DU BLOCUS
Affaire de la corvette danoise le St.-Jean, soupçonnée d'avoir fait indûment usage du pavillon militaire. *)
Dans le mois de février 4782, une escadre espagnole de douze bâtiments formait le blocus du port de Gibraltar.
>) Voir au chap. XXX VUI et au Utre m, § 10, Se section, Liyre I, la dédaratlea collective de la France et de la Grande-Bretagne ; pendant la durée de la guerre déclarée par ces deux Puissances à la Russie» l'immunité du pavillon neutre sert respectée , et les marchandises appartenant à des négociants des États neutres et amis , trouvées sous pavillou ennemi , seront restituées à qui de droit.
*) Voir Livre I , litre H , §§ 40, 49, 66, 60, 66, et Utre III, g 11.; Livre H, chap. XXXVH.
«) Fow- Livre!, litre U, g 60.
DU PAVILLON BULITAIRE ET GOBOfERGIAL, etc. 43
Le 25 de ce même mois, la corvette danoise le St.- Jean, qui était partie du Sund le premier, se trouva engagée dans le détroit de Gibraltar, et, par suite de Tétai de la mer, plus rap- (nchée da port qu'elle n'avait l'intention de le faire : ses instructions portaient d'ailleurs, qu'elle devait serrer la côte (f Afrique tmez près pour ne point donner ^ombrage à Fescadre du blocus.
Aperçue par l'escadre, la corvette le St.-Jean reçut le coup de Semonce [voir Livre I, titre III, § 46) ; son commandant, le opitaine Herbst, fit mettre en panne.
Quatre vaisseaux espagnols entourèrent le bâtiment danois; le brigadier espagnol Solafranca ^voya un officier à bord du SL-Jean, afin de visiter ses papiers. Le capitaine Herbst fit con- Biltre que son bâtiment étant armé en guerre, il ne possédait d'autres papiers que les ordres et le^ instructions de son gouver- 9ffnent.
Le brigadier Solafranca exigeant que le capitaine Herbst se rendit auprès de lui, cet officier répondit qu'il n'abandonnerait pas son vaisseau sans y être contraint par la force.
Une troisième fois , le commandant espagnol envoya un officier à bord du St.-Jean, avec ordre de dire qu'il devait être procédé ïh visite, et qu'il engageait en conséquence le capitaine Herbst à se rendre de bonne volonté dans le port de Cadix, s'il ne voulait être contraint de le faire par la force.
Le capitaine Herbst répondit qu'armé en guerre, et assurant SOT son honneur qu'il n'avait rien à bord qui fut contraire aux traités , il enverrait cependant ses ordres originaux en communication ; mais qu'à aucun prix il ne laisserait visiter son bâtiment ; que si le Danemarck se trpuvait en ce moment en guerre avec l'Espagne, ce qu'il ignorait, il était prêt d'ailleurs à amener devant une forme aussi supérieure que celle de l'escadre de S. M. catholique, et qu'après avoir vidé son artillerie en l'honneur du pavillon royal qu'il portait, il remettrait son épée au commandant des forces navales espagnoles.
Celui-ci se montra peu satisfait de cette réponse ; il fit connaître au capitaine Herbst que la paix existant entre leurs deux {OQvemements, il ne pouvait accepter ses propositions ; il le lammait en conséquence de le suivre à Cadix, où les ordres sciaient vérifiés en présence du consul danois ; il engagea d'ailleurs la parole que le pavillon de S. M. danoise serait respecté.
En présence de la force et de cette promesse, le capitaine Berbst consentit à se diriger sur Cadix ; il jeta l'ancre en dehors de la baie, le 4*' mars.
44 LIVRE n. CHAPITRE VIU.
Le lendemain, lorsqu'il se disposait à remonter la baie, une chaloupe espagnole montée par un détachement de soldats, coitt<* mandés par un officier, se présenta ; l'officier avait ordre de passes avec sa troupe à bord du SL-Jean ; il déclara au capitaine Herbsf «que depuis trois semaines, on était prévenu de l'arrivée pro^ «chaine du St.- Jean, qui, disait-il, n'appartenait pas au roi àê «Danemarck, mais à une compagnie commerciale ; qu'on n'ignoratt: «point que, dans le but de pouvoir arborer le pavillon royal svor «la corvette le SL-Jean, on avait placé à bord de ce bàtimenfr «deux officiers de la marine royale, mais qu'on ne pouvait pour «cette unique raison, la considérer comme bâtiment de guerre.»
Sur la déclaration du capitaine Herbst que la corvette le St^ Jean était, ainsi que sa cargaison, en voyage par ordre du ro^ qu'elle se rendait à Malte et à Marseille, et que son chargement se composait, uniquement, des marchandises dont il livrait xam^ note précise au commandant espagnol (400 tonneaux de poix efc autant de résine, des planches, des merrains, 10 caisses de poivre^ 246 tonneaux de poudre, etc.), l'officier espagnol, major-général do l'escadre, se retira en promettant au capitaine Herbst quHl. allait réclamer des ordres de la cour.
De son côté, le capitaine Herbst écrivit au comte de ReventIoW|.: ministre de Danemarck à Madrid ; celui-ci se rendit sans retard, auprès du comte de Florida-Blanca , auquel il remit une note of* ficielle , qu'il prit soin de communiquer aux diverses légations des Puissances alliées et neutres.
Le ministre espagnol chercha dans sa réponse à faire prévaloir l'opinion, que les conditions d'armement dans lesquelles se trouvait le SL^Jean, ne justifiaient pas sa qualité de bâtiment de guerre, ajoutant que ce bâtiment s'était d'ailleurs rendu suspect en s'approchant de trop près du port bloqué de Gibraltar; mais qu'il serait relâché, si le capitaine danois voulait consentir à vendre au gouvernement espagnol les munitions de guerre qui étaient à bord de la corvette le St.-Jean.
Le baron de Rosenkrantz , ministre des affaires étrangères de Danemarck, donna l'ordre à M. de Reventlow de déclarer que non-seulement la corvette le St.-Jean et sa cargaison étaient propriété du roi, mais qu'étant munie du pavillon militaire, unique caractère indispensable des vaisseaux de guerre, le roi s'attendait à ce que Tordre serait donné de relâcher la corvette danoise, et de la faire considérer, à sa sortie du port de Cadix, commo bâtiment de guerre. {Voir Livre I, titre III, § 48, et titre H^ §§ 60 à 62.)
DU PAVILLON BUUTÀIRE ET GOBIMERCIAL, etc. 45
La coar d'Espagne, avant de prendre une détermination, voulut coDsalter les États engagés dans la neutralité armée. ( Voir chap. % § 2.)
M. de Liano, ministre d'Espagne à la Haye, et M. de Norii&dez, chargé d'affaires de S. M. catholique à Saint-Pétersbourg, hnDt chargés par leur gouvernement, de présenter aux États- Céoéraux, ainsi qu'au cabinet russe, un mémoire pour exposer MUre, afin d'avoir leur avis sur le principe avancé par le Danewrck, que tout bâtiment portant le pavillon militaire devait être ngardé comme vaisseau de guerre.
La résolution des États-Généraux, en date du 46 août 4782, |wrte: «que LL. HH. PP. préféraient pour elles, ne pas déter- ■iner si, et jusqu'à quel point, l'on pourrait à la vue du pavillon mi, distinguer précisément un vaisseau de guerre d'an navire mrdiand, mais qu'elles pensent pouvoir, dans le cas présent, Ure intercession et instance auprès de S. M. pour qu'il lui plaise de relâcher le vaisseau danois en question , comme vaisseau du ni, et de lui permettre de continuer sa route, vu qu'à leur avis ieonste pleinement que ce n'est par un navire marchand, propre à transporter des marchandises pour le compte de particuliers, ■ais qu'il est équipé effectivement pour le service de S. M. dairise, et mis réellement sous les ordres des officiers du roi, qui, mis de commissions en forme, sont chargés d'exécuter avec e» vaisseau les ordres de Sadite Majesté conformément à leurs iostractions. i»
Cette réponse ambiguë, entortillée, sans aucun caractère de grandeur ni d'indépendance, qui semble chercher à vouloir être de l'avis de l'Espagne tout en servant les intérêts danois, et qui (ailleurs ne répond en aucune façon à la question posée par le (^ornement espagnol en ce qui concerne le pavillon militaire, wijue caractère indispensable des vaisseaux de guerre, selon l'expression de M. de Rosenkrantz, qui en peu de mots avait for- «dé un principe incontestable ; — cette réponse, disons-nous, ifamrait pas seule réussi, sans aucun doute, à changer les dlspKîtions de la cour de Madrid ; il fallait , pour produire ce réibat, la réponse nette, précise, vraie, que M. de Zinowieff, linistre de Russie à Madrid, adressa à la même époque, au miliHère de S. M. catholique, par ordre du comte d'Ostermann, Aancelier de l'empire, lequel en donna communication, de son cèis, à M. de Wassenaer-Starrenburg , envoyé des Provinces-Unies à Saint-Pétersbourg.
46 LIVRE n. CHAPITRE VOI.
M. de Zinawieff déclara officiellement, et par une note passée au ministre des affaires étrangères *de S. M. catholique, qae :
\ ^ L'impératrice de Russie jugeait être conforme aux principei du droit des gens, qu'un bâtiment autorisé selon les usages di la cour ou de la nation à laquelle il appartient, à porter pavUkf militaire, doit être envisagé, dès lors, comme un bâtiment arm^ en guerre.
â° Que ni la forme de ce bâtiment, ni sa destination antérieure, ni le nombre d'individus qui en composent l'équipage, ni peuvent plus altérer en lui cette qualité inhérente, pou'nM qm roffider commandant soit de la marine militaire.
%^ Que tel ayant été le cas de la corvette le St.- Jean, ainsi que la commission du capitaine, et, ce qui plus est, la déda^ ration formelle de la cour de Copenhagm l'ont démontré, oett^ dernière peut aussi appliquer à ce bâtiment les mêmes principea et revendiquer en sa faveur tous les droits et les prérogative! du pavillon militaire.
a Le soussigné doit ajouter)», disait encore M. de Zinowieff. «que la conviction intime avec laquelle S. M. Impériale se seni affectée de ces vérités, ne lui laisse aucun doute que S. M. cathcv lique, en les appréciant de son côté, de plus près, ne leur re^ fusera pas la même évidence, d'autant pins que les droits ex« clusifs du pavillon militaire sont tellement reconnus et avoués pai les Puissances maritimes, que les bâtiments marchands même qui se trouvent être sous sa protection sont exempts, par là, de toute visite quelconque. »
Cette dernière doctrine, la seule vraie, la seule qui ne blesse pas le principe de l'indépendance des nations, leur dignité, et* Il dignité elle-même des officiers, commandant les bâtiments de le marine militaire d'un État neutre, n'est pas admise par la Grande- Bretagne, qui, dans l'exercice de tout droit appartenant aux neutres voit une atteinte portée à ses intérêts et à la suprématie sur mei à laquelle cette Puissance a toujours prétendu (voir chap. XXJI) Nous aurons d'ailleurs l'occasion de reconnaître plus tard {vois cfaap. XXV), que la Russie qui a professé, dans la note remise par M. de Zinowieff au cabinet de l'Escurial,- la sage doctrine di la protection complète dont tout bâtiment de la marine mUitain d'w» État neutre doit couvrir les navires marchands, navigttant sou: son escorte, fut contrainte, en quelque sorte, sous la pression des événements politiques, de consentir, en 4801, à une modification d'un principe qui ne peut en admettre d'aucune scnrte, &
DU PAVILLON MILITAIRE ET COMMERCIAL, etc. 47
qui doit rester entier, absolu, inflexible pour se trouver à la hauteur de Thonneur militaire, et de la dignité du pays sous le ^ fovitton tnilitaire duquel marche le bâtiment de guerre protecteur da convoi.
Ùu pavillon militaire et commercial. — Insultes et réparations. —
Réparation faite par le Bey de Tunis à l Angleterre , en 4826. —
Le Nettuno, bâtiment du roi des Deuûo-Siciles, à Livoume, etc.
Les cas d'insultes faites au pavillon militaire, avec intention '4I Ml par suite de malentendus, sont nombreux ; nous en signalerons ttj plusieurs dans les chapitres XXII — des convois militaires ; XXIV, esj i 4 — abus fait du pavillon suédois par les Anglais ; XXVII —
(fe la presse des matelots] XXIX — du cérémonial maritime] ainsi
que dans les deux paragraphes suivants, 3 et 4. J Dans ce paragraphe, nous nous bornerons à rappeler le texte ^ même de la déclaration du Bey de Tunis, sur la demande en
réparation présentée par le cabinet britannique , à Foccasion du
vaisseau anglais, le Marc-Antoine.
Déclaration du Bey de Tunis.
Louange à Dieu.
Hussan-Pacha*Bey à son très-fidèle allié et véritable ami, le Roi de la Grande-Bretagne et d'Irlande.
Attendu qu*il nous a été représenté qu*une insulte grossière a été faite au pavillon anglais, en ce qui concerne le vaisseau anglais le Marc- Antoine, en violation des traités entre nous et S. M. le Roi de la Grande-Bretagne et dlrlande, nous nions par ces présentes avoir connaissance d*un tel outrage ; et en signe de notre sincère regret à cette occasion, nous désirons offrir àSadite Majesté le Roi de la Grande- Bretagne et dlrlande, notre assurance formelle, que nous prendrons des mesures pour prévenir le renouvellement de procédés semblables, en ordonnant et enjoignant à tous et chacun de nos officiers et autres personnes nous devant hommage et obéissance, de reprimer, sous leur responsabilité, toute molestation ou injure, faite par parole ou par action à des si:gets anglais , leurs vaisseaux ou propriétés dans Tintérieur de nos domaines ; mais, au contraire, de leur montrer tout le respect qui leur est dû en conformité avec les traités et nos intentions ; quiconque enfreindra cet ordre , sera puni d*une manière exemplaire.
Tout salut est en Dieu. Écrit dans la lune de Ramadan, 4S4I de mégire. {A\ ff. 13 avril 1886.)
48 LIVRE n. CHAPITRE VIU.
Réparation accordée à Livourne, en 4848, au pavillon français.
En 1848, à l'époque où régnait à Livourne une grande agitation politique, des hommes du peuple, entraînés par une de ces mille nouvelles incohérentes, ridicules qui, dans les temps de révolution, circulent parmi les masses avec la rapidité d'un courant électrique, et viennent surexciter leurs passions (toujours si violentes quand elles sont mises en mouvement par les amateurs ou les meneurs d'anarchie et de démagogie), — des hommes du peuple, disons-nous, se dirigèrent vers un bâtiment français de la marine commerciale, amarré dans le port ; des matelots furent molestés par les hommes qui envahirent le pont du bâtiment français, y cherchant des armes, qui n'y existaient pas; le pavillon nationad lui-même fut insulté. Le capitaine porta plainte au consulat générai de France, lequel de son côté se vit dans la nécessité de réclamer une réparation.
Quelques semaines s'écoulèrent avant que le gouvernement toscan, c[ui avait ordonné une enquête sur les événements accomplis, fit connaître sa détermination, d'accorder la légitime réparation qui avait été demandée ; déjà une sourde et inquiète agitation se faisait remarquer parmi les Français résidant à Livourne, étonnés du retard apporté par le ministère toscan à répondre à l'attente du consulat général de France, lorsque l'ordre arriva enfin de Florence, au gouverneur militaire et civil de la ville de Livourne, de faire saluer, par les canons de la forteresse, le pavillon français , en témoignage de réparation de l'insulte qu'il avait reçue.
Insulte faite au pavillon royal des DeuxSiciles à Livourne,
en 4848.
Quelques mois avant, une partie de la population de Livourne s'était rendue coupable d'un acte plus répréhensible encore, puisqu'il portait atteinte, tout à la fois, aux droits du pavillon militaire des Deux-Siciles et aux droits de Vhumanité, et qu'il a été accompli sous les yeux de l'autorité méconnue par la foule ameutée.
Le 29 janvier 4848, à W heures du matin, le bâtiment à vapeur le Nettuno (le Neptune) de la marine royale des Deux-Siciles,
DU PAVILLON MILITAmE ET COMMERCIAL, etc. 49
jeta Pancre sur la rade de Livoame ; le capitaine fit connaître aux autorités du port qu'il se trouvait sans charbon et sans eau. La population du port, dite vénitienne, décida, dans un élan de haine que lui fit éprouver la vue du pavillon du roi Ferdinand II [que les meneurs démagogiques étaient parvenus à faire considérer comme l'ennemi de V Italie) ^ que le Nettuno ne recevrait e [ » charbon ni eau ; les plus déterminés dans cette foule exaltée, s ayant conçu le soupçon que le roi Ferdinand II se trouvait à bord 2 kNettimo, manifestèrent l'intention d'aller s'emparer de vive force 5 do vaisseau napolitain.
r| Le Marquis de Ridolfi, ministre de l'intérieur de S. A. I. le grand-duc de Toscane , était à cette époque à Livoume , où il a?ait été dans le cas de se rendre pour procéder à une enquête si sur les inenées démagogiques dont cette ville était le foyer, et ^1 bire arrêter l'avocat Guerazzi, ainsi que divers autres individus j f engagés dans la lutte qui s'organisait secrètement contre l'autorité j j et le gouvernement du grand-duc Léopold , le père de ses sujets, titre qu'aucun souverain n'a mérité au même degré.
Une députation , choisie parmi les hommes qui se proposaient ^l • de s'emparer du Nettuno , se rendit auprès du Marquis Ridolfi : à force de bonnes paroles ( « à coups de larynx » , ainsi que s'ex- ^ primait, quelques semaines plus tard, l'un des gouvernants de la ^i France, dont la voix a plusieurs fois appaisé les grondements de ;.: la foule I). M. de Ridolfi obtint de son menaçant auditoire, qu'on , 1 s'abstiendrait de tout acte de brutalité et que le charbon que ré- .^1 clamait le Nettuno pour pouvoir continuer son voyage, lui serait lai ïi^é.
^ i Le Marquis Ridolfi fit consigner les troupes de la garnison
•jjl dans leurs casernes, et afficher la proclamation suivante, procla-
I mation courte, énergique et fort convenable en tous points:
«Le bâtiment à vapeur l& Nettuno doit continuer sa route;
or, selon. la parole donnée par son commandant, il manque de
charbon, c'est un devoir d'humanité de l'approvisionner, et des
ordres ont été donnés en conséquence.
«Le gouvernement rappelle aux Livournais qu'il ne transigera jomais avec le tumulte, et moins encore quand le tumulte a pour bot un acte brutal. »
Après les mesures prises, en ce qui concernait la garnison; après des paroles aussi dignes et aussi énergiques, ne devait-on |w» croire que l'autorité ne fléchirait pas , qu'elle resterait éner^
tqiie et digne comme le langage de sa proclamation ? Il n'en
bt rien ; loin delà I L'autorité a reculé devant les clameurs
CossY. U. 4
le s-
raes,
de la foule ; elle n'a pas su faire sortir les soldats de leurs casernes.
La proclamation du Marquis Ridolfi fut arrachée des murailles ; elle fut déchirée par ces hommes qui apparaissent aux jours do tumulte, que le désordre trouve à point nommé à son service^ et qui (à force peut être de l'avoir entendu dire par des meneun chargés d'exploiter les passions et la force matérielle de la foub^ au profit de certaines ambitions personnelles qui se tiennent i l'écart), ont fini par croire qu'ils sont, eux, hommes des dasses ignorantes de la société, les véritables citoyens d'intelligence et dé sagesse du pays. Jamais les populations, en se laissant entratnei à tous les désordres, à tous les excès, par des mots et par dei images trompeuses de langage, n'ont prouvé, aussi clairement que l'ont fait, de nos jours, les populations de France, de SuissAj d'Allemagne et d'Italie, combien est faux le diction : Vox poptiMi vox Dei!
Un certain nombre d'individus appartenant à la garde civique^ déclarèrent que le peuple avait raison, bien que plusieurs offiden de ce corps eussent reconnu, dès le prindpe, la convenance de délivrer au Netttmo le charbon réclamé par le commandant de ce bâtiment, et le ministre, oubliant la fermeté du langage c[u'il avait tenu et que les troupes, consignées dans leurs quartiers , étaient, U^ prêtes à seconder le pouvoir, dont l'autorité était méconnue par la place publique, s'empressa de faire intimer au commandant da Netttmo l'injonction de prendre le large à la voile I Nul sentimeni d'humanité n'a retenu la foule ivre de haine , nul sentiment di dignité n'a porté l'autorité , en usant de son droit , à résister à l'injustice de la multitude en démence, aux sentiments de laquelle des gardes civiques ne rougirent pas de s'assoder !
En présence de tels faits, et quand de nouveaux pamphlets venaient chaque jour exciter les passions populaires , on pouvait redouter et prévoir un cruel avenir de désordres et de calamités pour ce beau pays de Toscane, si florissant jusqu'alors, si paisible et si heureux jusqu'au moment où l'ambition de quelques menears s'est mise à travailler (en le trompant par des promesses mensongères, par des espérances irréalisables, par des phrases sonores et de frivoles chansons), l'esprit de ces populations administrées avec tant de paternité par un souverain juste , bon et vertueux. Et n'est-ce pas ainsi que l'on procède partout? Des phrases qui flattent la multitude qui n'aperçoit pas plus l'avenir de malheurs qu'on lui prépare, que l'homme ivre n'aperçoit l'abime qu'il côtoie I
DU PAVILLON BIILITAIRE ET COMMERCIAL, etc. 51
Âhl si la foule, excitée par quelques hommes méchants, faux |ntrioteS| faux philantropes, ambitieux qui cherchaient, au milieu à désordre, une position c[u'une société régulière et calme ne hv avait pas faite ; si cette foule s'est montrée aussi hostile au |iriIIon royal des Deux-Siciles, que n'e&t-elle pas fait peut-être îeDe avait connu, qu'à bord du Nettuno, se trouvait le Marquis UGarretto, ministre de la police, que le roi Ferdinand II avait n devoir sacrifier à l'opinion publique , en l'exilant pendant frique temps de son pays, et que l'on se plaisait, pour le rendre lietâ aux populations italiennes, à représenter comme le cornike Tristan et Grand-Prévôt du roi Ferdinand II, auquel on ne firdonnait pas d'avoir essayé, par les moyens de coercition mi- Bifare , à rétablir son autorité méconnue en Sicile ? Mais , fort koreusement, l'émeute grondante de Livoume n'apprit la circonstance de la présence, à bord du Nettuno, du Marquis del Gari^, que lorsque ce bâtiment à vapeur de la marine royale des Beax-Siciles, obligé de naviguer désormais sans charbon, s'était âoigDé à la voile du port de Livoume.
fflte divers. — Saisie du Viœen, etc. — Affaire de blocus forcé,
' Les faits concernant la corvette danoise le SL-Jean, — objet ^ à § 4 , — sont de nature mixte en quelque sorte. U y a eu 'alebte positive et préméditée, portée aux droits dupavilhn mi^ ^hire, et le blocus des port et forteresse de Gibraltar, dont la 'corvette s'était, contre son gré, trop approchée en franchissant e détroit, a été le prétexte de la conduite des Espagnols envers ^ De bâtiment. C'est de cette façon que nous avons été conduit à ^Mr, dans le même chapitre, un fait de blocus lié à une at- ]* iitte portée aux droits du pavillon militaire, et diverses circond'insulte au pavillon dans un port. U est difBcile en effet, is, de consacrer exclusivement un chapitre à la réunion bits de la même famille, sans aborder jamais des faits qui au-
dû ou pu faire partie d'un chapitre nouveau. Quelques faits d'insulte au pavillon seront consignés dans le itre XXIX parcequlls se rattachent plus particulièrement aux du cérémonial maritime ; le chapitre XXIV dira l'insulte faite la marine royale de la Grande-Bretagne au pavillon suédois, le port de Barcelone.
Wusieurs chapitres (XXVI et XXXVII notamment) signaleront
des faits et des circonstances concernant le blocus, déclaratioi prises maritimes, extension du blocus, etc.
L'accusation portée contre des bâtiments marchands d'avoi voulu franchir la limite du blocus a été faite fréquemment; ma nous croyons que Fessai réel de violer le blocus a été fort ran Si la tentative a été manifeste, le gouvernement du pays auqu appartient le bâtiment capturé ne réclamera pas, ou n'obtiendi pas la remise du navire. C'est ce qui est arrivé, en 4836, à l'oi casion du Vixen qui voulut violer le blocus établi par l'escadi russe sur la côte de Gircassie ; le bâtiment fut capturé et se subrécargue M. Bell retenu prisonnier. L'Angleterre réclama ; ma en fin de compte , la Russie ne fit aucune excuse à l'occasion c la saisie au sein de la paix avec la Grande-Bretagne, et n'accorc aucune indemnité pour la captivité de M. Bell.