‹ Peut-on encore parler de Sinistrose?Chapitre 6 sur 42 · DEFINITION DE « LA SINISTROSE · texte numérisé non relu

DEFINITION DE « LA SINISTROSE

Le mot « Sinistrose » a été prononcé pour la première fois par le Professeur BRISSAUD), le 4 janvier 1908, devant le tribunal civil de la Seine, dans un rapport concernant un ouvrier tombé sur le ventre du septième échelon d’une échelle et se déclarant atteint d'incapacité permanente absolue.

Quelques jours plus tard, le 16 janvier 1908, le Professeur BRISSAUD exposait ses conceptions sur la Sinistrose dans le « Concours Médical ». (Réf. 5).

On ne saurait mieux faire, pour définir cette maladie, que de reprendre les termes mêmes du Professeur BRISSAUD.

D RPhes

« Dans tous les pays qui indemnisent les accidents du travail, les blessures « assurées » exigent pour guérir un temps beaucoup plus long que les blessures « non assurées »; cette prolongation de l'incapacité ouvrière tient à un état mental morbide qui est précisément la sinistrose — et qui consiste en une inhibition très spéciale de {a volonté ou mieux encore de la bonne volonté...

C’est une idée fixe, une idée fausse sur la forme de la réparation du préjudice qui exerce et développe ce pouvoir d’inhibition.….

Le blessé sait que la date de consolidation marque la cessation du paiement du demi-salaire. De là, il résulte trop souvent qu’il considère cette date comme une échéance qu’il voudrait pouvoir ajourner indéfiniment; et en fait, il ajourne, il ajourne et l’idée erronée qui le préoccupe, détourne sa bonne volonté de tout effort inutile.

Peu à peu, cette idée fausse passée à l’état d'idée fixe, non seulemgnt absorbe toute son activité psychique, mais va même jusqu’à briser les ressorts de son activité physique.

Et alors que, guéri de sa blessure depuis des mois, il a cessé d’être une victime du travail, il reste encore victime d’une erreur de bonne foi, c’est-à-dire sa propre victime à lui-même...

Il n’y à pas de confusion possible avec l’exagération calculée ou la simulation consciente qui sont, d’ailleurs, beaucoup moins fréquentes.

En effet, s’il est victime de lui-même, le blessé est avant tout victime d’une idée fausse devenant idée fixe; tout accident du travail constitue un dommage entraînant une réparation, d’où l’obsession qui est à l’origine de la bonne volonté constituant la « sinistrose }.

Ainsi, pour BRISSAUD), la sinistrose n’est pas une conséquence nécessaire de l'accident en lui-même; l’accident n’en est que le prétexte.

L'idée vient après coup, elle est voulue, réfléchie, méditée, développée, et le traumatisme ne l’impose pas au blessé. La sinistrose n’est pas imputable à l'accident, mais à l’accidenté.

Mais le plus souvent, cette inhibition de la bonne volonté a été observée après les traumatismes crâniens; en effet, selon la pathologie de la victime, une plaie de la tête, même si ce n’est qu'une contusion superficielle du cuir chevelu, doit

Apres

se compliquer de troubles cérébraux; sa logique l'exige. A plus forte raison si l’accident a déterminé un évanouissement.

C’est pourquoi le Professeur BRISSAUD, réunissant sous la même étiquette de Sinistrose la névrose causée par l’obsession et les séquelles des traumatismes crâniens, accorde à la sinistrose quatre symptômes habituels qui sont : l’insomnie, un mal de tête syncipital plus ou moins pénible, des vertiges indéfinissables exclusivement subjectifs et l'irritabilité du caractère.

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