‹ Peut-on encore parler de Sinistrose?Chapitre 7 sur 42 · HISTORIQUE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE

Etudions maintenant l’évolution des idées sur cette délicate question de l'évaluation de l'incapacité de travail après des accidents, lorsque le blessé se déclare un grand malade incapable du moindre effort, alors que le médecin, ne pouvant mettre en évidence le moindre symptôme objectif, n'arrive pas à comprendre la douleur du malade et se trouve poussé à suspecter sa bonne foi.

Jusqu'à la fin du XIX® siècle, tous les troubles nerveux dont on ignorait le déterminisme, étaient classés dans l’immiense groupe des « Névroses » ou « Hystérie ». Ainsi, en 1885, CHARCOT expliquait tous les troubles nerveux posttraumatiques par l'Hystérie traumatique.

Puis, avec les lois sociales, avec l'apparition des assurances, s’est posé le problème de la réparation des accidents, des taux d'invalidité à accorder aux blessés. Ne pouvant comprendre la pathogénie de céphalées persistantes, des troubles de l'équilibre, des troubles sensoriels, des troubles neuro-végétatifs dont se plaignaient les malades, les médecins et les experts en niaient presque l’existence et ne voulaient voir que les troubles psychiques et la cupidité des blessés.

C’est ainsi que l’on parlait à l'étranger de « Névrose de rente », « Névrose d'assurance », « Névrose d’appétition » (NOEGELI), « concept de Begehworstellung » (représentation de cupidité) (STRUMPEL, 1895), «Aggravamanie » (LIERCH, 1903).

En 1908, BRISSAUD donne à cet état morbide post-traumatique le nom de sinistrose. Il précise que la sinistrose n’a rien à voir avec l’hystéro-traumatisme, ni avec la psychasténie traumatique. « L'idée fixe qui est voulue, réfléchie, méditée, finit par absorber toute l’activité psychique du blessé et par créer cette inhibition de la bonne volonté qui est la sinistrose.

AU

» Ainsi, le blessé est bien une victime, mais une victime de lui-même. » (BRISSAUD).

En 1912, VER AGUTH, de Zurich, décrivant la maladie sous le nom de « Névrose traumatique », dit en conclusion : « Au fond le médecin devrait se comporter comme un adulte de bon sens, consolant et rassurant un enfant qui vient de tomber sur son nez et saigne un peu, ce dont il s’effraie grandement. » (Réf. 29). |

Donc, à cette époque, les médecins et à leur suite les juristes et les juges, portaient sur ces attitudes une appréciation péjorative et les chiffres d'invalidité, nuls ou complétement disproportionnés aux réclamations des blessés, pouvaient parfois avoir le caractère d’une sanction.

Ils croyaient, de bonne foi, qu’en niant la maladie, ils allaient la supprimer définitivement et que, si les blessés apprenaient qu'ils n’auraient aucune indemnité à attendre, leurs souffrances cesseraient miraculeusement.

L'expérience a montré qu’il n’en a rien été, puisque les blessés ont continué à se plaindre, d'autant plus que personne, pas même leur médecin, ne voulait croire à la réalité de leurs souffrances.

Survint alors la guerre de 1914-1918 et la foule énorme de blessés soumis à l'observation des médecins. Les neurologistes français remarquèrent alors la fréquence et l’importance des troubles subjectifs post-traumatiques. Le mérite de les avoir décrits revient à MAIRET et PIERON. Puis GRASSET, CES- TAN, EUZIÈRE, VILLARET, FAURE-BAULIEU, apportèrent d'importantes contributions à la question.

A la même époque, Pierre MARIE, en décrivant le syndrome commun des traumatisés du crâne, réhabilita les traumatisés crâniens et montra la fausseté scientifique de l’ancienne conception et son caractère injuste au point de vue humain.

La répétition de ce syndrome à des milliers d'exemplaires dans le monde entier a démontré son authenticité en l’absence de signes neurologiques objectifs.

De même, BABINSKI et FROMENT, en étudiant les troubles nerveux réflexes consécutifs aux blessures des membres, ont montré que les blessés souffrent souvent réellement et ne font pas toujours preuve d’une mauvaise volonté plus ou moins consciente.

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