‹ Phénomènes nerveux, intellectuels et morauxChapitre 11 sur 25 · SYSTÈME NERVEUX · texte numérisé non relu

SYSTÈME NERVEUX

sens de la sensation; 2" par les lobes, c'est la perte de la perception, de l'intelligence. Penser n'est donc pas sentir, ajoute Flourens.

Un seul lobe, dit-il, sufit à l'exercice complet de Tintelligence, Anatomiquement, un lobe n'est que la répétition de l'autre. Pliysiologiquement, les deux lobes ne font qu'un appareil : le grand appareil de l'intelligence

Tels sont les résultats des belles et fécondes expériences de Flourens, expériences qui ont mis dans un si grand jour les propriétés de l'encéphale.

Cl. Bernard s'exprime ainsi : « N'oublions pas que c'est aux expériences de M. Flourens, que nous devons nos principales connaissances sur le siège de la conscience... ". »

M. H. Milne Edwards, dit de son côté : « Les conclusions que Flourens a tirées de ses recherches, relativement à la localisation de ses facultés (facultés mentales et instinctives), dans les lobes ou hémisphères cérébraux des mammifères supérieurs, sont en accord avec tout ce que nous savons d'ailleurs sur les fonctions de l'encéphale '\ »

Nous devons maintenant indiquer les résultats nouveaux que Ton doit ajouter aux précédents.

Il est important de remarquer que Faction des hé-

' Flourens, de la Phrénologle et des études uraîcs sur le cerveau. ^ Cl. Bernard, Disc, à l'Académie française, 27 mai 1867. ' H. MlLNE Edwards, Leçons de Physiologie, t. XIV, l'e part.

misphères cérébraux est croisée; c'est-à-dire que le lobe droit agit sur le côté gauche, et le lobe gauche sur le coté droit. Cependant, dans le cas d'hémiplégie, tous les muscles du côté paralysé, ne sont pas soustraits à l'empire de la volonté, car. un seul lobe resté intact, peut, petit à petit, comme par une sorte de gymnastique, semblable à celle du droitier qui veut agir avec la main gauche, arriver à remplir les fonctions du côté malade. Ainsi, la paralysie peut lentement se dissiper et la volonté reprendre son action sur tous les organes.

Cette observation est importante, et féconde dans l'explication de nombreux phénomènes.

Dans une communication à l'Académie des sciences, sur les localisations cérébrales, M. le professeur Bouiilaud rappelle d'abord que le corps de l'homme est double , que les deux moitiés dont il est composé : l'une droite, l'autre gauche, sont formées de parties semblables, de sorte que Ton a pu dire qu'il existe un homme droit et un homme gauche; que cette dualité de Vhomme physiologique, constitue même un grand caractère différentiel entre lui et V homme psychologique ou moral, qui est essentiellement un. Comme les autres organes de la vie animale, le cerveau est double : droit et gauche. Il ne pouvait en être autrement, ajoute-t-il, puisque le cerveau est précisément une sorte de centre où se rendent les nerfs des organes des sens qui sont doubles, et d'où sortent les nerfs des organes des mouvements, sou-

mis à l'empire de l'intelligence et de la volonté qui sont également doubles. Cette dernière communication entre les côtés du corps et les deux côtés du cerveau, a lieu de telle manière que c'est le côté gauche du cerveau qui communique avec le côté droit du corps, et que c'est le côté droit du cerveau qui communique avec le côté gauche du corps; ce qui s'opère par l'entrecroisement des faisceaux antérieurs de la moelle allongée, dont le droit se rend dans l'hémisphère gauche du cerveau, et dont le gauche se rend dans l'hémisphère droit

Il fait ensuite remarquer qu'il a été conduit à la fois par l'observation clinique et par l'expérimentation, à constater qu'il suffit d'un seul lobe pour présider aux mouvements nécessaires au langage articulé, et, règle générale, le lobe gauche en est chargé, mais le lobe droit n'en est pas moins apte à les régir. En sorte que les personnes qui ont perdu la parole par suite d'une affection au lobe gauche, peuvent la recouvrer à l'aide du lobe droit, mais en faisant comme une espèce d'apprentissage pour arriver à la prononciation régulière des mots, de même que le droitier devrait le faire pour arriver à se servir habilement de sa main gauche ^.

Cette importante observation peut se généraliser à tous les faits analogues qui dépendent des lobes cérébraux.

' BouiLLADD, Comptes rendus de l' Académie des sciences, 1877. ' Ibld.

Les investigations de la science se dirigent actuellement avec ardeur sur les localisations cérébrales , partie de la physiologie qui intéresse tout particulièrement notre sujet.

Dans un récent et brillant rapport sur les localisations dans les maladies du cerveau, M. Vulpian, de l'Institut, après avoir fait remarquer que le problème est posé depuis longtemps, s'exprime ainsi : « C'est à M. Bouillaud que Ton doit la première localisation cérébrale incontestable. A l'aide de faits pathologiques très démonstratifs, il a fait voir que les lésions des lobes antérieurs du cerveau, déterminent des troubles du langage articulé, et il a été conduit ainsi à placer dans ces lobes l'organe législateur de la parole \ »

Il rappelle que cette localisation a pris plus tard un caractère plus précis encore, à la suite des recherches de Dax et de Broca, ce dernier a prouvé que dans l'immense majorité des cas, l'aphasie due à des altérations du cerveau proprement dit, doit être attribuée à des lésions de la troisième circonvolution frontale du côté gauche.

Dans ces derniers temps, les recherches sur l'écorce cérébrale ont pris une haute importance. MM. Fritsch et Hitzig en ont été les initiateurs, dit M. Yulpian, ils ont reconnu, en 1870, que l'excita-

' M. VuLPlAN, de l'Institut, Comptes rendus de r Académie des sciences, 1881, i"' sem.

tion électrique de certaine région de la substance grise corticale du cerveau proprement dit, provoque des mouvements dans des parties déterminées du corps, et que ces mouvements varient comme lieu, et même comme forme, suivant les points de ces régions qui sont excités. C'était là certainement un fait tout nouveau, en pleine contradiction avec les résultats expérimentaux obtenus par Lorry, Lecat, Flourens, Longet, et un grand nombre d'autres physiologistes \

La découverte de MM. Fritsch et Hitzig, fut bientôt confirmée par de nombreux expérimentateurs dans tous les pays, entre autres par Ferrier en France, qui a démontré après eux, qu'en portant l'excitation électrique dans telle ou telle région de Pécorce grise, on déterminait des réactions motrices sur tel ou tel groupe de muscles, isolément; que l'on pouvait ainsi, à volonté, faire mouvoir les yeux, la langue, le cou, etc.

Ces travaux mirent hors de doute un autre fait important, dit M. Vulpian, c'est que la destruction des régions cortico-cérébrales dont l'excitation provoque des mouvements dans des parties déterminées du corps, a pour conséquence une paralysie plus ou moins marquée de ces parties \

M. Vulpian fait ensuite remarquer que les ques-

' Comptes t endus de V Académie des sciences, 1881, l''''sein. 2 Ibld.

lions que l'on peut se faire sur les localisations dont on vient de parler sont assurément encore très litigieuses, mais que la clinique des maladies de l'encéphale a su cependant tirer des faits découverts, des données sûres et importantes : « C'est à M. Charcot, dit-il, que revient incontestablement Thonneur de ce nouveau progrès de la pathologie cérébrale'. »

M. H. M il ne-Edwards apprécie ainsi les résultats obtenus sur les localisations cérébrales qui nous occupent : « Un ensemble de faits, sans être démonstratifs, rendent très probable que la région excitable de l'écorce grise de Tencéphale, se compose d'un nombre considérable de centres excito-moteurs spéciaux, incapables de produire la force excito-motrice, mais nptes à en régler l'emploi, et afin d'éviter les circonlocutions, on pourrait les appeler les ordonnalexirs \ »

Flourens n'ayant aperçu aucune différence dans les effets produits par des ablations partielles, pratiquées sur diverses parties du cerveau proprement dit, il les considéra comme ayant partout les mêmes propriétés. Ces nouvelles études ne sont pas d'accord sur ce point avec les siennes, mais cela n'enlève rien à l'importance de ses autres travaux.

Voici maintenant une autre question, également

' Comptes rendus de V Académie des sentences, 1881, P'' sem. ' H. Milise-Edwards, Leçons de physiologie, t. Mil, F« part., !>. 256-25G.

sur les localisations cérébrales, et qui regarde d'une manière plus spéciale la perception extérieure.

Divers auteurs, Hunter, entre autres, ont observé que les impressions sensorielles pouvaient être en totalité et successivement détruites, lorsque les deux couches optiques étaient mises hors de fonction, et que des catégories isolées d'impressions sensorielles, pouvaient être troublées, par suite d'une lésion locale de ces tissus.

Hanter rapporte la curieuse histoire d'une jeune femme, qui, dans l'espace de trois ans, perdit successivement, l'odorat, la vue, l'audition, la sensibilité, et qui s'éteignit peu à peu, demeurant étrangère à toutes les impressions extérieures. Lorsque l'on fit l'autopsie de son cerveau, l'on constata que les couches optiques seules, étaient envahies par un fongus hématode qui en avait progressivement détruit la substance.

M. Luys qui signale ce fait, et qui a dirigé ses investigations dans ce sens, ajoute : « Nous sommes donc autorisé à dire que les noyaux isolés des couches optiques, sont bien des départements indépendants pour chaque catégorie d'impressions sensorielles, et que la destruction de chacun d'eux peut amener la disparition ou l'altération de la fonction à laquelle chacun d'eux est essentiellement dévolu »

M. Luys professe que les couches optiques, par

' M. Luvs, le Cerveau, p. 32.

leurs noyaux isolés et indépendants, servent de points de condensation à chaque ordre d'impressions sensorielles, qui trouvent, dans leur réseau de cellules, un lieu de passage et de transformation. Il les regarde comme les seules et uniques portes ouvertes par lesquelles passent toutes les incitations du dehors, et les seuls moyens de communication par lesquels le moi peut être en relation avec le monde extérieur.

Il admet donc qu'il y a dans les différentes régions de la substance corticale, des circonscriptions isolées, et affectées d'une façon indépendante, à la réception de telle ou telle catégorie d'impressions sensorielles \

Tel est le résumé des résultats acquis à la science sur le cerveau, et de ceux qui sont actuellement l'objet de ses investigations.

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