LES NERFS PROPREMENT DITS
Classification des nerfs. — D'après leurs fonctions générales, les nerfs se divisent en deux grandes catégories : les nerfs sensitifs et les 7ierfs moteurs.
De tout temps on a reconnu que l'animal n'est sensible et fort que par les nerfs; c'est-à-dire que les nerfs sont les organes de la sensibilité et du mouvement.
On a reconnu aussi de tout temps que la sensibilité peut être perdue dans une partie de l'organisation sans que le mouvement le soit, et de même que le mouvement peut cesser de se manifester sans que la sensibilité soit altérée.
Par conséquent, qu'il y a des nerfs sensitifs et des nerfs moteurs.
Mais on n'avait pas distingué les racines spéciales de ces nerfs. Ce n'est que dans le commencement de notre siècle, que Ch. Bell (en 1811), et Magendie (en 1822) ont fait cette importante découverte.
D'après Tordre de leur distribution, on dislingue les nerfs cérébraux et les nerfs spinaux, suivant qu'ils s'implantent soit à la moelle épinière soit au cerveau (fig. 1).
On compte douze paires de nerfs cérébraux; leurs noms indiquent en général leurs fonctions : l''' paire, les nerfs olfactifs; 2'"° les nerfs optiques; 3'"° les nerfs moteurs oculaires communs; 4'"" les pathétiques; 5'"^ les trijumeaux ou trifaciaux; 6'"' les mo-
teurs oculaires externes; 7"'^ les nerfs faciaux; 8"'^ les nerfs auditifs; 9'"^ les nerfs glosso-pharyngiens; 10'"° les pneumo-gastriques; 11"" les nerfs hypoglosses; 12'"" les nerfs spinaux; ces derniers naissent de la moelle épinière, au-dessous du trou occipital et remontent ensuite dans le crâne par ce même trou.
On compte de chaque côté de la moelle épinière, au-dessous du trou occipital, trente et une paires de nerfs y compris les spinaux dont nous venons de parler et qui pénètrent dans le cerveau par le trou occipital.
Ces paires de nerfs rachidiens se distinguent en cervicales, huit paires; en dorsales, douze paires; en lombaires, cinq paires; et en sacrées, six paires. — Ces nerfs mettent le cerveau en rapport avec toutes les parties des membres inférieurs, avec celles du tronc et des membres supérieurs.
En sortant du canal rachidien, les nerfs présentent deux faisceaux ou racines : Tune postérieure, sur laquelle on remarque une espèce de nodosité d'une teinte rougeâtre, à laquelle on donne le nom de ganglion; l'autre antérieure, ne possédant pas ces nodosités ou ganglions. Les fibrilles qui composent la racine postérieure rapportent au cerveau les impressions du dehors; celles qui composent la racine antérieure transmettent la volonté : de là, la dénomination de racine sensitiue et de racine motrice (fig. 5).
Quand on pince les racines postérieures, l'animal
éprouve de la douleur, et quand elles sont coupées, les parties où elles se rendent ont perdu toute sensibilité, mais continuent à se mouvoir. Ces racines ne sont donc que sensibles.
Quand on pince les racines antérieures, pas de douleur, mais mouvement; et quand on les a coupées, les parties où elles se rendent ont perdu toute faculté de se mouvoir, mais elles conservent la sensibilité. Ces racines ne sont donc que motrices.
Il y a donc pour chaque nerf prenant naissance dans la moelle épinière, deux racines^ Tune postérieure pour la sensibilité, l'autre antérieure pour le mouvement.
Les fibres nerveuses de ces deux racines s'unissent, se tissent ensemble, pour ne former qu'un seul nerf qui devient par conséquent tout à la fois sensitif et moteur.
La moelle épinière nous présente donc d'une manière bien évidente et bien régulière la réunion de deux catégories de nerfs : les nerfs de la sensibilité et ceux du mouvement.
Les nerfs cérébraux se divisent également en nerfs sensitifs et en nerfs moteurs : les uns servent d'organes exclusifs à la sensibilité, les autres à la motricité.
Leur origine est également distincte, quoique d'une manière moins régulière et moins évidente que dans les nerfs spinaux : le nerf trijumeau, ou de la cinquième paire, possède comme les nerfs spinaux deux
LE CERVEAU Eï LE SYSTÈME NERVEUX. 53
racines; l'une de ces racines préside au mouvement de la mâchoire inférieure, tandis que l'autre est un nerf sensitif.
D'autres nerfs crâniens sont, au contraire, uniquement moteurs, tel que le nerf facial qui préside au mouvement de la face, région dont la sensibilité dépend du nerf trijumeau. Le grand hypoglosse est également insensible à son origine, et ne devient sensible que par Tadjonction de filaments provenant du plexus cervical formé par les nerfs rachidiens du cou, et par la branche linguale du trijumeau.
Les nerfs de la troisième, de la quatrième et de la sixième paire qui se rendent aux muscles de l'œil, sont également des nerfs moteurs; ils ont chacun une seule racine motrice, mais, pendant leur trajet, ils reçoivent des filets du trijumeau qui leur communiquent des propriétés sensitives. Il en est de même du nerf spinal qui pénètre dans le cerveau par le trou occipital, il ne devient sensible que par l'adjonction de filaments provenant des nerfs cervicaux adjacents.
On distingue également les nerfs de sensibilité particulière, tel que le nerf opt ique, qui n'est sensible qu'aux impressions lumineuses; le ner? acoiisiiquc, qui n'est sensible qu'aux impressions sonores; le nerf olfactif, qui n'est sensible qu'aux impressions odorantes; les nerfs gustatifs , qui ne sont sensibles qu'aux impressions du goût, peut-être aussi à celles du tact. Puis, les nerfs de sensibilité générale,
sensibles aux impressions propres au toucher, au froid, au chaud, aux blessures, etc.
Les nerfs de sensibihté spéciale sont ce que l'on nomme vulgairement insensibles; ainsi, on peut couper, brûler les nerfs optiques, acoustiques, olfactifs, sans qu'aucune douleur ne se produise.
On le voit, les nerfs des sens ont une fonction commune, celle de conduire le mouvement impressionnel au cerveau.
On voit également qu'il y a unité dans le principe de la vie organique : « Sous le rapport de leur prmcipe de vie, dit Flourens, les nerfs et la moelle épinière sont subordonnés à l'encéphale; les nerfs, la moelle épinière et l'encéphale sont subordonnés à la moelle allongée, ou, plus exactement, au point vital et central placé dans la moelle allongée »
C'est à ce point, ajoute-t-il, qu'il faut que toutes les autres parties du système nerveux tiennent, pour que leurs fondions s'exercent. L'unité du système nerveux est prouvé par l'unité même du point d'où dépend la vie.
Le grand sympathique ou système nerveux ganglionnaire.
Ce système est nommé grand sympathique, à
' Flolrens, Psjciiolooie comparer, pari.
cause des relations qu'il établit dans tous les organes. Il présente un double cordon nerveux ou chaîne de ganglions qui s'étendent de chaque côté de la colonne vertébrale, d'une extrémité à l'autre, c'est-àdire de la base du crâne au sommet du sacrum.
Ces centres nerveux, que l'on peut considérer comme des espèces de petits cerveaux automatiques, reçoivent l'influx nerveux et le renvoient aux parties qui sont sous leur dépendance.
Les nerfs du grand sympathique sont fins, très déliéS; extrêmement nombreux et dirigés en tous sens; ils forment des plexus autour des organes de la vie de nutrition, et présentent des points de jonction et des croisements de toutes sortes, établissant des relations sympathiques dans tous les organes.
Certains organes ne reçoivent des nerfs que du cerveau; d'autres que du système ganglionnaire; d'autres encore reçoivent des nerfs de l'un et de l'autre système.
Cette distinction est importante puisque les organes qui ne reçoivent des nerfs que du système ganglionnaire peuvent être affectés sans que le moi en soit prévenu. Il en est autrement des autres.
D'après le docteur Auzoux, qui a fait une étude toute spéciale de cette distribution des nerfs, on peut diviser les organes en trois séries : 1° Les organes soumis à l'influence du système ganglionnaire ou du grand sympathique : le cœur, les vésicules pulmonaires, la partie moyenne du tube intestinal.
le foie, la vésicule biliaire , la rate, le pancréas, le rein, etc.; 2" Les organes mixtes : le larynx, le pharynx, l'œsophage, l'estomac, le rectum, la vessie; 3° Les organes soumis à l'influence du cerveau : tous les muscles du tronc , et des membres \
Bien que le grand sympatliique possède une action propre, indépendante de la volonté, il est cependant relié avec Taxe cérébro-spinal; il communique, au niveau des trous de conjugaison, avec le tronc des nerfs rachidiens, au moyen de filets d'union qui se détachent de ceux-ci et de Tune et de l'autre racine, par une foule d'anastomoses nerveuses. Ses relations ne sont pas moins intimes avec l'encéphale.
D'ailleurs dans la distinction des organes que nous exposons, nous n'entendons nullement faire une distinction d'être et de substance, rien ne s'opposant à ce que ces organes reçoivent l'influence d'une seule et même force. — Il est évident qu'une seule et même force peut agir diversement par des organes divers.; on le constate tous les jours.
Éléments nerveux. — Un nerf est composé de fibres
' Adzoux, Leçons d'anatomie et de physiologie. L'éminent et ingénieux inventeur de Vanatomic élastique, qui rend de si grands services aux études anatomiques et pliysiologiques, a été l'un de nos maîtres les plus
qui se réunissent pour former des cordons nerveux et des troncs.
Les fibres sensibles et les fibres motrices sont mêlées entre elles de manière que l'œil ne peut les distinguer; elles forment ainsi unies un nerf mixte, c'est-à-dire à la fois sensible et moteur.
Les unes servent à la transmission centripète des impressions sensitives, c'est-à-dire à la conductibilité des impressions au cerveau ; les autres à la transmission centrifuge , c'est-à-dire à la transmission des incitations motrices à la périphérie, à l'extérieur.
La physiologie et l'anatomie sont impuissantes à distinguer dans le tronc d'un de ces nerfs mixtes, dont nous venons de parler, les fibres élémentaires sensitives des fibres élémentaires motrices. Mais ces fibres, qui sont entremêlées d'une manière inextricable dans le nerf mixte, sont séparées entre elles à leurs racines, avant leur point de jonction.
Chacune des fibres dont se compose un nerf, examinée au microscope, paraît composée de trois couches : 1" Au centre, on trouve une matière molle, pulpeuse, grisâtre, que l'on appelle le filament central, ou le cylindraxe. C'est la partie essentielle delà fibrille; il a été découvert par Remak, en 1838. — 2" A l'extérieur, une gaine membraneuse, résistante
sympathiques; nous nous souviendrons toujours de son affectueuse bienveillance. Les figures que nous donnons ici font partie de sa belle collection. Nous les devons à l'obligeance de M. le docteur Montaudon, son gendre et son digne successeur.
que l'on nomme névrilene. — 3° Entre le névrilène et le cylindraxe , une couche assez semblable à la pulpe cérébrale que l'on nomme moelle nerveuse ou miéliîie; elle sert à isoler le cylindraxe.
On distingue donc de l'extérieur à l'intérieur de la fibre nerveuse : l'enveloppe ou ncvrilene, la miéline et le cylindraxe.
La partie essentielle de la fibre nerveuse est le cylindraxe ; les deux autres parties qui servent à la protéger et à faire l'office d'isolateur en s'opposant à la diffusion latérale de la force nerveuse, peuvent disparaître plus ou moins, et même complètement, comme cela a lieu dans la moelle épinière oii ces fibres nerveuses plongent : le névrilène disparaît, la matière grise se sépare de la matière blanche.
On appelle ganglions des espèces de petits nœuds, de forme, de volume et de consistance variables qui se trouvent sur le trajet des nerfs ou des vaisseaux lymphatiques, etc. ; ils résultent d'un entrelacement des filets nerveux unis entre eux par du tissu cellulaire.
Les cellules nerveuses sont les éléments caractéristiques des parties centrales du système; elles existent dans la substance grise de l'axe cérébro-spinal, dans les ganglions des nerfs céphalo-rachidiens et dans les ganglions du grand-sympathique. D'après Longet, elles se composent : 1° d'wne enveloppe, dont la présence est démontrable pour les unes (cellules des ganglions), et douteuse pour les autres (cellules
de l'axe cérébro-spinal) ; 2" d'un contenu finement granuleux où se trouve un noyau pourvu d'un nucléole, et parfois de deux ou trois
Les cellules donnent naissance au tube nerveux, et Ton pense que le nucléole est le point de départ du cylindraxe ; c'est à une certaine distance de la cellule qu'on le voit se couvrir de miéline
Ainsi les études anatomiques et physiologiques les plus récentes démontrent, à l'aide de forts grossissements , que la cellule nerveuse, que l'on considérait comme une unité irréductible, devient ellemême divisible en éléments secondaires; le reticulum qui réunit entre elles toutes les cellules nerveuses de l'écorce cérébrale est d'une délicatesse telle, qu'à un grossissement de 286 diamètres, les fibres qui le constituent ont l'apparence d'un cheveu. Cependant (( les cellules de la substance corticale ont été parfaitement décrites par Malpighi, dès l'année 1687, et, chose étrange, laissées dans l'oubli par la plupart des anatomistes intermédiaires. Ce n'est qu'à notre époque qu'elles ont été particulièrement mises en lumière''. » *
Relativementà l'emploi du motcellule, M. H. Milne Edwards fait une observation que nous devons rapporter : « Aujourd'hui, dit-il, la plupart des physiologistes substituent au mot organite le mot cellule,
' LoNGET, Traité Je physiologie, t. III, Système nerveux. ' Ibid.
^ hvYS, le Cen-eau, l'^'iiart.
mais cette dernière expression est mauvaise, car elle implique l'idée d'une cavité circonscrite par des pa-
Fig. fi.