblable à l'arc-en-ciel; à leur tête se présentait Qalé-el-Berr (Kléber) : nul guerrier ne pouvait le regarder en face. Un jour, les Turcs, plus nombreux que les mouches qui s'abattent sur un rayon de miel, attaquent sa petite armée; il parvient à ouvrir à ses compagnons un chemin vers la mer et reste seul au milieu des ennemis. Les cadavres qu'il amoncelle autour de lui étouffent son cheval ; il n'en continue pas moins le combat. Un pacha, renommé par sa vigueur, veut se mesurer seul à seul avec le héros ; il lui propose un combat singulier : Qalé-el-Berr accepte, et quand son adversaire se pré-