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PRÉFACE
Arago écrivait dans sa Notice sur le tonnerre : « Les éclairs en boule dont nous avons cité tant d'exemples et qui sont si remarquables, d'abord par la lenteur et l'incertitude de leurs mouvements, ensuite par l'étendue des dégâts qu'ils occasionnnent en éclatant, me paraissent aujourd'hui un des phénomènes les plus inexplicables de la physique.
« Ces boules, ces globes dç feu, semblent des agglomérations de substances pondérables fortement imprégnées de la matière de la foudre. Comment se forment de telles agglomérations ? Dans quelles régions sont-elles nées? D'où proviennent
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PREFACE
les substances qui les composent? Quelle en est la nature ? Pourquoi s'arrêtent-elles quelquefois pendant un temps assez long pour se précipiter ensuite avec une grande rapidité, etc., etc. ? Devant toutes ces questions, la science reste muette*. »
« ... Il n'est qu'une circonstance dans laquelle le physicien ne sait pas engendrer ce que la nature produit avec tant de facilité ; il ne sait pas donner naissance au tonnerre en boule ; il ne sait pas produire ces agglomérations sphériques de matière, lesquelles se meuvent avec lenteur, sans perdre la propriété de fulminer les corps. Il y a, à ce sujet, dans la science, une lacune qu'il serait très important de combler*. »
En lisant, pour la première fois, ces lignes d'Arago, vers 1854, nous conçûmes le projet de chercher à imiter et à expliquer, s'il était possible, cette forme extraordinaire de la foudre. Mais comment y parvenir? Ne connaissant que les étincelles linéaires
1 Œuvres de François Arago, t. I, p. 219. Paris, 1854.
2 Ibidem, p. 396.
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et sinueuses des machines électriques qui ne correspondent qu'à la forme en zigzag des éclairs ordinaires, comment concevoir la possibilité d'obtenir des étincelles en boule?
La question était posée; toutefois, dans les problèmes que la nature offre à nos méditations, il ne suffit pas qu'une question soit bien posée pour être à moitié résolue. Cest en vain qu'on donne libre carrière à l'imagination ; il faut nécessairement des faits nouveaux pour servir de termes de comparaison, lorsque rien dans les faits connus ne.se rapproche du point que l'on voudrait éclaircir. D'un autre côté, ces faits nouveaux ne se révèlent pas aisément d'eux-mêmes dans le domaine où on souhaiterait les observer. .
Aussi sommes-nous resté de longues aanées sans avoir aucune idée de la manière dont on pouvait résoudre le problème en question. Mais nous poursuivions des travaux sur d'autres sujets, et quand l'esprit s'est placé d'avance à un certain point de vue, il est naturellement porté à en rapprocher toutes les observations nouvelles qui se
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présentent. D'ailleurs, par suite de l'unité qui règne dans la nature, au milieu d'une infinie variété d'effets, les phénomènes que l'on observe peuvent offrir souvent un lien quelconque ou un rapport inattendu avec ceux que l'on voudrait découvrir dans une voie diflFérente.
C'est ce que nous a prouvé, une fois de plus, Texpérience. En cherchant la solution d'un autre problème, Taccumulation et la transformation de l'énergie de la pile voltaïque, nous parvînmes à avoir entre les mains une source d^électricité, réunissant à la fois la quantité et la tension, et pouvant donner, par conséquent, des effets différents de ceux des machines ordinaires de l'électricité statique.
Or, le premier phénomène qui se présenta pour nous à l'observation, vers 1875 S en employant cette source puissante d'électricité, fut justement Y agrégation globulaire d'un liquide électrisé autour d'un conducteur servant à y amener le courant.
* Voir Comptes rendus de V Académie des sciences ^ t. LXXX, p. 1 133. 3 mai 1875-
PREFACE
C'était là un de ces faits indicatifs, comme les appelait Bacon, qui pouvaient entraîner d'importantes conséquences.
En augmentant, en effet, la tension de notre source, ce ne fut plus une boule liquide qui se produisît, mais un véritable globule de feu, et c'est ainsi que nous avons été conduit à l'imitation, par suite, à l'explication des divers phénomènes qui accompagnent l'apparition de h foudre globulaire.
Les autres effets que nous avons observés, avec des courants électriques de haute tension , nous ont offert, comme par surcroît, des analogies inattendues avec d'autres phénomènes électriques importants, tels que ceux de la grêle, des trombes, des aurores polaires, etc.
Ce sont ces analogies et leurs conséquences que nous avons développées dans le présent ouvrage, et que nous publions, avec le désir de jeter quelque jour sur la théorie de ces grands phéQomènes naturels.
Gaston PLANTÉ.
Janvier i883.
ÉLECTRIQ^UES
De l'Atmosphère