CONCLUSION
1° Le jeune Jean a succombé à une asphyxie par submersion. 2° Il n’existe pas sur les divers parties du corps de cet enfant de traces de violences, sauf une plaie contuse superficielle sur le front, qui est probablement d’origine accidentelle.
Observation IX
Cadavre repêché dans la Seine quai d'Auteuil avec ecchymose des deux bras. — Autopsie le 21 octobre
Aspect extérieur. — Le cadavre est celui d’un homme bien constitué, grand, un peu obèse et paraissant vigoureux.
La putréfaction n’est pas commencée, la rigidité cadavérique existe encore. L’épiderme des pieds et des mains n’est pas macéré. La face est extrêmement congestionnée et d’un rouge violacé qui contraste avec la pâleur du corps.
On remarque à la face externe de chacun des bras depuis le coude jusqu’à l’aisselle une douzaine d’ecchymoses d’un noir violacé, de forme irrégulièrement circulaire.
La plupart ayant environ un centimètre de diamètre, quelquesunes plus grandes. En pratiquant des incisions en ces points, on constate que l’épanchement sangum sousjacent est compris entre la peau et la surface cellulo-yraisseu.se , mais ne pénètre pas plus profondément.
Il n’existe pas sur le reste du corps d’autres traces extérieures de violence, sauf une ecchymose de 4 centimètres de diamètre, superficielle sur le tibia gauche.
Ouverture du cadavre. — Les sinus de la dure mère sont gorgés de sang liquide et noir, mais les fins vaisseaux des méninges ne sont pas injectés. x
Le larynx et la trachée contiennent une petite quantité d’écume incolore, à très fines bulles.
Le poumon gauche est adhérent dans toute son étendue. Le
'poumon droit est très-volumineux il fait saillie hors du thorax après l’ouverture de cette cavité. En l’incisant, on constate qu’il contient une quantité très abondante, de très fine écume et une quantité beaucoup moindre de sang liquide.
Le poumon gauche contient également de l’écume mais en moindre proportion . Les bronches sont pleines d’écume et renferment aussi un peu d’eau liquide ; on n’y trouve pas de corps étrangers. Il existe à la partie inférieure du poumon droit un noyau caséeux, demi liquide, du volume d’une noisette.
Le reste du poumon ne contient pas de tubercules.
Les cavités du cœur ne renferment qu’une minime quantité de sang liquide.
L’estomac renferment des gaz, et environ 100 grammes d’une bouillie alimentataire très-liquide.
Conclusion. — Le sieur X. . . a succombé à une asphyxie par submersion.
2° Il existe sur les deux bras de nombreuses ecchymoses indiquant que le sieur X. . . a été serré très fortement en ces points alors qu’il vivait encore.
3° Le corps ne porte pas d’autres marques de violences.
Avant d’exposer les expériences que nous avons faites sur les chiens vivants, nous croyons devoir décrire, les résultats obtenus en immergeant des cadavres post mortem. 11 nous sera plus facile ainsi, de suivre la méthode comparative que nous avons adoptée, et nos lecteurs de leur côté pourront plus aisément, voir la différence, qui peut exister entre les submergés, elles immergés post mortem.
Observations sur les submergés Post Morton
Nos expériences ont porté sur 23 cadavres, 12 ont été faites à la morgue et 11 à l’amphithéâtre de Clamart, qui nous a été ouvert pendant les vacances, grâce à la gracieuse autorisation de M. le directeur professeur Tillaux auquel nous adressons tous nos remerciements.
Observation I
Le cadavre est celui d’un homme de 62 ans, Muller Jules, qui, après avoir été arrêté, s’est pendu à la gendarmerie de M'ontreuilsous- Dois, le 12 août 1884 a 3 heures 1/2.
Envoyé à la Morgue, le même jour il fut placé dans une caisse réfrigérente avec une température variant de 5 à 6 degrés au dessous de zéro. Il resta dans cette caisse jusqu’au 16 août, il en fut retiré le même jour, à 9 heures 1/2 du matin pour être placé dans un bain. Ce bain était composé de 15 grammes de fuschine pour 300 litres d’eau. Avant son immersion, le cadavre était encore très frais, le sillon de la pendaison, parcheminé à la partie antérieure était très apparent. La pupille était très peu transparente, et le globe de l’œil, était un peu affaissé. La langue sortait de la bouche.
Le premier jour il resta immergé horizontalement sur le dos, le 17 au matin il surnageait, et on lui mit des poids sur le corps, de manière a faire enfoncer la tète et tout le thorax jusqu’au dia-
phragme. Lorsqu’il fut retiré le 2 août à 10 heures du matin, le ventre proéminait au dessus de l’eau. Mais la partie supérieure du corps plongeait complètement dans le bain.
Aspect extérieur. — Les cheveux se détachent assez facilement, ainsi que la barbe. La face est congestionnée et tuméfiée comme il arrive chez les asphyxiés par submersion, ou par pendaison. La •pupille est colorée en rouge violet, le globe de l’œil est plus proéminent qu’avant l’immersion.
L’épiderme commence à s'enlever surtout sur les membres inférieurs, on n’observe pas sur les mains les gants traditionnels chez les submergés l’épiderme est fendillé à plusieurs endroits et s’enlève en morceaux.
Le sillon, de la pendaison, n’existe plus que par une teinte légèrement noirâtre à peine perceptible, il n’y a qu’une ecchymose sur les parties latérales du cou avec épanchement sanguin dans le tissu cellulaire .
La partie antérieure de ce sillon qui était parcheminée, avant l’immersion ne l’est plus, par suite sans doute de l’infiltration aqueuse.
Le scrotum ainsi que la verge sont soulevés par des gaz de putréfaction. Du reste la partie du corps qui ne plongeait pas dans l’eau, c’est-à-dire l’abdomen, et la partie supérieure des cuisses commencent à se putréfier. Alors que la partie supérieure du corps ne l’est pas tout à fait.
Autopsie. — Les poumons remplissent toute la cavité thoracique, ils ont superficiellement une couleur rougeâtre presque noire. Après avoir sectionné le conduit des vois aériennes au dessus du larynx , nous enlevons avec beaucoup de précautions les poumons en tirant légèrement le larynx et la trachée.
Rien de particulier dans celui-là, ni dans celle-ci, si ce n’est une hypérémie très intense de la muqueuse.
Nous avons coupé longitudinalement les voies aériennes et nous sommes arrivé sur los grosses bronches , nous avons liouvc un liquide légèrement rosé ainsi qu’un peu d’écume. Mais ce n était pas une écume à bulles fines comme dan^ la submersion, c était une écume au contraire à bulles grosses et moyennes.
Nous avons relevé les poumons de bas en haut, et nous avons recueilli un liquide, rougeâtre, pour être soumis â l’analyse chimique, car à l’œil nu il est impossible de savoir si nous avons affaire au sérum du sang, ou au liquide du bain.
Le tissu pulmonaire se déchire assez facilement, sous le doigt, il contient peu de gaz de putréfaction; h la coupe il laisse échapper un liquide légèrement roux à filets verdâtres.
Le cœur contient des caillots mélangés à du sang rougâtre.
L'estomac contient du liquide recouvrant des aliments, le tout pèse 175 grammes. Il nous semble que ce liquide à l’apparence de l’eau du bain.
Analyse chimique. — Etant données les difficultés, de distinguer le sérum du sang, du liquide ambiant, nous avons résolu d’immerger tous les corps de nos sujets, dans des bains colorés par des matières chimiques, qui puissent être décelées ensuite par une analyse scrupuleuse. C’est ainsi que nous avons successivement employé la fuschine, l’iodurede potassium, le ferrocyanure de potassium et le violet de Paris.
En ce qui touche la fuschine, avant de procéder à l’analyse des organes, de notre sujet, nous avons fait des analyses préliminaires que nous croyons utile de signaler.
Après avoir pesé un gramme de fuschine, sans arsenic préparée par la nitrobenzine, nous l’avons fait dissoudre dans un litre d’eau distillée, nous avons ensuite recherché cette fuschine en mettant le liquide en ébullition en présence d’un petit écheveau de soie blanche.
Nous avons obtenu une couleur d’un rouge violet très res-
plendissant. Ensuite nous avons pris un centimètre cube de cette première solution et nous l'avons étendue d’un litre d’eau distillée. En répétant la même expérience que précédemment, nous avons obtenu une teinte plus pâle il est vrai, mais néanmoins très appréciable. Une solution de fuschine, au millième se découvre donc très facilement.
Liquide de l’Estomac. — Nous avons ensuite porté nos investigations sur le liquide contenu dans l’estomac de notre sujet.
Nous avons commencé par mettre dans un tube gradué 10 grammes de ce liquide, nous avons versé quelques gouttes d’ammoniaque afin d’isoler la fuschine, puis nous avons versé une petite quantité d’éther, afin de la dissoudre. Nqus avons secoué vigoureusement, puis décanté à deux reprises différentes, et porté la dissolution au bain marie, nous avons épuisé l’éther en présence d’un écheveau de soie blanche — et nous n’avons rien obtenu.
Deux fois nous avons recommencé fexpérieuce et les deux fois le résultat a été négatif.
Pour nous assurer que la moindre quantité de fuschine eut pu être décelée nous avons pris un centimètre cube de la solution au millième, nous l’avons mise dans un litre d’eau, ce qui faisait une solution au millionnième nous avons mélangé deux centimètres cubes de cette dernière solution au liquide restant de l’estomac. Avec le procédé indiqué, plus haut, c’est-à-dire en employant l’ammoniaque l’éther et le bain marie. Les effilés de soie ont été teints très distinctement.
Donc l 'estomac ne contient pas la plus petite parcelle de fuschine.
Liquide qui s’est écoulé des grosses bronches. — Nous avons pris la matière sanguinolente qui s’était écoulée des grosses
bronches , et nous l'avons soumise aux réaotils cités plus haut, nous avons obtenu la teinte caractéristique des effilés de soie, correspondante à la teinte de la solution au millionième , donc l’eau du bain avait pénétré dans les grosses bronches.
Expériences sur des morceaux de poumon. — Après avoir pilé les deux sommets des poumons de notre sujet, dans un mortier en présence de sable blanc, nous avons obtenu un liquide que nous avons mis dans un flacon bouché a l’émeri, avec quelques gouttes d’ammoniaque et une quantité notable d’éther. Nous avons ensuite décanté, nous avons porté le produit de la décantation au bain marie, et nous n’avons rien obtenu.
Observation II
Autopsie du 29 septembre 1884 remarquable par des corps étranges trouvés dans les bronches et provenant du bain.
B... Valentin, 59 ans. Il s’est pendu le 21 septembre 1884, envoyé à la Morgue le 22 à 4 heures et mis immédiatement dans l’appareil frigorifique. Retiré de cet appareil le 26 septembre pour être dégelé. Mis dans le bain-fuschiné, préalablement couvert de sciure de bois le 27 septembre à 3 heures 1/4 de l’après-midi en position horizontale sur le dos, retiré le lendemain 28 septembre à 3 heures 1/2 ; le cadavre est donc resté 24 heures dans le bain fuschiné.
Le corps n’est ni plus ni moins plus gonflé que lorsqu’il a été mis dans le bain. Le sillon de la pendaison existe comme avant la mise au bain. La pupille est à demi transparente. Les cheveux, ni les poils ni les ongles ne se détachent.
Autopsie. — A l’ouverture du thorax , les poumons font saillie. Nous disséquons le larynx et la trachée jusqu’aux bronches. L’épiglotte est à moitié entr’ouverte, elle baigne dans le liquide, que renferme le pharynx lequel contient ainsi que la bouche, de l’écume à grosses bulles, comme celles formées par l’eau de savon.
Nous incisons la trachée et le larynx , sur place, et nous apercevons les reflets du liquide mélangé a un peu d’écume à bulles moyennes, nullement comparables à celles de la submersion. A l’aide d’une pipette, nous recueillons ce liquide qui nous donne à peu près 11 centimètres cubes.
Nous enlevons les voies aériennes et les poumons, suivant notre procédé, c’est à dire en tirant légèrement sur le larynx et la trachée, nous détachons le poumon droit que nous retournons de bas en haut et dans lequel nous remarquons une quantité assez considérable de sciure de bois. Au tiers inférieur de la trachée et à sa bifurcation nous avions vu déjà des corps étrangers ressemblant à delà sciure de bois.
Nous mettons dans un flacon le liquide provenant du poumon droit et dans un autre flocon ce poumon tout entier, le tout pour être soumis à l’analyse chimique. Dans le poumon gauche dont nous incisons, les grosses bronches, nous trouvons de la sciure de bois, jusqu’aux cinquièmes divisions bronchiques.
Nous devons faire expressément remarquer que cette sciure de bois, n’était pas composée d'uneoudeux, mais au moins de trente brindilles colorées en rouge violet par la fuschine. Nous trouvons encore du liquide, mais en petite quantité dans les bronches, moyennes. A la coupe, les poumons laissent suinter un peu de liquide mélangé à des bulles d’air.
Estomac — Absolument vide, ni corps étrangers, ni liquide fuschinéou autre.
Cœur. Il contient des caillots avec du sang noir et poisseux, il en est de même de l’aorte et des veines pulmonaires.
Oreilles moyennes , vides.
Analyse chimique. — Les procédés employés sont les mêmes que dans la première analyse.
Liquide du larynx et delà trachée. Résultat affirmatif.
Liquide des bronches. Ce liquide que nous avons fait filtrer, a laissé déposer une grande quantité de brindilles de sciure de bois.
Tissu pulmonaire, nous l’avons incisé en deux parties. La partie la plus voisine des bronches ayant été pilée avec du sable, et soumise à l’action de l’ammoniaque, de l’éther et du bain Marie , nous avons obtenu la couleur rouge violet caractéristique. L’autre partie qui comprenait le sommet du poumon , c’est-à-dire le point le plus reculé de l’entrée des bronches, ayant été soumise au même traitement que précédemment, le résultat cette fois a été négatif.
L’estomac ne contenait rien, ainsi que nous l’avons écrit, mais nous avons néanmoins fait un lavage, pour essayer de trouver de lafuschine, nous n’avons rien obtenu.
Observavion Illmar (Clat)
Meyer Henry 24 ans, mort de la tuberculose le 30 août 1884, à 1 heure de l’après-midi. Mis dans un bain contenant 20 grammes de fuschine, pour 350 litres d’eau, le 3 septembre à 7 heures 1/2 du matin, retiré et autopsié le 4 septembre à 9 heures.
Placé dans le bain, en plan incliné, la tête un peu élevée ; la
bouche qui était 'hermétiquement fermée s’est entrouverte dans le bain, elle est pleine de liquide, qui s’écoule en retirant le sujet.
L’épiderme commence à ce détacher, les ongles et les poils sont adhérents, le ventre et le thorax , sont bien plus gonflés qu’avant l’immersion.
La cornée qui était transparente, ne l’est plus, la sclérotique est tachée de rouge violet, par l’eau du bain.
Autopsie. — Nous disséquons, le larynx et la trachée sur place En ouvrant celle-ci nous recueillons une moyenne de 5 centimè-
très cubes de liquide. L’épiglotte est entrouverte. Les poumons sont adhérents dant toute leur étendue, leurs sommets sont absolument tuberculeux, et nous trouvons, des tubercules un peu partout. Ces poumons sont affaissés et n’ont rien de commun avec ceux des submergés. Nous les enlevons, après avoir lié l'œsophage , et en tirant sur le larynx. — Nous trouvons du liquide coloré de sang dans la partie inférieure de la trachée, et dans les grosses bronches, en poursuivant avec les ciseaux nous rouvons également du liquide dans les bronches moyennes mais pas dans les petites, nous retournons, l’autre poumon de bas en haut et nous recueillons une petite quantité de liquide qui sera soumise à l’examen chimique.
Estomac. — La muqueuse est rougie et recouverte d’un liquide verdâtre.
Cœur. — Plein de caillots sanguins visqueux.
Oreilles moyennes vides.
Analyse chimique. — Toujours le même procédé.
Liquide contenu dans les bronchas et dans la trachée.
Résultat affirmatif, nous avons teint deux échantillons de soie blanche.
Tissu pulmonaire. — Nous avons pris deux morceaux Aq poumon, que nous avons triturés comme précédemment nous avons soumis le liquide à l’analyse et nous n’avons rien obtenu.
Estomac. — Résultats négatifs, jjas de réaction.
Observation IV ( Clamart )
Femme Barp, décédée le 15 septembre à 10 heures du soir mise dans le bain le 18 septembre en position horizontale, le dos en bas. Au-dessus du bain nous avons mis deux pelletées de sciure de bois. Retirée le 20 septembre 1884 à 4 1/2 de l’après midi pour être autopsiée.
La face qui avant l’immersion était émaciée est devenue bouffie, le thorax et le ventre sont dilatés, ce dernier est légèrement verdâtre, les cheveux se détachent facilement. La putréfaction avait donc commencé, ce qui n’a rien d’extraordinaire, étant donné que cette femme, est restée du 15 au 18 septembre par une grande chaleur sans être injectée ni réfrigérée.
Autopsie. En incisant le larynx et la trachée sur place, nous tromons dans le premier, deux brins de sciure de bois, et dans la seconde, trois brins, dans le tiers supérieur nous trouvons également du liquide coloré, en petite quantité, L’épiglotte est entrouverte légèrement. En détachan le thorax, il s’écoule de la cavité, du pus, et du sang, les poumons sont affaissés et tuberculeux au sommet.
Nous détachons les poumons , et en incisant, les bronches, nous trouvons du pus, et un peu de sang, mais pas de liquide, nous les retournons de bas en haut, et il ne s’écoule rien qui ressemble à l’eau du bain. A la coupe le poumon est sec.
Estomac plein de gaz fétides, et de liquide jaunâtre dans lequel surnagent des matières fécales .
Cœur. — Le droit contient des caillots, le gauche est vide.
Oreilles moyennes vides.
Analyse chimique. — Le liquide contenu dans le larynx et la trachée, est bien fuschiné.
L’estomac ne donne aucune réaction.
Le tissu pulmonaire n’a pas été imprégné le moins du monde de fuschiné.
Les conclusions à tirer de cette autopsie sont, que beau du bain a pénétré, dans le larynx et la trachée avec quelques brindilles de sciure, mais n’a pas pénétré dans les grosses bronches.
Ceci provient sans doute des gaz de putréfaction contenus dans les conduits aérifères, et du pus qui a opposé un obstacle à l’entrée de l’eau.
Pour varier les expériences chimiques, nous avons voulu employer l’iodure de potassium qui est facile à retrouver. Dans une première expérience nous avons mis seulement 60 grammes d’iodure pour 350 litres d’eau. La quantité étant trop minime, la réaction chimique n’a pu avoir lieu, nous ne mentionnerons pas cette observation.
Une seconde fois, nous avons mis 360 grammes d’iodure pour 350 litres d’eau et nos autopsies nous ont donné des résultats très satisfaisants.
Observation V (Clamart)
Eau 35 0 litres. — Iodure de potassium 360 grammes. — Sciure 'de bois ait-dessus de l’eau
Femme Guilbert figée de 21 ans, morte d’une péritonite puerpérale le 21 septembre 1884, à 6 heures du matin, mise dans le bain le 24 septembre à 1 heure et demie de l’après-midi et retirée pour être soumise à l’autopsie le vendredi 26 septembre à 7 h. et quart du matin.
Aspect extérieur. — Le thorax et l’abdomen sont un peu plus gonflés qu’avant l’immersion, la putréfaction n’est pas commencée ce qui s’explique par la fraicheur relative de l’atmosphère.
L’épiderme n’est ni détaché ni ridé. Les cheveux et les ongles sont intacts. La pupille n’est plus transparente.
Autopsie. — • Nous enlevons le thorax , les poumons remplissent la cavité thoracique , ils ont l’aspect des poumons de submergés en général.
En incisant le larynx et la trachée nous voyons un peu de liquide au milieu duquel nagent une dizaine de débris de sciure de bois.
Mais où nous trouvons surtout une grande quantité de ces débris, c’est à l’embouchure des grosses bronches et dans l’intérieur de celles-ci jusqu’aux cinquièmes divisions bronchiques. Nous trouvons également du liquide dans les bronches moyennes.
Henri Bougier 8
Nous recueillons ce liquide pour être soumis à l’analyse ainsi que des fragments de poumons.
Estomac. — 11 contient un peu de liquide noir.
Le cœur et les gros vaisseaux contiennent des caillots noirs. Oreilles moyennes , vides.
Analyse chimique. — Dans une cornue, nous mettons les sommets des poumons coupés en très petits morceaux, dans une autre cornue, nous versons la partie moyenne des poumons également coupée en morceaux très tenus ; nous ajoutons de l’eau distillée en petite quantité et nous faisons bouillir à petit feu, pendant une demie-heure, nous laissons refroidir et nous versons le tout sur deux filtres séparés.
Nous reprenons les résidus du poumon par l’eau froide, nous agitons, et de nouveau nous filtrons. Nous portons le liquide provenant de la cornue n° 1 et de la cornue n° 2 dans deux soucoupes et nous chauffons jusqu’à siccitê, nous chauffons de nouveau jusqu’à carbonisation des matières organiques.
Nous reprenons ce produit carbonisé par de l’eau distillée.
Nous faisons dissoudre et nous filtrons.
Eu ajoutant à ce liquide quelques gouttes d’eau chlorée, et du chloroforme dans une éprouvette et en agitant, nous avons obtenu la réaction caractéristique, couleur violet pour le liquide provenant de la cornue n° 2, c’est-à-dire des fragments de la partie moyenne des poumons. Mais l’expérience a été négative pour les sommets des poumon*.
Nous avons répété la même expérience pour le liquide provenant des bronches et les résultats ont été affirmatifs.
L’estomac comme toujours, ne nous a donné aucun résultat.
Observation n° V et VI^Clamart) Bain d'iodure de potassium
Deux enfants, l’un de quinze jours, l’autre de trois mois; nous les mettons tous les deux dans le bain d’iodure de potassium, nous les laissons deux jours.
Dans le premier, nous trouvons dans le larynx deux débris de sciure de bois, et un peu de liquide. La trachée et les bronches contiennent des mucosités bronchiques, qui ont empêché à l’eau de pénétrer.
L’estomac ne contient que du lait caillé.
Dans le second, nous ne trouvons ni eau ni matières étrangères, dans le larynx et dans les bronches , qui contiennent des mucosités bronchiques. Ces entants sont morts l’un et l’autre de catarrhe suffocant. L’analyse du peu de liquide trouvé dans le larynx du premier ne nous a donné aucun résultat.
Observation VII. (Morgue)
Sujet noyé Post Mortem congelé dans l'appareil frigorifique , et autopsié étant gelé. — Bain d'iodure de potassium 350 gr. eau 300 litres.
Per , Charles , âgé de 50 ans, apporté à la morgue le 15 sep-
tembre, soumis immédiatement à l’appareil Irigorifique, ou il est resté depuis le 15 septembre jusqu’au 3 octobre à une température inférieure à 0 degré. Mis dans le bain le 1er octobre à 3 heures et demie de l’après-midi, retiré le 3 octobre à 5 heures du soir, placé dans l’appareil frigorifique, et retiré congelé le 4 pour être autopsié.
Aspect extérieur. L’épiderme des doigts de la main, et des orteils est blanc et ridé ; les ongles et les poils sont encore adhérents, la face est légèrement congestionnée.
Autopsie. — En ouvrant la bouche, nous remarquons dans le pharynx un glaçon teinté de sang. Nous disséquons le larynx et la trachée sur place, nous sectionnons et nous apercevons un glaçon, effilé qui va du larynx jusqu’aux grosses bronches, ce glaçon est loin d’avoir la grosseur de ceux que nous avons observés, dans les cas de mort par submersion. Nous ne trouvons ni débris de sciure, ni écume, ni mousse. Nous détachons les poumons et nous suivons les glaçons jusqu’au niveau de la 7e division bronchique ; dans les bronches adjacentes, nous trouvons également des petits glaçons qui remplissent incomplètement ces cavités.
Un peu plus loin, nous ne trouvons pas de glaçons dans les petites bronches ; à la section des poumons, surtout vers les sommets, les bronches sont vides et ont leurs parois colorées. Les plus petites artérioles contiennent du sang congelé.
Nous recueillons le tout pour être soumis à l’analyse.
Le cœur contient du sang gelé, en faisant fondre, les caillots subsistent.
L’estomac renferme un peu de matière blanchâtre et solide.
Oreilles moyennes vides.
Analyse. — En employant l’eau chlorée, et le chloroforme,
comme précédemment, nous obtenons la réaction couleur violet, pour le liquide provenant du larynx et des bronches.
Le résultat est négatif, pour le tissu pulmonaire, et pour l’estomac .
Observation VIII. (Clamart) Eau du bain composée de la manière suivante :
Ferrocyanure de potassium 700 grammes
Eau 360 litres
Th. R., 28 ans, mort depuis le 3 octobre et mis dans le bain le 6 octobre, autopsie le 9 octobre 1884 à 8 heures du matin.
Les cheveux et les ongles ne se détachent pas, l'épiderme des mains est macéré, blanchi et ridé. En ouvrant la trachée et le larynx sur place, nous apercevons un liquide brillant dans lequel il n’y a pas de corps étrangers. — En promenant un pinceau imbibé de perchlorure de fer nous obtenons immédiatement la couleur bleu de Prusse caractéristique. Nous détachons les poumons, nous sectionnons les grosses bronches , jusqu’aux moyennes et nous observons un liquide en petite quantité qui devient bleu de Prusse par la réaction avec le perchlorure de fer.
En sectionnant les poumons , à leur partie moyenne, la réaction est encore sensible, mais au sommet nous n’obtenons plus rien.
Le cœur , renferme des caillots ainsi que l 'artère aorte.
L'estomac contient un peu de liquide, ou plutôt de la bouillie, qui n’a rien de commun avec la solution au fersocyanure ainsi que le prouve le porchlorure.
Oreilles moyennes. — Vides.
Observation IX. (Clam art)
Zad. Claudine, âgée de 27 ans, décédée le 27 septembre, mise dans le bain de ferrocyanure de potassium le 3 octobre à 11 du matin.
Uabdomen et la face louchent au fond de la baignoire autopsiée le dimanche 5 octobre à dix heures du matin.
Le larynx et la trachée , que nous avons disséqué et ouvert sur place ne contiennent pas de corps étrangers ni d’écume, mais nous trouvons un peu d’eau, qui avec le perchlorure de fer, nous donne la réaction bleu de Prusse. Ce liquide s’étend jusqu’aux grosses bronches mais pas plus loin que la 4e division bronchique.
En promenant un pinceau sur les coupes du poumon, et sur les bronches moyennes , nous n’observons pas la réaction bleue.
L’estomac contient 30 grammes de liquide, qui reste neutre en versant quelques gouttes de perchlorure.
Le cœur contient des caillots, noirâtres.
Les oreilles moyennes sont vides.
Observation X (morgue)
Krimer, Antoine, 50 ans, mort sur la voie publique, mis dans un bain fuschiné de 25 grammes pour 300 litres d’eau le 16 novem-
bre, le ventre en bas, le dos en l’air et autopsié le 20 novembre 1884 à 3 heures de l’après midi.
Aspect extérieur: ni les cheveux, ni les poils, ni les ongles ne se détachent à la traction, le corps dans sa totalité est rose, l’épiderme est adhérent, les doigts et les orteils sont macérés et ridés transversalement. La langue ne passe pas à travers les arcades dentaires qui sout entr’ouvertes. Au fond delà bouche, dans lé larynx il y a du liquide.
Autopsie. — Les poumons sont gonllés et remplissent incomplètement la cavité thoracique, le poumon gauche est plus dilaté que le droit.
Ils donnent l’un et l’autre la sensation d’une éponge mouillée superficiellement. Ils sont marbrés, de couleur bleue, rouge et grise, Vépiglote estentr’ouverte; en incisant la trachée et le larynx surplace, nous voyons que la muqueuse est revêtue d’une couleur rouge violet qui nous autorise à croire immédiatement que l’eau du bain y a pénétré.
Nous trouvons du liquide en petite quantité, mélangé à de1? bulles d’air de grosseur moyenne. Le larynx contient deux brindilles de sciure de bois, la trachée en contient deux à sa pnrt'e •supérieure et trois à sa partie inférieure.
A l’embranchement des grosses bronches, une brindille.
Dans ces bronches, liquide rougeâtre mélangé à des bulles d’air de dimension moyenne. Pas de corps étrangers.
Le poumon gauche est pris dans toute sa moitié inférieure par une grosse masse caséeuse et purulente, le sujet est mort de pneumonie caséeuse. Le liquide dans le poumon ne va pas plus loin que la 8° division bronchique.
En retournant les poumons de bas en haut, nous recueillons une certaine quantité de liquide qui sera soumis à l’analyse ainsi que le tissu pulmonaire du poumon droit.
L’estomac contient un liquide verdâtre qui n’est autre chose que de la bile diluée.
Le cœur et l'aorte sont remplis de gros caillots.
L’oreille moyenne gauche contient quelques gouttes de liquide, la droite est vide.
Analyse. — Le liquide des bronches et de la trachée est fuschiné.
Le tissu pulmonaire avoisinant la trachée l’est aussi, mais pas la partie moyenne .
Estomac , résultat négatif.
Malgré que nous ayons encore des observations intéressantes nous les laissons de côté, nous réservant de les citer dans la dissussion générale. Il ne nous reste plus actuellement, qu’à mentionner les expériences que nous avons faites sur les chiens vivants, et sur des chiens préalablement asphyxiés par le gaz d’éclairage à la fourrière.
Pour bien faire saisir à nos juges et à nos lecteurs, les différences qui peuvent exister entre les submergés vivants et les immergés post mortem , à côté d’un chien vivant, nous citerons l’expérience faite avec un chien mort, puis nous en tirerons les déductions qui en découleront logiquemént.
Expérience sur les chiens submergés vivants et immergés posl-morlem