CHAPITRE IV
TRIOMPHE DE L'ART ATHÉNIEN APRÈS 4b O LE RÔLE DE PÉRICLÈS
Athènes, pour la période 480-450. ni les ruines connues de nous, ni les textes anciens ne laissent supposer l'existence d'aucune grande construction décorée de sculptures, analogue aux édifices d'^Egine ou d'Olympie. Un luxe de ce genre était momentanément interdit aux habitants de l'Attique. Ruinés par l'invasion perse, ils avaient d'abord à rebâtir leurs maisons et leurs remparts dont il ne restait pas pierre sur pierre, à reconstituer dans la campagne leurs plants d'arbres, tous brûlés ou coupés au pied ; et ils avaient aussi la charge de continuer sur mer, avec leurs alliés de la Ligue maritime, la lutte contre le Barbare. Durant une trentaine d'années, cependant que leur puissance militaire et leur influence politique ne cessaient de croître , ils furent contraints de différer le trop coûteux embellissement qu'ils rêvaient pour leur ville ; et sans doute, plus d'un Athénien, après avoir contemplé ailleurs les temples nouveaux et leurs frontons
LES MAITRES DE L'ART
de marbre, éprouvait un crève-cœur au retour, quand il revoyait l'Acropole pareille à un piédestal vide : mais Périclès devait dédommager ses concitoyens de telles amertumes et procurer à l'orgueil national la plus magnifique réparation.
Nul chef d'État, jamais, n'a mieux mérité de l'art que Périclès ; nul n'a fait davantage, avec une vue plus claire et une volonté plus ferme, pour assurer à sa patrie l'éternel prestige que confèrent les grandes créations de beauté. Sans Périclès, l'architecture et la sculpture athéniennes n'eussent pas brillé au v° siècle d'un si incomparable éclat ; sans lui, les plus nobles des artistes athéniens n'auraient point pu donner la mesure de leur génie. Aussi, lorsqu'après avoir admiré sur l'Acropole ce que Renan appelait « l'idéal cristallisé en marbre pentélique », l'admiration fait place en nous à la reconnaissance pour ces hommes qui ont tant honoré l'humanité, c'est à Périclès le premier que doit s'adresser notre sentiment de gratitude.
Et d'abord, par lui furent réalisées les deux conditions préliminaires de la vaste entreprise : longue période d'une paix quasi complète et abondantes ressources en argent. L'an 449, en effet, Périclès arrêtait les hostilités avec la Perse, et il avait auparavant su retirer de Délos la caisse de la Ligue maritime, riche de plus de 5. 000 talents (une trentaine de millions, équivalant à environ 240 d'aujourd'hui). Ainsi Athènes, heureuse et triomphante, pouvait
FiG