ORGANISATION MUSCULAIRE
A, faisceau.
B, fibres musculaires.
C, teudon.
rois, et, dans un grand nombre de cas, les organites en question sont des glumérules ou agrégats de ma-
tière vivante n'offrant ni cavité centrale, ni membrane délimitante ^ »
Les nerfs agissent directement sur les muscles, organes fibreux qui, sous l'intluence du système nerveux, sont susceptibles de se dilater, de se contracter, de s'étendre, de se raccourcir, etc., et de se prêter ainsi au fonctionnement de la vie (fig. 6).
Une partie des fibres qui les composent sont lisses, les autres sont striées en travers et comme articulées, ce qui facilite leur action sur les os et les organes divers avec lesquels ils sont en relation.
Les nerfs remplissent donc le rôle de conducteur de la force excito-molrke, développée soit dans les ganglions des animaux invertébrés, soit dans l'axe cérébro-spinal des vertébrés.
' H. MiLîfE Edwards, Leçons de physiologie, t. XIV, 1"^* part.
Activité propre du système nerveux.
Névrilité; sensibilité; motricité; innervation; nature du mouvement nerveux ; inlluence des idées régnantes de la pliysique sur la physiologie. — Comment s'exécutent les mouvements nerveux; mouvement centripète et centrifuge; cellules excito-raotrices ; conditions pour que les impressions soient perçues par le moi; nature de la volonté; mouvement réflexe, automatique, volontaire, conscient, inconscient. — Siège des mouvements volontaires et des mouvements automatiques. — Vitesse des courants nerveux. — Transmission des excitations dans les nerfs de la sensibilité.
L'élément vivant du nerf est désigné par l'expression de névrite. Chaque névrite semble être le siège d'un développement de force électrique. On appelle névrilité la force déployée par le système nerveux en général ; sensibilité la force par laquelle il reçoit et transmet l'impression; et motricité la faculté de déterminer l'action musculaire. On donne également le nom d'innervation à la décharge spontanée des névrites.
On a constaté que les muscles et les nerfs, à l'état
vivant, sont le siège de courants électriques qui leur appartiennent en propre; ces courants sont développés par les réactions chimiques auxquelles les manifestations de toute force nerveuse sont liées, mais la plupart des phénomènes déterminés par la force nerveuse ne sauraient être expliqués par l'intervention de ce courant. Les observateurs sont loin d'ailleurs de s'accorder entre eux sur beaucoup de points, d'une haute importance, pour la théorie des actions nerveuses.
Le mouvement nerveux ne paraît pas uniforme; peut-être a-t-il divers modes, comme la lumière, la chaleur, le magnétisme, l'électricité, etc., suivant la nature des phénomènes.
Nous croyons que M. H. Milne Edwards résume l'opinion généralement admise lorsqu'il dit que dans l'état actuel de nos connaissances, les conjectures que l'on se hasarde à former au sujet de la nature de l'action nerveuse ne peuvent être que très vagues. Cependant il lui paraît présumable que la force déployée par le nerf consiste comme la lumière, la chaleur, l'électricité, en un mouvement moléculaire dont seraient animées les particules constituantes de la substance nerveuse. Cette opinion est loin d'être nouvelle, mais elle a subi successivement diverses modifications : « Ce seraient ces mouvements d'une nature particulière, qui, se communiquant de proche en proche à ces molécules, constitueraient ce que l'on appelle communément un courant nerveux, et ils
seraient jusqu'à un certain point comparables aux vibrations sonores qui se propagent dans les corps élastiques, ou mieux encore aux ondulations de la substance hypothétique appelée éther par les physiciens, et considérée par ceux-ci comme étant la cause des phénomènes lumineux; ou bien encore aux mouvements d'une vitesse encore plus grande, et d'un autre caractère, dont paraissent dépendre les phénomènes électriques »
M. Marey, de l'Institut, dans son savant ouvrage sur la Machine animale , fait également remarquer que nous ne savons rien de précis sur ce mouvement : « Lorsque l'on excite un nerf par un agent électrique, dit-il, ce n'est pas l'électricité employée qui chemine jusqu'au muscle qui réagit. La secousse se produit également bien lorsque l'on se met à Tabri de toute propagation de l'électricité le long du nerf; elle se montre également quand on emploie des excitants d'une tout autre nature ; le pincement ou la pression par exemple. Ainsi, l'excitant employé ne fait que provoquer dans le nerf le transport de l'agent qui est propre à cet organe. Cet agent nerveux n'est-il lui-même que de l'électricité.^ Malgré les beaux travaux des physiologistes allemands, et en particuliers de ceux de M. du Bois Reymond, la science n'est pas encore fixée sur ce sujet ^. »
Nous pensons que ces mouvements peuvent varier
' H. MiLNE Edwards, Leçons de pliysiol.,\.. XIII, 1^- part.
2 J. Marey, de l'Institut, la Machine animale, liv. P'", chap. V.
de mode, suivant la nature des impressions et des organes qu'ils parcourent, de môme que le mode de mouvement varie dans les agents physiques. On sait d'ailleurs que les nerfs sensoriels ne sont excitables que par certains mouvements déterminés, spéciaux, et qu'ils restent indifférents aux autres stimulants.
Le passage suivant vient à l'appui de cette manière de voir : « Les forces mécaniques, physiques ou chimiques aptes à mettre en jeu les propriétés physiologiques des nerfs, paraissent consister en mouvements vibratoires susceptibles de se transformer les uns dans les autres; les changements dans Tétat moléculaire du tissu vivant, excités par elles, paraissent consister aussi en mouvements vibratoires imprimés à ces molécules ' . »
Quoi qu'il en soit de la nature de ce mouvement, ce qui est certain, c'est que ce mouvement existe, car on ne peut aller d'un point à un autre que par le mouvement, et les impressions sensorielles ne peuvent se manifester de la périphérie au cerveau que par le mouvement; cela suffit, croyons-nous, pour que nous puissions nous rendre compte d'une manière satisfaisante du principe c?e la transmission et de la transformation du mouvement expressif.
Bien que la science laisse encore beaucoup à dé-
' H. MiLNE Edwards, Leçons de physiologie, t. XIII, 1'° part.
sirer, les idées étaient bien autrement obscures, jusqu'à ces derniers temps, sur le mode d'action des agents impressionnels extérieurs, et sur celui du système nerveux.
Nous le faisions remarquer de la manière suivante dans deux mémoires que nous avons eu l'honneur de lire, l'un à l'Académie des sciences l'autre à l'Académie des sciences morales et politiques " :
Il y a quelques années, il aurait été impossible, il me semble, de formuler ce principe d'une manière complète. Les sciences n'étaient pas assez avancées pour cela. Ainsi, par exemple, la théorie de l'ondulation pour la lumière n'était pas suffisamment établie, et la théorie de l'émission avait encore de nombreux adhérents : des hommes aussi célèbres que Laplace et Malus, morts, l'un en 1812, l'autre en 1827, et Biot et Brewster, qui furent nos contemporains, professaient encore la théorie de l'émission qui est aujourd'hui complètement abandonnée, la théorie de l'ondulation étant établie scientifiquement. On n'était guère plus avancé pour la cause réelle de plusieurs autres faits qui rentrent dans notre sujet, et avant que la théorie de la transformation des forces qui est également récente fût admise dans
' Académie des sciences, séance du l i avril 1879, loi de propagation des affections et des phénomènes nerveux .
' Mémoire inséré dans le Recueil des travaux et séances de V Académie des sciences morales et politiques, numéro de janvier 1880 {Du mouvement psychique et du mouvement expressif).
les sciences physiques, les savants n'osaient trop s'aventurer dans la voie suivie aiijourd'liui.
Les sciences physiologiques laissaient également beaucoup à désirer sous ce rapport; le siège principal des facultés instinctives et intellectuelles n'était pas sulFisamment déterminé, non plus que le rôle simultané des mouvements cérébraux qui accompagnent les manifestations de ces facultés.
IMais aujourd'hui, toutes ces données de la science sont suffisamment élaborées pour nous permettre, avec toute la rigueur de la plus sévère logique, la générahsation qui nous a permis de formuler la loi de transmission et de transformation du mouvement expressif dans des milieux divers; loi dont nous nous proposons de développer les conséquences.
Les idées régnantes en physique ont toujours exercé beaucoup d'influence sur les physiologistes, fait remarquer M. H. Milne Edwards : «Ainsi, de ce que les physiciens matérialisaient par la pensée la cause des effets dus à la lumière ou à la chaleur, et en attribuaient la propagation à la progression d*un fluide impondérable qui émanerait d'un corps éclairant ou d'un corps chaud et s'avancerait au loin dans l'espace, beaucoup de physiologistes se représentaient la puissance nerveuse comme étant un fluide subtil comparable à une de ces vapeurs, désignées par les chimistes sous le nom d'esprit, qui se dégagerait du cerveau ou de quelque autre foyer analogue, et coulerait dans des tubes constitués par les nerfs.
Ils appelaient cet agent fluide nerveux ou esprits animaux. Mais depuis que la théorie de l'émission a fait place à la théorie de l'oscillation, on s'est aperçu de l'incompatibilité de l'hypothèse d'un fluide nerveux avec div^ers faits l)iologiques, et on a dû chercher une autre représentation idéale de la cause des phénomènes vitaux de cet ordre K »
Ainsi, les anciens physiologistes aussi bien que les philosophes, et Descartes lui-même, désignaient, par l'expression cV esprits animaux, la force déployée par le système nerveux; les savants modernes lui ont substitué celle de force nerveuse^ d'agent nerveux, de vibrations nerveuses, de névrilité, etc.
Lorsque nos organes sont impressionnés par un agent quelconque, si Timpression est suffisamment forte, on la perçoit.
Pour aller de la périphérie au cerveau, il faut qu'un mouvement se produise au point de l'impression, et soit conduit au cerveau par des fibres nerveuses, car on ne peut aller d'un point à un autre que par le mouvement.
Jusqu'à quel point du cerveau ce mouvement est-
^ Leçons de plipiol., t. XIII, 1'" part.
il conduit, à quel point du cerveau prodnit-il la perception et la sensation, c'est-à-dire se révèle-t-il au moi?
La science n'a pu encore déterminer ce point.
Mais on sait que c'est dans et par le cerveau que nous percevons et sentons, nous l'avons établi précédemment. Si ce point était nettement déterminé, la science serait plus satisfaite, il est vrai, mais cela n'apporterait pas de lumière nouvelle importante sur la perception, la sensation, etc., ainsi que sur la loi par laquelle s'opèrent ces phénomènes, et que Ton peut, croyons-nous, établir dès maintenant d'une manière rigoureuse.
Lorsque la sensation et la perception ont lieu, un mouvement de retour se produit qui va du cerveau à l'extérieur et se manifeste sur notre physionomie, dans nos regards, dans nos gestes, dans notre attitude, etc.
Ainsi, dans le fait qui nous occupe, il y a : i° Un courant nerveux qui va de la périphérie, de la partie impressionnée au cerveau. C'est le mouvement centripète. 2° Les fibres nerveuses qui conduisent le mouvement centripète correspondent avec des cellules qui ont la propriété de faire changer ce mouvement de direction, et de centripète le rendre centrifuge, et même de le renforcer. Ces cellules sont appelées excito-motrices.
Ce mouvement centrifuge est donc déterminé ici d'une manière automatique, car il se produit nalu-
rellement, et aussi bien chez les animaux que chez l'homme.
Cependant, l'homme peut, par sa volonté, arrêter, ou renfoncer, ou neutraliser plus ou moins ce mouvement centrifuge, et l'empêcher ainsi, au moins en partie, de parcourir sa route jusqu'à la périphérie, et, par conséquent, empêcher plus ou moins ce que l'on appelle Vexprcssion de paraître sur sa physionomie, dans ses gestes, son attitude, sa voix, etc.
On voit par conséquent que, dans le système nerveux, il peut se manifester des forces et des mouvements divers, dont il importe de se rendre compte.
Le passage suivant vient à l'appui de ce que nous venons de dire : « les impressions sensitives ou ébranlements nerveux centripètes dont résultent les sensations doivent donc arriver à l'encéphale pour être perçues par le moi, et la force excito-motrice qui, en conséquence d'une sensation, détermine la mise en jeu de l'un quelconque des foyers d'innervation excito-motrice, doit avoir sa source dans cette partie céphalique; or, les faits prouvent qu'il en est ainsi \ »
Le même physiologiste caractérise ainsi la fonction des cellules excito-motrices : «... La cellule excitomotrice paraît être un producteur de puissance nerveuse et intervenir ici, non pas d'une manière pas-
1 H. MiLNE Edwards, Leçons de physiologie, t, XIII, p, 102,
CHAPITRi: IV.
sive, comme le ferait im réflecteur^ mais activement, en accélérant son travail pliysiologique sur l'influence stimulante de l'ébranlement sensitif. »
La volonté est une puissance qui se manifeste par le. système nerveux; elle peut mettre en jeu et diriger les mouvements, elle peut disposer de la force qui se trouve dans l'organisation, mais elle n'en crée pas.
Elle peut, disons-nous, disposer de la force nerveuse emmagasinée dans l'organisation, et, dans son ardeur, épuiser les centres nerveux jusqu'à extinction; mais elle ne peut, par elle-même, reproduire cette force. En d'autres termes, la volonté ne crée pas le mouvement, mais elle peut le mettre en jeu et le diriger. Une observation attentive sur soi rend ce fait évident.
La volonté n'est pas un phénomène automatique; elle a l'initiative de ses actes; elle peut même plus ou moins résister aux mouvements automatiques qui tendent à l'entraîner; elle peut plus ou moins les neutraliser ou les développer; elle peut même plus ou moins résister aux mouvements cen-
' H. Milne-EdwARDS, Leçons de physiologie, t. Mil, p. 127.
tripètes qui produisent la sensation et la perception, ou les développer.
Nous nous rappelons que M. le baron Larrey, fils, de l'Institut, en félicitant le docteur Jolly de son beau travail sur la volonté considérée comme puissance morale et comme moyen thérapeutique, lu à l'Académie de médecine, prit la liberté de lui signaler comme complément de cette étude, quelques recherches à faire sur Tinfluence d'une volonté forte et soutenue, pour diminuer et presque annihiler la douleur dans les opérations chirurgicales
Personne n'a été mieux, à même d'étudier ce sujet que le célèbre académicien , autorisé par sa longue expérience des hôpitaux, et son opinion sur ce point nous paraît une preuve décisive à l'appui de nos idées.
Ces idées sont en parfait accord avec ce que nous enseignent les maîtres les plus éminents en physiologie : «... Notre volonté est une cause première d'action, non un phénomène automatique, une conséquence nécessaire d'une impression nerveuse venant de l'extérieur, ou d'une partie de notre organisme autre que celle où la volition s'exerce ^. »
« Il y a d'ailleurs des cas dans lesquels nous voyons la force excito-motrice développée par les impressions sensitives, et tendant à déterminer par voie réflexe des mouvements automatiques, être en opposition avec les mouvements de la volonté, et
' Séance de l'Académie nationale' de médecine du 28 septembre 1875. ^ H. MiLNE Edwards, Leçons de physiologie, t. XIII, V'' part.
une sorte de lutte s'établir entre ces deux puissances vitales \ »
Ces cas se rencontrent en effet à chaque instant. L'éternument, par exemple, est un mouvement involontaire automatique, analogue aux mouvements réflexes inconscients. Lorsque l'excitation de laquelle il dépend est intense, la volonté est impuissante à le retenir, mais lorsque l'excitation est moins forte, on peut souvent, par un acte de la volonté, l'empêcher de se produire; la lutte qui s'établit entre ces puissances contraires est évidente ; il en est de même pour le bâillement, etc.
Lorsqu'un membre est atteint par une affection douloureuse subite, telle qu'une brûlure, une piqûre, etc., il se contracte et se retire brusquement, par une impulsion irréfléchie, instinctive; par un mouvement réflexe automatique. Cependant, si l'on subit avec réflexion une opération douloureuse, le même mouvement réflexe automatique tendra à se produire, mais on pourra, par la force de la volonté, le retenir, le neutraliser plus ou moins, si ce n'est complètement.
Il y a donc là une lutte évidente entre le mouvement automatique et le mouvement volontaire. Cela nous fait bien voir que notre volonté est une cause première d'action, et non un phénomène automatique, ou une conséquence nécessaire d'une împres-
' H. Milne-Edwaiu)S, Leçons de physiologie^ t. XIII.