CHAPITRE II
La Phagocytose du bacille tuberculeux d’après Metchnikoïi. Critique.
La définition des termes phagocytes et phagocytose étant, d’après les pages précédentes, nettement posée par Metchnikoff, et les nolions qui lui ont permis d'arriver à la conception de la phagocytose étant suffisamment mises en relief, étudions les rapports des phacocytes de Metchnikoff et du bacille tuberculeux.
Dembinski, 1899, a, l’un des premiers, étudié la phagocytose du bacille tuberculeux aviaire et du bacille humain chez le pigeon. Il inocule de la culture du bacille à des séries de pigeons, fait à différents intervalles de temps des examens cytologiques de l’exsudat provoqué par l’inoculation et des examens histologiques de la réaction locale. Pour ne pas troubler l’évolution de la phagocytose, un seul examen esl pratiqué sur chaque animal.
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PREMIÈRE SÉRIE D'EXPÉRIENCES FAITES AVEC LE BACILLE TUBERCULEUX AVIAIRE
Vingt pigeons reçoivent dans la région sternale une inoculation sous-cutanée de 1 centimêtre cube de cultüre.
Résultats fournis par l'examen cytologique de l’exsudat local.
Une demi-heure après l’inoculation, bacilles libres, quelques polynucléaires.
Aù bout de deux heures, bacilles libres, quelquesus à l’intérieur des polynucléaires, quelques mono: nucléaires.
Après vingt-quatre heures, plusieurs polynucléaires remplis de bacilles, quelques mononucléaires présentent des bacilles englobés.
Un exsudat de quarante-huit heures montre un grand nombre dé polynucléaires renfermant dans léur intérieur des bacilles.
Le quatrième jour, le nombre des polynucléaires a diminué, la plupart présentent un noyau fragménté en grains chromatiques. Le protoplasme des mononucléaires est souvent rempli de polynucléaires désagrégés contenant des bacilles.
Aù cinquième jour, disparition des polynucléaires, persistancèé dés mononucléaires avec les bacilles inclus dans leur intérieur.
Résultats obtenus par l'examen histologique de la réaction locale. |
Ils confirment cèux fournis par l'étude précédente
de l’exsudat. C’est ainsi qu’au bout de vingt-quatre heures, on trouve les polynucléaires renfermant un grand nombre de bacilles.
« En résumé, dit Dembinski, la phagocytose souscutanée chez le pigeon est surtout polynucléaire pendant les deux premiers jours ; vers le troisième jour, les -leucocytes polynucléaires commencent à dégénérer, et vers le cinquième ils disparaissent. Les leucocytes mononucléaires apparaissent vers le troisième jour et persistent indéfiniment, »
Dembinski fait un rapprochement entre les faits qu'il a observés et les données suivantes de Metchnikoff et Borrel.
« M. Metchnikoff (1), en 1888,a étudié sur le spermophile le rôle phagocytaire des cellules géantes. Il a démontré que les bacilles tuberculeux dégénèrent à l’intérieur des cellules géantes. A côté des bacilles normaux, il a vu des bacilles qui prennent une coloration rose faible (double coloration à la fuchsine et bleu de méthylène), d’autres qui ne prennent aucune couleur ou se colorent en bleu. Enfin, il a constaté, à liintérieur des cellules, des corps jaunes, ayant une forme de boudins, et rappelant par leur configuration générale des bacilles tuberculeux.
Quant au stade initial de la phagocytose, M. Metchnikoff a observé les phénomènes suivants : lorsqu’on injecte la culture tuberculeuse sous la peau, dans la chambre antérieure de l’œil ou dans le sang,
1. Meichnikoff, Ueber die phagocytäre Rolle der Tuberkebriesen Zelle (Virchow's Archiv., 1888, t. CXIIL, p. 63),
les bacilles sont immédiatement englobés par les leucocytes polynucléaires ; ensuite apparaissent les grands leucocytes mononucléaires qui a leur tour englobent des bacilles et même des leucocytes polynucléaires avec leurs bacilles.
M. Borrel (1), qui a étudié la phagocytose dans le poumon et dans le rein du lapin, est arrivé aux mêmes résultats : au début il a vu des leucocytes polynucléaires remplis de bacilles ; ces leucocytes commencent à dégénérer vers le troisième jour : leur noyau se fragmente en gouttelettes chromatiques et devient trouble. Vers le cinquième jour, les leucocytes polynucléaires disparaissent, leur rôle est terminé. Dès la fin du deuxième jour, on constate l’arrivée de nouveaux éléments, dont le rôle est plus durable : les grands leucocytes mononucléaires (à noyau unique vésiculeux, à protoplasme abondant.»
De ce rapprochement Dembinski conclut :
«On voit que la phagocytose chez le pigeon est analogue à celle qu'ont observée M. Metchnikoff sous la peau du spermophile et M. Borrel dans le sang du lapin ; cependant elle en diffère par certains détails.
Tandis que ces savants ont observé la réaction phagocytaire immédiatement après l'injection des bacilles, la phagocylose chez le pigeon est nulle au bout d’une demi-heure, elle est faible au bout de deux à cinq heures, et elle ne s’accuse nettement
x. Borrel. Tubcrculose pulmonaire expérimentale. (Annales de l'Institut Pasteur, 1893 et 1894). .