‹ Phénomènes nerveux, intellectuels et morauxChapitre 10 sur 25 · LE CERVEAU OU ENCÉPHALE · texte numérisé non relu

LE CERVEAU OU ENCÉPHALE

On appelle cerveau, en général, ou encéphale toute la masse cérébrale qui remplit la cavité du crâne.

La surface du cerveau présente des circonvolutions plus ou moins prononcées (fîg. 2). Si l'on pratique des coupes dans cette masse, on voit qu'elle est composée de deux substances : l'une grise qui forme la couche externe, l'autre blanche qui forme la couche interne (fig. 3).

La physiologie regarde en général la matière grise comme étant le siège de la sensibilité, et la matière blanche celui de la motricité.

La masse cérébrale est un tissu nerveux, composé

non seulement par le concours de tous les nerfs qui se réunissent pour former la mœlle épinière, mais encore de tous les nerfs qui ont leur point de départ dans la tête et dans les parties environnantes, et qui sont appelés nerfs cérébraux ou crâniens. Ainsi, on peut dire que le cerveau n'est qu'une agglomération de filets nerveux, disposés, coordonnés d'une certaine façon.

CERVEAU HUJIAIN :

A, liémisphères cérébraux.

B, cervelet recouvert par les hémisphères.

C, bulbe.

La masse cérébrale est entourée de trois enveloppes qui jouent un rôle important : i" la durc-mere, membrane fibreuse très résistante, tapisse les os du crâne et du canal rachidien ; 2^ la pie-mere, composée de vaisseaux sanguins , elle est destinée à fournir du sang à toutes les parties dont se compose la pulpe cérébrale; 3° V arachnoïde, elle se trouve

entre la dure-mère qui adlière aux os et la pie-mère qui adhère au cerveau; elle est sans cesse lubréfiée par de la sérosité.

Ces enveloppes, qui sont aussi celles de la moelle épinière, ont reçu le nom de méninges.

C'est à Flourens principalement, que nous devons la détermination des fonctions du cerveau ou encéphale. Avant ses belles expériences, on croyait que toutes les parties de l'encéphale servaient aux mêmes fonctions * .

Voici les principaux résultats dont il a doté la science du cerveau.

Flourens a été conduit par ses expériences à séparer le cerveau en général ou t encéphale, en quatre parties principales : la moelle allongée ou bulbe, siège (lu principe premier moteur du mécanisme respiratoire; les tubercules bijunieaux , siège du principe de la vision ; le cervelet, siège de la coordination des mouvements de locomotion; et le cerveau proprement dit, c'est-à-dire les lobes ou hémisphères cérébraux, siège des perceptions et des volitions, en un mot de l'intelligence (lig. 3).

Rappelons d'abord que la moelle allongée est située au miheu de la base du crâne, entre le cerveau et le cervelet; elle est le siège du principe premier moteur du mécanisme respiratoire. Ce mé-

' Flourens, De la vie et de l'Intelligence, V partie.

canisme ne dépend que du point de la moelle al-

COUPE THÉoniQUE DU CERVEAU, MONTRANT LE DÉVELOri'EMBNT DE LA MASSE ENCÉnLALIQUE :

G, commissure postérieure.

H, commissure antérieure.

I , corps striés on lobes olfactifs.

.1, couches optiques.

K, corps calleux, ou commissures externes.

L , substance blanche , ou médullaire.

M, substance grise, ou corticale.

A, cordon médullaire primitif se divisant en trois lames.

B, lame externe, formant les hémi-

sphères.

C, lame moyenne , formant les commis-

sures.

D, lame interne ou centrale.

B, cervelet.

F, tubercules quadri jumeaux.

longée appelé point ou nœud vital; il se trouve à l'endroit de la moelle allongée où les nerfs de la huitième paire prennent leur origine. C'est d'un point qui n'est pas plus gros qu'une tête d'épingle que dépend la vie.

Flourens a également mis en évidence que le nœud vital est double, c'est-à-dire formé de deux parties ou moitiés réunies sur la ligne médiane; elles peuvent se suppléer réciproquement. Pour que la vie cesse, il faut que les deux parties soient coupées et toutes les deux dans la même étendue. On peut percer de part en part la moelle allongée en passant entre les deux moitiés du nœud vital : si les deux moitiés ne sont pas lésées ou ne le sont que très peu, l'animal ne s'en ressent point.

Il est juste de rappeler avec Flourens, que Lorry, en 1748 et Le Gallois en 1812, avaient déjà fait d'importantes observations sur ce sujet.

Les tubercules hijumeaux sont l'origine des nerfs optiques. Si on enlève un tubercule, la vue est perdue de l'œil du côté opposé; la rétine et l'iris sont paralysés : la rétine n'est plus sensible, l'iris n'est plus mobile. On observe, de plus, que l'animal tourne sur lui-même du côté du tubercule enlevé.

Le cervelet est situé à la partie inférieure et postérieure du crâne; en général, il n'a guère que le quart du cerveau.

D'après Flourens, le cervelet est l'organe de la coordination des mouvements. Il préside à l'équili-

bration, à la ré£;ularisation des mouvements divers en un mouvement d'ensemble. Tout à l'heure, cependant, nous ferons une remarque restrictive sur ce point.

L'animal qui a perdu une partie de son cervelet ne peut plus se tenir debout avec aplomb, ni marcher, ni courir avec régularité. Si l'on enlève tout le cervelet, l'animal perd toute faculté de se tenir debout, de marcher, de courir, de voler régulièrement. Cependant, tous les mouvements partiels subsistent; ce qui est perdu, c'est la seule chose à laquelle préside le cervelet, c'est-à-dire l'équilibration , la coordination de tous les mouvements partiels en mouvements d'ensemble, réguliers, déterminés.

Nous devons dire ici que M. Bouillaud, de l'Institut, dans plusieurs mémoires, a fait voir que le rôle du cervelet ne s'étend pas sur tous les mouvements dits coordonnés^ delà locomotion en général, comme l'enseignait Flourens, mais bien sur ceux nécessaires à la marche, à la station et à Véquilibration \

Il y a, en eflet, un grand nombre de mouvements, dont la coordination ne se trouve pas sous la dépendance du cervelet, mais du cerveau; ceux, par exemple qui expriment les pensées, les sentiments, les volitions, tels que la parole : « Comme le cervelet,

' Comptes rendus de l' Jcadémie des sciences, année 1881. I*" semestre.

dit-il, est le siège du principe coordinateur des mouvements de la marche et de divers exercices qui s'y rattachent, ainsi, le cerveau lui-même, sans préjudice de ses autres usages, est le siège des centres coordinateurs des mouvements nécessaires à Texécution d'un grand nombre d'actes intellectuels et de Tacte de la parole en particulier »

Flourens étendait le siège de Téquilibration des mouvements aux canaux semi-circulaires de l'oreille, M. Bouillaud a également démontré par nombre d'observations et de faits, que l'influence directe des canaux semi-circulaires sur Téquilibration des mouvements n'existe pas; qu'ils n'ont, sous ce rapport, qu'une influence indirecte ou sympathique

La partie qui nous intéresse le phis dans notre étude, c'est le cerceau proprement dit , ou les hémisphères cérébraux. Le cerveau proprement dit occupe la plus grandepartie de la cavité du crâne et présente, dans sa partie supérieure, une scissure ou séparation profonde qui le partage en deux moitiés, nommées hémisphères, convexes en dehors et moulées sur le crâne; elles présentent à leur surface des circonvolutions oureplis séparés par des enfoncements, et se contournant en un grand nombre d'ondulations.

La cloison qui se trouve au fond du sillon ou scissure qui sépare les deux hémisphères et les

' Comptes rendus de r Académie des sciences, année 1876, 2* semestre.

^ Ibid., année 1881, l""" semestre.

réunit, forme ce quo Ton appelle le corps calleux,

Fig. 4.

BULBE KACHIDIF.X :

A, faisceau externe du cordon antérieur de la moelle.

B, faisceau interne s'entrecroisant avec celui du côté opposé.

C, éminonce pyramidale antérieure gauche.

C, éminence pyramidale antérieure di-oite enlevée.

D, prolongement des pyramides fonnant les pédoncules cérébraux.

E, fibres annulaires du bulbe coupé.

F, fibres annulaires de la protubérance. 0 0', cminences olivaires.

qui a joué un grand rôle en physiologie. Plusieurs

savants le regardaient comme étant le siège spécial de l'intelligence.

Faisons également remarquer qu'une éminence saillante, partie de l'encéphale assez petite, que l'on nomme jjrotuhérance annulaire (fig. 4), placée audessus et au-devant du commencement de la moelle épinière, embrasse à la manière d'un anneau, les pédoncules du cerveau proprement dit et ceux du cervelet. Cette protubérance sert de lien de communication entre ces parties importantes. C'est à cause de la disposition de ces quatre prolongements qui rappelle celle d'un pont renversé, que la protubérance a été appelée ;)o??^ de Varole, du nom de Varoli qui l'a décrite l'un des premiers.

C'est le cerveau proprement dit (ou les lobes cérébraux) qui est le siège exclusif de l'intelligence. Écoutons Flourens en le résumant.

Si on enlève sur un animal un seul lobe, l'animal perd la vue du côté opposé; mais l'intelligence subsiste, un seul lobe y suffit comme un seul lobe suffit à l'organe de la vision. Si on enlève à un animal les deux lobes cérébraux à la fois, il perd tous les sens : il ne voit, il n'entend plus; il perd tous les instincts : il ne sait plus ni se défendre, ni s'abriter, ni fuir, ni manger; il perd toute intelligence, toute perception , toute volition , toute action spontanée.

Il y a deux moyens de faire perdre la vision par l'encéphale : 1^ par les tubercules, c'est la perte du

Page 1