I. — LES ACCIDENTS PITHIATIQUES
Nous ne décrirons pas leurs diverses formes, car elles sont bien connues; elles entrent dans un des trois groupes sui- BVANtSE
a) Les crises pithiatiques, s’il s’agit d’une réactivité anor-
normale.
b) Les monoplégies, hémiplégies, mutismes pithiatiques, s’il s’agit d’attitudes anormales.
L’hypnotisme, somnambulisme ou fugues pithiatiques, s’il s’agit d’un comportement anormal.
Ces accidents ont deux caractères :
Ils sont réductibles par invigoration ou persuasion (mais ceci n’est vérifiable que pour les attitudes anormales et c’est un caractère très inconstant qu'il est rarement possible de vérifier à l’expertise).
Aussi, plus importante encore est la considération du terrain mental qui lui, est constant et nécessaire : c’est la mentalité hystérique.
Cette mentalité est faite d’une débilité mentale fréquente mais inconstante, d’une propension du sujet à se réfugier dans la rêverie, forme détendue, reposante, récréative, mais
inférieure de l’activité mentale; cette labilité conditionne la tendance à la mythomanie.
Elle est faite encore de la faiblesse des sources instinctives contrastant avec l’hyperémotivité, qui est un niveau inférieur de l’affectivité.
Enfin, elle est faite d’un besoin d'attirer la sympathie ou tout au moins l'attention.
L'activité de Fhystérique reflète sa pensée : elle est peu originale, souvent instable; il subit trop facilement l'influence de l'exemple, son humeur est habituellement polymorphe et fantasque.
Sa conscience, dont les bases instinctives sont fragiles, si facilement envahie par la rêverie, est soumise à une sorte de pluralité interne, l’opposé d’une pleine synthèse mentale.
Bref, il s’agit là d’une hypogenèse instinctive, d’un véritable infantilisme psychologique, d’un anachronisme psycholcgique.
L’hystérique est généralement suggestible, mais présente un mode très particulier de suggestibilité, que l'on peut définir par :
1) La capacité d'isoler dans son esprit un complexe idéo-
affectif.
2) La capacité de réaliser l’idée en un symptôme, ce qui
est proprement la psychoplasticité de DUPRE.
En considérant les faits d’une facon générale, ce complexe idéo-affectif peut venir de l'extérieur et dépendre d’une inspiration étrangère qui agit par la parole ou par l'exemple. C’est l’hétéro-suggestion, qui détermine à la fois l'apparition du symptôme et sa forme. C’est elle que dénonce BABINSK!I; mais cette condition d'apparition est, dans le pithiatisme post-traumatique, la plus artificielle et la plus rare; elle agit surtout comme facteur d'entretien.
Dans le pithiatisme post-traumatique, le complexe idéoaffectif est élaboré par le malade lui-même (auto-suggestion).
Il arrive qu'immédiatement après un traumatisme qui à inhibé certaines fonctions nerveuses, l’appréhension d’une incapacité future puisse produire, à la faveur de la dépression qu’occasionnent le choc et la peur, une auto-suggestion surajoutée qui fixe, intensifie, « stéréotypise » (STEWART) sa récente incapacité qui, sans cela, disparaîtrait spontanément.
Es
Dans bien des cas, un utilitarisme plus ou moins conscient anime le complexe idéo-affectif et l'accident pithiatique devient un moyen d'expression de revendication.
« Le point de départ de la réaction hystérique, écrivait CODET, me paraît résider dans un élément psychologique normal et banal : la constatation du bénéfice apporté par l'état maladif. A partir de là, se développe chez certains, un besoin impérieux et sincère d'attirer l'amitié, l'intérêt ou les soins d'autrui. Elle est inconsciente et sincère dans ces origines, mensongère dans ces procédés.
Le symptôme pithiatique n’est que l'argument pris au gré des possibilités du moment par le mobile profond et constant qu'est la revendication affective inconsciente.
C’est pourquoi il est varié et démonstratif. »
Pour HEUYER, tous les pithiatiques cherchent à satisfaire un désir plus ou moins conscient, à sortir à leur avantage d’une situation dont ils souffrent plus ou moins légitimement. Le complexe, dans ce cas, est un désir, une réclamation, une protestation.
Il ne faut pas méconnaître en matière de pithiatisme, les. facteurs d'entretien et d’aggravation : « L’hystérie, disait DUPRE, est un syndrôme riche en réactions interpsychologiques. L’imagination du sujet est particulièrement impressionnée par les réactions dramatiques de l'entourage et l’entourage, à son tour, apporte à l’hystérique l’inconsciente complicité de son étonnement naïf et de sa sollicitude intempestive. »
On peut maintenant se demander si le traumatisme crânien n’a pas entrainé une chute de niveau mental pouvant expliquer une vraie hystérie traumatique. C’est bien peu probable car l’hystérie a le caractère d’un état global d’arriération affective que peut fort bien expliquer le défaut de développement, mais fort mal le traumatisme lui-même.
Donc, les accidents pithiatiques survenant après un traumatisme crânien, ne sont pas imputables à l’accident qui n’a été qu’un prétexte à une manifestation d’un terrain mental hystérique.
Tout autre accident, tout autre traumatisme, aurait tout aussi bien pu déclencher la même réaction pithiatique.
CNE