‹ Phases et causes célèbres du droit maritime des nations (volume 2)Chapitre 45 sur 81 · CHAPITRE XXXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXI

ABQUTimi US LA TBARX US V0IB8.

De la visite des bâtiments. — Emancipation des esclaves noirs. M

En 4713, le gouvernement anglais avait obtenu de la cour de Madrid, pour une société commerciale anglaise, le privilège d'importer des esclaves noirs dans les colonies espagnoles ; au congrès d'Aix-la-Chapelle, en 1748, ce privilège fut prolongé de quatre années.')

Soixante ans après, l'opinion publique jusque-là favorable à la traite, changea : à la voix de Wilberforce, le défenseur infatigable de la cause des noirs, elle devint favorable à son abolition.

L'abolition trouva cependant des opposants formidables dans le parlement britannique , au commencement du siècle actuel : Lord Eldon, en 1807, rappelait aux pairs de la Grande-Bretagne^ que la « traite avait été sanctionnée par des parlements dans les- « quels siégeaient les légistes les plus expérimentés, les théolo- «logiens les plus savants, et les hommes d'État les plus ha- « bUes V.

Et Lord comte de Westmoreland déclarait que lors même qu'il verrait se liguer en faveur de l'abolition, le presbytérien et le prêtre, le méthodiste et le prédicateur des campagnes, le jacobin et Passassin, il n'en élèverait pas moins la voix contre ce projet.

Fox et Pitt s'unirent sur le terrain de l'abolition et firent adopter des mesures sérieuses pour parvenir à faire disparaître le traflc des noirs.

') Voir Livre I , Utre II, S 6ii et Livre U, chap. XXXVI, §816 3. «) Voir au chap. 11 , § t r origine de la traite des noirs et de leur introduction dans les colonies espagnoles de rAmérique.

363 LIYRB n. CHAPITRE UXI.

Aa reste , si PAnglelerre , après avoir fait la traita pendant deux cents ans, et avoir peoplé ses colonies de noirs, s'est faite, depuis rannée 4806, la protectrice du prindpe de raboUtion, eilo n'a pas cependant le mérite d'avoir été le premier État qui Tait décrété ; en 4792, le roi de Danemarck, et les États-Unis, par une loi du 23 mars 4794, défendirent le commerce des noirs et leur importation; dès l'année 4780, le Pensylvanie avait donné la liberté aux nègres. '

Depuis l'année 4840, l'abolition de la traite semble être devenue pour l'Angleterre tme idée fixe ; par ses traités publics et par ses tribunaux, ainsi que par les déclarations qu'elle a sa obtenir des Puissances européennes, à Vienne en 4845, et è Yérone en 4822, elle a fait une guerre acharnée au principe de la traite ; depuis l'année 4840, cette Puissance a conclu plus de quarante traités qui renferment des clauses concernant l'abolition de la traite, ou qui sont consacrées exclusivement à étendre ce principe et à formuler les mesures les plus efficaces pour parvenir à l'exlinotioa de ce trafic. (Voir le Recueil de IQf. de Hartens et de Gossy, tomeV, p. 436 à 534.)

Nous signalerons les conventions les plus essentielles condnes dans ce but, par la Grande-Bretagne:

4822, 40 décembre, avec l'Espagne; — ,34 décembre, » les Pays-Bas;

la Suède; le Portugal; le Brésil;

la France ;

l'Autriche, la Prusse et la Russie; le Portugal; les États-Unis; la France.

Plusieurs États ont donné leur adhésion à ces traités ; d'autres ont publié des lois portant interdiction de la traite ; tous sans exception ont admis et protègent le principe de l'abolition ; ce principe est écrit désormais dans le code des nations chrétiennes ; le trafic réprouvé par l'humanité, parla morale et parlaphiiantropie n'est plus toléré : partout il trouve la loi contre lui — ; mais la traite n'est pas absolument anéantie.

L'extinction de l'esclavage des noirs, si elle eut été immédiate, eut été ime cause prolongée de souffrance pour les colonies; eOe

6 novembre,

2 octobre.

23 novembre.

30 novembre, 22 mars.

20 décembre.

3 juillet,

9 août.

29 mai.

eot ébranlé , oa da moins ièrt amoindri les fortunes coloniales. L'Angleterre le comprit : elle créa un système d'extinction progrèssive, fondé sur l'indemnité pour les propriétaires^ et, éùt le temps, pour les esclaves. En ne prononçant pas TextincticMi iomiédiate, la Grande-Bretagne a agi avec prudence et sagesse; en 4838, l'émancipation de 670,000 esclaves noirs avait été effectuée dans les colonies anglaises.

La France monarchique était entrée dans la même voie par les lois de 4848 et de Ï826 qui prononçaient la confiscation du navire négrier et la peine du bannissement contre tout individu qui coopérait à la traite ; avec lo temps, ce grand acte d'humanité et de philantropie se serait accompli sans secousse.

La France républicaine n'a pas su attendre : l'un des premiers actes du gcuoemement promoire du 84 février 4848 (gouvernement incapable et léger, a violent et étourdi », selon l'expression d'un savant magistrat français), a été de déclarer l'émancipation immédiate des esclaves et d'en faire, sans transition (au moyen du suffrage universel, ce mensonge politique quand il s'agit d'élire des députés, ainsi que des conseillers de département), des citoyens appelés à concourir par leur vote à l'élection des représentants du pays à Vassemblie nationale constituante et. souveraine !

bien plus encore, des citoyens aptes à devenir eux-mêmes

des représentants de la nation, des législateurs, des hommes

enfin ayant, pour faire des lois et gouverner un pays de 36 millions d'habitants, les mêmes droits à la confiance de leurs concitoyens que ceux que présentent des hommes politiques, des hommes de savoir et de talent tels que MM. le comte Mole, le duc de Broglie, de Falloux, Guizot, Léon Faucher, le comte de Montalembert , le duc de Noailles, le comte de Momy, de Vatimesnil, Berrj'er, le maréchal duc d'Isly, le général Baraguay d'Hilliers, le général de Lafaitte, l'amiral Baudin et d'autres hommes encore dont la haute capacité, le savoir, le mérite, l'expérience des affaires acquise par l'étude, la réflexion et la pratique, ont retenu la France sur la pente de Tablme sans fond ouvert par la catastrophe de février, et dont le cratère béant était prêt à engloutir la société, la civilisation et la Béligion.

L'abolition de la traite des noirs dont l'Angleterre s'est efforcée de faire prévaloir le principe en cherchant tout d'abord à obtenir la police des mers, en faisant quelquefois peser le poids de sa paissance maritime sur les faibles, en exerçant des visites et faisant des prises dont la légitimité n'était justifiée que par le désir qu'elle éprouvait de réussir dans la croissade entreprise par elle,

364 LIVRE n. CHAPITRE UXI.

au nom de rhumanité , en fayenr de la race noire ; ...... Taboli-

rion , disons^nous , a éprouvé de longues résistances de la paît de plusieurs' États.

A Tépoque du congrès de Vérone, tenu en 4822, la cause de l'abolition n'avait encore fait que bien peu de progrès : on y renouvela les déclarations faites, d'une manière générale, àYieDse en 4815, et à Âlz-la-Chapelle en 4818 ; mais les trois grandes Puissances du Nord, rAutriche, la Prusse et la Rusçie, ne voulurent pas accéder aux propositions de l'Angleterre, etlaFranee se refusa positivement à adopter de nouvelles mesures pour Fabolition de la traite.

De son cèté, le Brésil sollicité par l'Angleterre, ne oédapas immédiatement, et les États-Unis déclinèrent nettement feiercice d'un droit de visite sur leurs bâtiments; enfin la France ne voulut plus consentir, en 4845, à la visite qu'elle avait accordée en 4834.

Ce seront ces faits divers , et d'autres encore qui s^ rattachent, qui figureront dans ce chapitre, savoir:

Quelques faits de prises exercées par l'Angleterre, etiesdo^ trines énoncées, à leur occasion, par ses mettrais] — les traita conclus par cette Puissance antérieurement aux traités de 4831 et 4833, avec la France; — le traité de 4844 , entre les grandes Puissances , et que la France ne voulut pas ratifier ; — les différends de l'Angleterre avec le Portugal et le Brésil ; — enfin, 1« discussions diplomatiques qui ont lieu entre la Grande-Bretagne et les États-Unis au sujet de la visite, à laquelle cette dernière Puissance refusa de soumettre ses bâtiments de commerce.

Les États-Unis ont eu, en cette circonstance, auplushantdeg^ le sentiment de respect que toute nation doit éprouver poornadépendance de son pavillon et pour sa propre dignité comoie État souverain : gloire au gouvernement des États-Unis ! diroosnous, sans prétendre toutefois par ces mots, déverser unblàioe sur les autres Puissances qui se sont montrées plus faciles aux désirs de la Grande-Bretagne : entraînées par le sentiment phSaatropique qui leur a fait signer le traité de 4844, elles ontadiois dès lors, avec l'Angleterre, que le plus sûr moyen pour ne pas laisser l'œuvre stérile, était peut-être effectivement, coa)me]ed^ mandait le cabinet britannique, d'accorder réciproquem^t datf une certaine zone de la mer, à leurs bâtiments de guerre respeo^ tifs, le droit de visiter les bâtiments de commerce des nations contractantes, soupçonnés de se livrer à la traite.

Mais ne semblent-elles pas avoir oublié que, par cette facilita

elles faviorisaieDt la passion la plus vive* de TADgleterre , — sa dommaiion sur la mer ? Or^ n*était-ce pas aller au devant de toas ses désirs qne d'accorder à ses nombreux bàtimeDis de guerre un droit de visite, en temps de paix, en échange du même droit que recevait chacune des marines militaires, bien moins considérable, de la Russie, de TAutriche et de la Prusse, et de chacun des États maritimes qui ont accédé au traité de 4844 ? (Voir Livre I, titre II, § 64.)

Page 1