Phidias
Aucun nom, dans l'histoire de l'art, n'est entouré d'un prestige aussi glorieux que celui de Phidias; il éveille l'idée de la perfection réalisée à une époque privilégiée entre toutes. Mais si nous vouons au grand sculpteur d'Athènes une sorte de respect instinctif, combien son œuvre nous est imparfaitement connue! L'histoire de sa vie présente les plus grandes obscurités, et les rares témoignages anciens qui s'y rapportent offrent matière à discussion. Quelques descriptions et des copies plus ou moins fidèles nous renseignent seules sur ces statues où l'antiquité reconnaissait le génie d'un maître; nous recueillons dans les auteurs anciens l'expression d'une admiration qui rend notre curiosité plus exigeante,
sans la satisfaire. Nous pouvons, il est vrai, saluer dans les marbres du Parthénon une imposante manifestation du génie de Phidias, et le temps n'est plus où ils excitaient, comme au commencement de ce siècle, un étonneraient mêlé d'hésitation. Mais si la pensée de Phidias n'est pas restée étrangère à la conception de ce vaste ensemble, nous savons aussi qu'il faut faire la part de ses disciples. Reconnaître partout la main toujours présente du maître serait aussi paradoxal que de se refuser à croire que l'auteur de la Parthénos y ait mis l'empreinte de son style. L'œuvre de Phidias ne se laisse donc pas aborder directement, avec ce sentiment de pleine sécurité que nous éprouvons en étudiant, dans des ouvrages incontestés, un artiste de la Renaissance. La critique doit éclairer et guider l'admiration, pour la rendre plus juste et plus sincère.
Un tel travail a été souvent entrepris. Dans de savants ouvrages, Otfried Millier, Beulé, MM. de Ronchaud, Michaelis et Petersen, — pour ne citer que quelques noms, — ont soumis à une critique minutieuse les textes et les monuments, et se sont attachés à en dégager les caractères de l'art de Phidias. Tout récemment, M. Ch. Waldstein a réuni, dans un intéressant volume, une série d'études consacrées à l'œuvre du maître athénien. En écrivant le présent essai, nous n'avons pas eu la prétention de renouveler un si vaste sujet, ni d'épuiser toutes les questions qu'il comporte. Nous nous sommes proposé de mettre à profit les recherches que l'érudition contemporaine ne cesse de poursuivre sur la période la plus brillante de l'art grec, et sur l'artiste qui la représente avec le plus d'éclat; nous nous sommes borné à exposer les résultais qui paraissent acquis. Sans faire une part trop grande aux controverses archéologiques et à l'appareil scientifique, nous avons cité les travaux et les documents essentiels, et mis le lecteur à même de contrôler nos propres assertions.