CHAPITRE XXIX
CtRÉMOSlAZ XABITIXB. ^
Le salut est une déférence et un honneur, dit Bouchaud, qui se doit rendre sur mer.
L'Angleterre a poussé fort loin, jusqu'au 47^ siècle, la prétention au salut de la part des autres pavillons. Louis XIY fit depuis respecter sa puissance sur mer malgré les prétentions des rois de la Grande-Bretagne.
Salut exigé, dans la Manche , dun vaisseau français, au pavillon
britannique.
Dans Tannée 4603, le roi Henri IV de France envoya le Marquis de Rosny en ambassade extraordinaire auprès du roi Jacques P' pour féliciter ce souverain à l'occasion de son avènement au trône.
Le bâtiment que montait l'ambassadeur de France était commandé par un vice-amiral et portait pavillon au grand mât ; il fit voile de Calais pour se rendre à Douvres.
Aussitôt qu'il put être aperçu des côtes d'Angleterre, deux flûtes anglaises vinrent au devant du Marquis de Rosny, en apparence par distinction et pour lui faire escorte ; mais les commandants de ces deux bâtiments exigèrent, avant de consentir à ce que l'ambassadeur continuât sa route , que le vice-amiral français abaissât son pavillon afin de rendre, dirent les officiers anglais , au pavillon de leur maitre Vhonneur qui était dû au souverain des mers.
Les conjonctures étaient telles que Fambassadeur et le viceamiral durent subir la loi qui leur était imposée.
Cette afiaire n'eut point de suites ; mais il en fut pris bonne note en France, où elle fît germer des sentiments de rancune et le désir de trouver plus tard l'occasion de se venger, en exerçant quelque représailles de cette nature.
Le langage que Louis XIV fit tenir à son ambassadeur, dans
>) Voir Livre I , titre II , g§ 01 et 02.
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une circonstance que nous allons rapporter, prouve que la blessure faite à l'amour-propre du souverain de la France , en 1 603, avait, par hérédité, atteint son petit-fils,
Charles II, roi d'Angleterre, voulant inqwéter les Hollandais, et même les Français, sur la pèche que les uns et les autres Taisaient dans le Canal de la Manche, Louis XIV chargea, en 4664, son ambassadeur à Londres de dire à ce prince, ainsi que Pont fait connaître les lettres et négociations de d'Estrades : « qu'il avait « tort de défendre la pèche au préjudice du droit commun qui « en donne la liberté à tout le monde ; qu'outre Tîntérôt que le a roi de France y avait, pour l'intérêt de ses sujets, il ne pouvait « se dispenser de donner la main, en cette rencontre, aux Bolet landais ses alliés, ni leur refuser son entremise, ayant des forces « maritimes si puissantes que personne au monde 7ie lui pouvait « faire obstacle » ; et l'ambassadeur de France profita de la circonstance pour reprocher à la cour de Londres ce qui s'était passé en 4603, à l'occasion du voyage du Marquis de Rosny (connu depuis sous le nom et titre de duc de Sully).
La cour de Londres n'osa pas résister ; elle ne disputait pas, alors, au pavillon français ni la suprématie, ni le premier hodieur.
La marine française, trop négligée par le cardinal Mazarin, avait trouvé dans Colbert un ministre disposé et déterminé à la relever ; elle était en voie de prospérité, en 4664 , et cinq ans plus tard, c'est-rà^dire en 4666, une flotte de 34 bâtiments, portant 445S bouches à feu, put se joindre aux forces navales hollandaises contre l'Angleterre.
Toutefois, l'état réel des forces navales de la France en 4664 ne semblait pas autoriser le fier langage du grand-roi , quand il disait, par la bouche de son ambassadeur, qu'il avait des forces maritimes si puissantes que personne au monde ne lui pouvait faire obstacle.
Certes, la Hollande par exemple possédait, à cette époque, une marine militaire beaucoup plus considérable que celle de la France.
On- comprendrait mieux le langage que Louis XIV fit tenir à la cour de Londres, s'il eut été tenu trente ans plus tard, après que son armée navale, réunie dans la Manche, sous les ordres de Tourville, et forte de 78 vaisseaux portant 4,702 bouches à feu, SObrillots et 4 5 galères, eût battu, le 40 juillet 46%, les floUes réunies de l'Angleterre et de la Hollande, et que, de son cAté, le comte d'Estrées, eut bombardé, dans la Méditerranée, Oneille, Barcelone, Alicante. En 4694 , la marine française possédait
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CÉRÉMONIAL MARITIBIE. 395
MO bâtiments de ligne et 690 autres bâUments de guerre, por* tant ensemble 14)670 bouches à feu, 3,500 officiers et 97,500 hommes d^équipage.
Pendant l'administration du cardinal de Fleury, la marine fut négligée.
A cette époque, l'Angleterre possédait 130 vaisseaux de 54 à 400 canons, 415 frégates, 44 gatiottes, 40 brûlots et 40,000 matelots embarqués. .
L'état de la marine française n'était plus, en 4 730, que de 54 vaisseaux de tout rang, plus quelques flûtes et diverses gaiiottes.
Malgré cette iitfériorité relative, en 4744, quelques mois avant que Louis XY eût déclaré la guerre à l'Angleterre, le Marquis de Roquefeuil, lieutenant-général des armées navales, croisant dans la Manche , obligea tous les vaisseaux de guerre anglais qu'il rencontra , d'amener et d'abaisser leur pavillon ; toute la flotte d'ailleurs sut lutter avec héroïsme et gloire, depuis l'ouverture des hostilités jusqu'à là paix d'Aix-la-Chapelle en 4 748. ( Voir chap. XI, § 4.) A la page 358 du premier volume voir les forces navales de la France en 4854.
Salut des forteresses et des vaisseaux.
Maître de forces navales aussi considérables que celles dont nous avons présenté le tableau, Louis XIV publia, en 4689, une loi sur le salut ; ce document doit être considéré comme l'un de ceux qui, pour l'histoire, portent témoignage certain de l'autorité que ce prince exerçait en Europe, à laquelle il semblait imposer et dicter la loi du salut :
a Art. L Les vaisseaux de Sa Majesté portant pavillon d'amiral , de vice -amiral où de contre-amiral , cornettes et flammes, salueront, les premiers, les places maritimes et principales forteresses des rois, et le salut sera rendu coup pour c(Hip, à l'amiral et au vice-amiral ; et, aux autres, par un moindre nombre de coups, suivant la marque du commandement.
a Art. II. Les places de Corfou, Zante et Céphalonie, appartenant à la république de Venise, celle de Nice et de Villefranche, appartenant au duc de Savoie, seront saluées les premières par le vice-amiral, qui se fera rendre le salut coup pour coup.
«Art. III. Les autres places et principales forteresses de tous les autres princes et républiques, salueront les premières l'amiral: et le vice-amiral , et le salut leur sera rendu savoir par l'amiral,
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d'un moindre nombre dé t^aps, et, par le vice-amiral, coup pour coup ; les autres pavillons inférieurs salueront les premiers ainsi qu'il est dit ci-dessus.
« Art. IV. Défend Sa Majesté aux commandants et capitaines de ses vaisseaux et autres de ses bâtiments, armés en guerre, de saluer aucunes places maritimes et forteresses étrangères, qu'ils ne soient assurés que le salut leur sera rendu conformément à ce qui est prescrit ci-dessus.
a Art. V. Lorsque les vaisseaux de Sa Majesté, portant pavillon , rencontreront ceux des autres rois , portant des pavillons égaux aux leurs, ils se feront saluer les premiers, m quelques mers et côtes que se fasse la rencontre. -
a Art. YI. Gomme aussi dans les rencontres' de vaisseau à vaisseau, ceux de Sa Majesté se feront saluer Tes premiers par les autres, et les y contraindront par la force, s'ils en faisaient difficulté.
a Art. VIL Le vice-amiral et contre-amiral de France rencontrant le pavillon amiral de quelqu'autre roi, ou l'étendard royal des galères d'Espagne, ils ne feront aucune difficulté de les saluer les premiers.
« Art. YIII. Le vaisseau portant pavillon amiral rencontrant en mer les galères d'Espagne, se fera saluer le premier par celle qui portera l'étendard royaL
«Art. IX. Les escadres des galères de Naples, de Sicile, et Sardaigne, et [autres appartenant au roi d'Espagne, ne seront traitées que comme galères-patrones, quoiqu'elles portent l'étendard royal, et seront seulement saluées par le contre-amiral de France, et salueront, les premières, le vice-amiral, qui les y contraindra en cas de refus. Sa Majesté se réservant de donner des ordres particuliers, pour ce qu'elle jugera à propos de changer au présent article.
ce Art. X. La même chose aura lieu pour les galères portant le premier étendard de Malte, et de tous autres princes et républiques.
ft Art. XL Tous les vaisseaux de guerre de S. M. se feront saluer les premiers par la galère-patrone de Gènes.
« Art. XIÎ. Les vaisseaux de S. M. portant cornettes et flammes salueront, sans difficulté, les pavillons d'amiral, de vice-amiral et de contre-amiral des autres rois , et se contenteront qu'il leur soit répondu par un moindre nombre de coups.
« Art. Xni. Les vaisseaux des moindres États, portant pavillon amiral, rencontrant celui de France, plieront leur pavillon et sa-
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