‹ Peut-on diagnostiquer la mort par submersion?Chapitre 10 sur 26 · OBSERVATIONS SUR LES SUBMERGÉS · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS SUR LES SUBMERGÉS

Nos observations ont porté sur vingt-sept submergés humains, sur lesquels quinze seulement ont été autopsiés, les douze autres, n’ont pu nous etre utiles qu au point de vue de l’aspect extérieur, et des oreilles moyennes ; enfin seize chiens vivants ont été noyés et autopsiés de 1 à six jours après la submersion.

Il serait trop long de relater ici toutes ces observations nous nous contenterons, d’insérer celles qui présentent je plus d’intérêt, et les autres nous serviront dans notre description des submergés en général.

Observation

2 5 février 1884. Type de l’aspect extérieur.

Femme A. retirée après quelques h. d’eau. A l’arrivée à la Morgue, peau très froide avec chair de poule, aux bras, à la face externe des cuisses, aux seins. — Couleur rosée sur fond pâle, à la face interne des cuisses entre les seins et sur les épaules.

La face est pâle avec teinte violette aux oreilles, les paupières sont entrouvertes, la pupille est très transparente et dilatée, le globe de l’œil est saillant, la bouche est entrouverte, et revêtue d’un champignon de mousse à bulles excessivement fines serrées et blanches comme de la neige. La langue sort à travers les arcades dentaires, qui en compriment la pointe. En pressant le nez il sort un liquide légèrement rosé . En comprimant le thorax, on voit apparaître derrière le champignon mousseux, à la bouche, de l’écume aux bulles fines et égales, mélangée à une petite quantité d’eau. Les doig'ts ne présentent aucunes érosions, ni écorchures, mais ils sont ridés ; entre les ongles nous ne remarquons aucune trace de corps étrangers.

Observation II

4 mars 1 884. Autre type de l’aspect extérieur.

Homme B. retiré à Aubervilliers [au bout de douze heures

cl’eau. Les habits sont souillés de vase et de boue nous en remarquons également dans les cheveux. La peau est rutilante à peu près dans toute son étendue. Les veines se dessinent avec une. couleur violette. Les doigts sont ridés, comme après un bain très prolongé ; de plus il sont légèrement écorchés ; entre les ongles, nous remarquons de la vase. La partie supérieure et interne des cuisses offre une teinte rosée parsemée de petites plaques blanches, aux jambes cette teinte est beaucoup plus foncée et tire même sur le violet. Pas de chair de poule, pas de champignon mousseux à la bouche, le nez laisse écouler un liquide presque rougeâtre. La pupille est encore transparente mais moins brillante que dans le cas précédant. La langue ne sort pas à travers les arcades dentaires. La bouche ne contient pas d’eau, mais en comprimant le thorax , on voit apparaître, de l’écume et de l’eau rougie.

Observation III

Type de la mort par submersion avec tous les signes classiques quelques heures d'eau. Autopsie du 29 août i 884.

Le cadavre est celui d’une femme âgée de 52 ans, elle a disparu le 25 de son domicile et a été repêchée le 26 à 6 heures du matin. Elle paraît avoir séjourné de huit à dix heures dans l’eau ainsi que le prouvent les doigts ridés, la chair de poule, les plaques rosées et la pupille transparente.

Le commissaire de police, a mis comme diagnostic désordre d'esprit , mais un calcul énorme trouvé dans le canal cholédoque nous a fait penser que cette femme était en proie à d’horribles souffrances, qui l’ont fait se jeter à la Seine

Autopsie. — Pas de champignon, il ne s’écoule aucun liquide, ni du nez ni de la bouche. La langue ne passe pas à travers les arcades dentaires. Nous l’autopsions suivant notre procédé habituel qui consiste à disséquer, soigneusement, le larynx et la trachée jusqu’à sa bifurcation.

Nous sectionnons sur place, la trachée , et le largnx , celui-ciest vide de corps étrangers, et nous ne trouvons de l’écume qu’entre les cordes vocales, et sur les parois du larynx; la trachée est absolument bondée de mousse, qui sort après l’ouverture; les grosses bronches sont aussi complètement pleines de cette mousse, nous détachons le largnx et la trachée, et nous enlevons les poumons de la cavité thoracique. Nous retournons ces derniers, et nous recueillons dans une soucoupe une assez grande quantité de mousse mélangée à des mucosités adhérentes aux parois des bronches, nous sectionnons ensuite lés bronches, et nous trouvons du liquide mélangé à de l’écume roussâtre dans les moyennes et petites bronches. Les poumons qui sont volumineux et remplissent la covité thoracique laissent à la coupe suinter en assez grande abondance un liquide rougeâtre mélangé à une écume trèsfine. En pressant ces morceaux de poumon on entend une grande crépitation semblable, a celle de la pneumonie, mais avec bruit exagéré. L'estomac contient 115 grammes de liquide, dans lequel on peut comprendre probablement un peu de bile, car ce liquide est louche et un peu jaune.

Le cœur droit contient du sang liquide, couleur cerise, sans aucune espèce de caillots.

Le cerveau, est congestionné. Zes oreilles moyennes, que nous ouvrons en sciant le temporal , contiennent une petite quantité de liquide un peu trouble.

Observation IV

Type de la mort par submersion avec tous les signes et deux jours

d’eau , 24 avril 1884

Le cadavre est celui d'un homme âgé de 45 ans, l’épiderme des mains est blanchi, et très-ridé. Il existe à l’extrémite de l’index, et du médius droits des excoriations. Entre les ongles et la peau, on trouve de la vase.

Nous disséquons, avec soin le larynx et la trachée, et nous voyons que l’épiglotte est verticale, nous ouvrons la trachée et nous ne trouvons de l’écume qu’à son tiers inférieur, nous en remarquons un peu sur les parois du larynx. En pressant sur les poumons, qui sont volumineux, crépitants, et qui dépassent la paroi thoracique, nous faisons sortir des bronches une assez grande quantité d’écume mélangée a un peu d’eau; nous remarquons des ecchymoses sous-pleurales sur les poumons , qui du reste sont marbrés de couleur rose, blanche et grise. L’eau et l’écume comme dans le cas précédent s’étendent jusque dans les dernières ramifications bronchiques.

En incisant les poumons, il sort des bronches un liquide presque incolore, tandis que des veines et des artères, suintent des gouttes d’un sang noir et poisseux.

Le cœur est assez volumineux. Les cavités droites sont gorgées d’un sang noir très-fluide. Le ventricule gauche ainsi que l'oreillette et l’aorte, n’en contiennent que très-peu.

L’estomac contient 735 grammes de liquide mélangé a un peu de pommes de terre, qui ont subi un commencement de digestion.

Les oreilles moyennes sont à moitié pleines de liquide, la gauche en contient cependant un peu plus que la droite.

Observation V

Quatre heures d'eau, et autopsié, après avoir été retiré, absolument congelé de l'appareil frigorijique. Autopsié le 11 septembre

Le cadavre est celui d’un homme âgé de 26 ans. Iiad. C.laude il n’a séjourné que quatre heures dans l’eau d’après le procèsverbal du commissaire de police.

lia été porté dans la caisse réfrigérente jusqu’à vingt degrés au dessous de zéro pendant deux jours, puis exposé pendant quaire jours à la température de moins six degrés. Remis dans la caisse pendant six jours, retiré le 10 septembre à 6 heures et autopsié le 11 septembre à 7 heures et demie du matin.

Il s’est donc écoulé 13 jours entre l’autopsie et son entrée à la morgûe.

Aspect extérieur. — Le cadavre est rosé sur presque tout le corps avec des plaques blanches, il a la chair de poule.

La pupille est encore transparente. Les cheveux et les poils sont adhérents, l’épiderme est intact. Il n’y a pas de champignon de mousse à la bouche, laquelle ne laisse pas passer la langue. Dans la bouche et le pharynx se trouve de l’écume adhérente.

L’épiglotte est verticale.

En ouvrant le larynx, avec des ciseaux, très délicatement, on voit sur les parois antérieures et postérieures dans les replis des cordes vocales, une mousse très-fine et légèrement sanguinolente.

Le larynx est vide de corps étrangers et de glaçons. La partie

supérieure (le quart) de la trachée est également parsemée sur toute sa paroi d’une écume très-line.

A partir des trois quarts inférieurs, se trouve un gros glaçon d une couleur rosée qui est lui-même entouré d’une masse à bulles très-fines. Pour donner une idée de ce glaçon, disons qu’il avait 8 centimètres 1/2 jusqu’à l’embranchement des bronches. Ce glaçon comme nous l’avons dit plus haut est teinté de sang, nous le laissons fondre doucement dans une soucoupe et nous voyons la matière colorante du sang, qui s’abaisse, alors que l’eau claire occupe la partie supérieure.

Ce glaçon se prolonge, toujours entouré d’écume dans les grosses branches, puis nous en trouvons jusque dans les dernières ramifications bronchiques.

Cette glace rosée produit assez l’effet des injections roses que l’on fait à l’amphithéâtre pour les artères.

Les poumons qui malgré leur congélation, sont encore volumineux, laissent voir à la cmpedeux ordres de glaçons, les uns noirâtres et les autres rosés, [presque incolores, les premiers proviennent des veines et des artères, les autres des petites bron ches .

Nous faisons la différence entre ces deux genres de glaçons, en mettant les uns dans une soucoupe, les autres dans une autre. Nous chauffons doucement, et nous voyons d’une part, le glaçon de laveine pulmonaire laissant déposer un liquiderougeâtre presque noir, alors que les glaçons des bronches en fondant -laissent voir un liquide presque incolore.

L'estomac n’est qu’un bloc de glace légèrement jaune, nous faisons fondre ce bloc, qui pèse 809 grammes, et l’eau est un peu jaune également. Cette teinte provient sans doute, soit de la matière colorante de la bile, soit du suc-gastrique, contenu au moment de la mort, dans l'estomac.

Le cœur et les gros vaisseaux contiennent des glaçons de sang, qui ne laissent déposer aucun caillot, en les faisant fondre.

Les oreilles moyennes , contiennent aussi deux petits ronds de glace, gros comme un petit pois chaque.

Observation VI

Autopsie également du 11 septembre 1884, trois jours d'eau. Retiré de l’appareil frigorifique absolument gelé pour être soumis à l’autopsie.

Le corps est celui d’un nommé L..., Lous-Philippe. Il s’est jeté à l’eau le 26 août et retiré le 29. Signe caractéristique, bossu. Mis dans l’appareil frigorifique le 30 août, exposé jusqu’au 6 septembre et autopsié le 11 septembre à 2 h. 1/2. »

Aspect extérieur. — Figure congestionnée, violette, le reste du corps pâle, avec quelques plaques rouges sur les cuisses et le thorax, la langue ne passe pas à travers les arcades dentaires, pas de chair de poule, pas d’excoriations, pas de vase ni de sable entre la pulpe des doigts et des ongles.

Autopsie. — Toujours par le même procédé. Epiglotte verticale, larynx , vide, contenant seulement un peu de mousse sur ses parois il en est de même de la trachée. Les grosses bronches contiennent des glaçons incolores entourés de mousse. Ces glaçons tout en étant transparents, sont parsemés d’un peu de particules vertes, ressemblant à des brins d’herbe, ils se cont inuent dans les bronches moyennes et dans les bronchioles.

A la coupe les poumons présentent comme dans les cas précédents, des petites artérioles remplies de sang noir congelé ce qui

Henri IJougicr G

les caractérise des bronchioles remplies de petits glaçons presque incolores.

Nous avons oublié d’indiquer que les poumons, ont pris la forme de l’incurvation de la poitrine, tant du sternum que de la colonne vertébrale .

L’estomac est rempli d’un glaçon assez gros, pesant 380 grammes légèrement teinté de sang. Il est certain encore une fois que cette couleur provient du suc-gastrique et de la bile qui ont pénétré dans l’estomac.

Le cœur droit est rempli d’un glaçon rouge, qui fond très-facilement sans laisser de caillots.

Les oreilles moyennes ne contiennent absolument rien.

Observation VII

Autopsie du 15 octobre 1884 quelques heures d’eau, mis dix jours dans V appareil frigorifique, retiré, dégelé et autopsié,

Peau pâle avec des plaques rouges, les ongles ne contiennent pas de sable, et les doigts ne sont pas écorchés. Les cheveux et les poils, sont adhérents. La pupille n’est plus transparente. Les doigts sont légèrement ridés et blancs.

Larynx contenant une écume adhérente aux parois avec de l’eau rougie, il en est de même pour la trachée : avec une pipette nous retirons de ces deux organes 35 centimètres cubes d’eau mélangée à de la mousse.

Poumon gauche moins gonflé que le droit qui dépasse de beaucoup les côtes lorsque nous enlevons la paroi thoracique.

Les poumons donnent une sensation d’une éponge mouillée. Ils crépitent sous la main. A la coupe nous trouvons une écume sanguinolente, mélangée à du sang et à de l’eau.

Pas de corps étrangers.

Estomac contenant en moyenne un litre d’eau, dans laquelle nous ne trouvons pas d’aliments. Dans le duodénum, que nous avons lié au pylore, et à 7 centimètres plus loin, nous trouvons également de l’eau.

Oreilles moyennes après avoir nettoyé avec de la ouate le conduit auditif externe, nous passons dans ce conduit un spéculum à oreille, et nous introduisons une pipette très-fine, nous sentons la menbrane du tympan , et nous la voyons, elle est intacte, nous pressons à l’aide de la pipette, nous crevons cette membrane, et en aspirant nous retirons de chaque oreille 1/2 centimètre cube environ d’eau.

Nous nous contentons de reproduire in extenso ces sept observations personnelles, nous aurons à citer les vingt autres lorsque nous discuterons le mécanisme de l’asphyxie par submersion.

Avant de décrire les expériences fixités sur des chiens submergés vivants, nous croyons devoir reproduire ici deux observations que nous devons à l’obligeance de M. le docteur Vibert.

Observation VIII

Enfant âgé de dix ans repêché dans le canal St-Martin et autopsie

le 13 juillet

Le cadavre est celui d’un jeune garçon bien constitué et vigoureux.

La putréfaction n’est pas commencée. L’épiderme des mains et des pieds est légèrement macéré (c’est-à-dire épaissi et ridé). De l’écume légèrement sanguinolente sort par la bouche et par le nez. La face est congestionnée. Les conjonctives des yeux ne présentent pas d’écchymoses.

On remarque sur le côté du front, près delà naissance des cheveux, une plaie contuse superficielle linéaire et rectiligne, de 3>tcent. de longueur; cette plaie est doublée d’une ecchymose mesurant 4 cent, de diamètre. Sur les autres parties du corps et notamment sur la face et sur le cou, il n’existe pas de plaies, d’érosions, d’ecchymoses.

Ouverture du cadavre. — Les cavités de la bouche et du pharynx, ne renferment pas de corps étrangers. Le larynx et la trachée, contiennent une quantité abondante d’écume, légèrement rosée et a très fines bulles d’air. La muqueuse de ces organes est très congestionnée.

Les poumons sont très volumineux, ils font saillie hors du thorax dès que l’on a ouvert cette cavité ; et ils ont pris l’empreinte des côtes. Ils ne présentent pas d’ecchymoses sous pleurales. Le poumon gauche est adhérent à sa partie supérieure.

Les poumons incisés laissent échapper une quantité relativement peu abondante de sang. Les ramifications bronchiques contiennent de l’écume non mélangée de corps étrangers.

Les cavités du cœur contiennent du sang liquide et pas de caillots.

L’estomac renferme environ 100 grammes d’eau et des débris alimentaires composés surtout de pommes de terre, d’un peu de graisse et quelques fibres ramolies de viande.

Les sinus de la dure mère et les gros vaisseaux de la pie mère sont gorgés de sang, mais les petits vaisseaux ne sont pas injectés.

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