INFLUENCE DU NIVEAU INTELLECTUEL
Bien qu’il soit difficile de distinguer dans la société des formes purement manuelles ou purement intellectuelles de l’activité, il a pu paraître à certains observateurs et en particulier à REY, de Genève, que l’intellectuel présentait moins souvent que le manœuvre des réactions névrotiques et qu’il se remettait plus rapidement de son traumatisme. En effet, l'intellectuel ayant des ressources de réflexion fait facilement le bilan de ses déficits, évalue leur relativité, organise des suppléances : le fait de penser, d’intellectualiser l’altération détermine, en retour, et entre certaines limites, une régulation du dommage.
Par contre, l'individu dont le cerveau est peu différencié fonctionnellement, ne peut organiser de telles suppléances en cas d’altération d’un organe parfaitement suffisant jus-
que-là pour régler une adaptation pratique normale de l'être à son milieu. Ne possédant pas les mêmes mécanismes de régulation que l’intellectuel, ces individus seront vite accablés par leurs malaises et les limites imposées à leur activité. Et pourtant, il faut bien remarquer que les symptômes psychologiques géneront plus l'intellectuel que le manuel et qu’ainsi le dommage subi sera plus grand chez l’intellectuel.
Mais, d'autre part, l’intellectuel a un prestige à défendre; renoncer à sa profession pour cause d'insuffisance nerveuse, c’est déchoir et se dévaloriser. Et puis, en général soutenu par son milieu, possédant des réserves, il est en posture moins tragique que le manœuvre vivant au jour le jour, souvent chargé de famille.
Ainsi, il peut envisager l’avenir avec plus de calme et évaluer plus froidement les conséquences d’un accident.