L’ENQUÊTEUR
Petit et malingre, la lèvre supérieure couverte de rares poils bruns espacés, les dents noirâtres et rongées par quelque anthritisme précoce, un énorme ruban de couleur vineuse, indice d'un ordre invraisemblable d’exotisme, s'étalant sur un pardessus usé et rayonnant encore sur un veston de coupe archa’ique, le tout surplombant deux jambes grêles ornées d’un pantalon trop court et terminées par d'interminables pieds , tel est l’aspect charmant sous lequel se présente l’enquêteur, le psychologue profond , l’éminent gentleman, interviewer d’envoûteurs et d’en voûtés.
Il se dit reporter et théologien. En fait, ancien employé d’une agence de voyages économiques, devenu subitement journaliste et, pour l’heure.
enquêteur des horrifiques mystères de l’occultisme.
Dire la somme d'inexactitudes, de calomnies et d'invraisemblances débitées dans cette enquête serait impossible. Il faut se figurer l’état d’âme du clerc d’huissier famélique contemplant le gros banquier qui déjeune et qui a fait introduire le pauvre hère pour signer plus vite le « bon pour poursuivre » que lui envoie l'homme d'affaires.
Il faut imaginer la haine et la sourde rage qu'excite une table si bien garnie en l’esprit de ce vaincu de la vie, pour comprendre comment le reporter, reçu par des hommes ayant tous une situation scientifique bien établie, et appelé à écrire ses impressions, va condenser en quelques colonnes tout ce que son imagination lui dicte de plus perfide et de plus méchant, espérant un scandale, une poursuite, c'est-à-dire la gloire, la renommée tant de fois entrevue et tant de fois évanouie !
Mais l'article « ne porte pas ». On en rit, tant l'invraisemblance y éclate à toutes les lignes. Devant ces accusations fantastiques, on songe à la réponse de cet écrivain qu'on accusait d'avoir volé le porte-monnaie du capitaine du navire sur lequel il avait fait une traversée et qui répondit : « Non seulement j’ai volé le capitaine ; mais encore je l'ai tué, puis je l'ai mangé. »
« L'envoûtement » n'a pas rendu ce que le journaliste attendait de lui; mais il y a la question des phoques qui intéresse vivement l'opinion, et nous
sommes persuadé que notre enquêteur est tout prêt à manifester sa science en cette occasion. A bientôt donc une nouvelle série d'interviews... et revenons à notre sujet.
LA magicienne ET LE CONTRE-ENVOU¬ TEMENT.
x4vez-vous peur de Tenvoùtement et de ses pratiques? Craignez-vous, malgré l'impossibilité du fait, c{u’un ennemi agisse sur vous à distance? Enfin votre imagination est-elle frappée par une idée fixe qui menace de détruire l’équilibre de votre intellect? N'hésitez pas, et allez voir la « Mère aux chats ».
C’est encore à Montmartre,dans une ruelle étroite et propre^ à côté du théâtre, une petite maison nouvellement remise à neuf, et au rez-de-chaussée une belle plac^ue sur la porte : M“° S... cartomancienne.
On sonne, et aussitôt des aboiements multiples, des miaulements prolongés annoncent que la maison est bien gardée. En effet, à peine la porte estelle ouverte qu’on aperçoit une bande de chiens de tous poils et de toutes tailles, une série de chats de toutes couleurs, tout cela sautant, aboyant, gambadant, tandis que la maîtresse de la maison les apaise et les maintient. Ce sont tous des orphelins blessés,estropiés ou mourant de faim, recueillis
et soignés par la magicienne ; car nous nous trouvons en présence d’un spécimen unique : une véritable adepte de la Magie des campagnes employant les secrets des simples et opérant d’après le cours de la lune ou les jours de l’annee (marche du soleil) et en plein XIX' siècle. Cela ne mérite-t-il pas une petite promenade à Montmartre?
La « Mère aux chats » est une femme assez grande, au port majestueux, au profil napoléonien, mais corrigé par un grand air de bonté ; les cheveux sont blancs et disposés en bandeaux qui encadrent cette curieuse physionomie.
Officiellement la magicienne s’occupe de cartomancie, et Dieu sait les excellents conseils que les cartes, aidées de l’intuition très étrange de la devineresse, ont donné aux désolés de tout âge qui viennent chercher l'espérance pour deux ou trois francs ! Comme on le voit, les prix sont minimes ; mais tout le gain passe en aumônes pour les pauvres ou en pâtée pour les animaux. Aussi n’offrez jamais à la « Mère aux chats » une somme quelconque pour pratiquer un envoûtement, vous seriez mis a la porte sur l’heure.
Mais ce n’est pas le cas ; vous vous croyez au contraire envoûté et vous ôtes venu chercher un soulagement à vos douleurs morales. Vous exposez votre état à la magicienne, et aussitôt son regard s’illumine : il s’agit de guérir un malade : tout est pour le mieux. Elle vous fait entrer dans „ le cabinet de consultation «, petite pièce ornee
d'un canapé à gauche, de quelques chaises un peu partout, et d’une table de noyer au milieu. Sur les murs quelques signes magiques, et le tableau des prix des « consultations de cartomancie », variant de 0 fr. 50 à 3 fr. Sur la table, des jeux de tarots de toutes dimensions.
Vous vous êtes assis sur le canapé : les yeux profonds de la magicienne se fixent sur vous ; une voix grave et pénétrante vous interroge.
— Quel mois êtes-vous né, monsieur?
— En décembre.
— Bien. Décembre. Quelle date?
— Le 20.
— 20 décembre. Le Capricorne. Maison nocturne de Saturne. Vous êtes sujet à de profonds accès de tristesse; vous vous découragez à propos du moindre obstacle, et c'est là ce qui cause votre peine en ce moment. Méfiez-vous cependant de vos genoux ; vous êtes sujet aux maladies sèches et froides.
— C'est curieux ; c’est en effet aux genoux que je suis le plus souvent pincé.
— Certainement puisque vous êtes né sous le Capricorne. Mais vous craignez un envoûtement ?
— Oui, madame.
— Venez avec moi.
Et, se levant, la magicienne se dirige vers une seconde pièce, celle qui sert de salon d'attente aux clients. Elle tire une clef de sa poche et ouvre mystérieusement un placard rempli de bocaux et de
fioles de toutes dimensions. Ce sont les herbes, les herbes de la Saint-Jean ; car chaque année, au mois de juin, la praticienne passe plusieurs nuits aux environs de Paris, à la recherche des simples. Pendant cette époque elle demeure à la campagne, où elle prépare pendant la journée les herbes cueillies la nuit précédente. Ne vous avais-je pas dit que ce spécimen du moyen âge encore vivant à notre époque était curieux à étudier ?
— Prenez cette herbe, dit-elle en tendant au visiteur quelques brindilles sèches extraites d un des bocaux, et portez-la toujours sur vous. Vous direz de plus tous les matins et tous les soirs la prière suivante, qui est très efficace. Nul ne pourra à partir d'à présent agir contre vous.
Comme on le voit, le remède est simple, et il est rare que la suggestion, soutenue par Faction fluidique des herbes magnétisées, ne produise pas un excellent effet.
On revient de Montmartre plein d’espoir, plus confiant en soi-même et... désenvoûte.
L’ENVOUTEMENT DE HAINE
ET L.\ PHIÈUE
Dans le cahinel de constiUation d'iw jeune médecin qui passe pour expert en ces éludes.
Docteur, je viens de la part de votre confrère, le Df N, qui m'a dit que vous pourriez m indiquer
un procédé sérieux pour me débarrasser de mon mari par l’envoûtement.
— Madame, je regrette infiniment que mon confrère vous ait induite en erreur, mais je considère ces pratiques, d’après l'état actuel de mes connaissances, comme impossibles à réussir sur une personne non hypnotisée. D'autre part, c est faire un acte criminel que de tenter de pareilles choses, et la tradition nous enseigne que la première victime de telles pratiques est le malheureux qui cheiche à les utiliser.
— Mais, docteur, je suis victime d’actes odieux, je ne puis me défendre autrement que par un moyen mystérieux et inconnu de tous. Que faut-il donc faire?
— Il existe à Paris, madame, une foule d’indivddus qui vous escroqueront plus ou moins adroitement votre argent, en vous promettant de réussir de semblables infamies. Or la connaissance même élémentaire de la philosophie occulte suffit pour pouvoir vous affirmer que toutes les tentatives faites dans le sens que vous indiquez retomberont sur vous et augmenteront d’autant vos souffrances morales. Quiconque vous demandera une somme, si minime soit-elle, pour vous aider à réaliser une pratique de magie noire, est un charlatan ou un ignorant et mérite à peine un légitime mépris. C’est en agissant sur votre imagination, en vous suggérant une conduite que, seule, vous ne pourriez tenir, qu’on vous persuadera de l’efficacité de ces rites
encore peu connus. Un peu de force morale suffit à remplacer la suggestion, et vous éviterez ainsi bien des exploitations et bien des déboires.
— Mais, docteur, je vous comprends bien! Je vois que vous ne voulez pas me dire comment on peut agir. Vous le savez, j’en suis sûr.
— Vous êtes tout absorbée par une idée de vengeance qui vous conduira à des chagrins bien plus grands que ceux que vous éprouvez en ce moment. Vous vous figurez qu’il existe des moyens secrets et praticables par le premier venu pour influencer un être humain dans des conditions normales de santé. Eh bien! je vous affirme encore, madame, que j’ai la conviction sincère que si cette action est possible, c’est vous qui en serez la seule victime, et je vous engage fortement à abandonner vos idées actuelles, dans votre propre intérêt.
— Mais que me conseillez-vous de faire, en somme ?
— Croyez-vous en Dieu, madame?
— Oui... certainement. Comment n’y croiraisje pas!
— Eh bien, allez chaque jour à l’église la plus proche de chez vous et priez ardemment pour celui qui vous fait du mal ; priez en demandant que son caractère change et c^u’il revienne à vous. C’est là, madame, la seule pratique vraiment efficace que je puisse vous conseiller ; car, ainsi, les forces divines évoquées sauront discerner la vérité
— Je ne pourrai jamais prier pour un tel être!
— Vous ne serez jamais heureuse et vous n’aurez à vous en prendre à personne qu’à vous-même. Maintenant vous pouvez aller consulter des « envouteurs » de profession ; ils se moqueront de vous, exploiteront votre crédulité, et l’envoûtement comptera une fanatique de plus.
— Peut-être avez-vous raison. J’essaierai de suivre votre conseil. Combien vous dois-je, docteur?
— Madame, la médecine que j’exerce me permet de vivre honorablement ; mais s’il m’arrivait jamais d’exploiter pécunièrement les conseils que l’étude de la science occulte me permet de donner, dès ce jour je perdrais l’avantage de tous mes efforts antérieurs. Ce serait pour moi le plus sûr des envoûtements, le seul peut-être vraiment efficace. Vous ne me devez absolument rien^ et je serai trop heureux si la prière vous évite une mauvaise action, qui, pour être mentalement conçue, n’en est pas moins dangereuse. Au. revoir, madame, et bonne chance.
Et maintenant) lecteurs, vous possédez toutes les pièces du procès. A vous de conclure.
GHAMUEL, ÉDITEUR
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— La science des Mages, petit résumé de Voccultisme, broché,
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Vurgey. y Ame, les sept principes de V homme, et Dieu, broch. in-16 avec dessins.1 50