‹ PhidiasChapitre 24 sur 56 · Mémoires, p · texte numérisé non relu

Mémoires, p

figures, exige ici un mouvement contraire, et nous croyons que la figure originale, déjà perdue au temps de Garrey, se dirigeait vers la droite. Nous réserverons donc, pour le fronton occidental, le torse du Musée Britannique.

Au groupe de Déméter et de Goré, et à la figure couchée d'Héraclès répondent trois statues de femmes, longtemps appelées les Parques, sur la foi de Visconti, de Brôndsted et de Cockerell, pour ne citer que quelques noms. M. de Ronchaud y reconnaît, au contraire, des divinités marines, tandis que M. Michaelis propose les noms de Pandrose, de Thallo et de Karpo, et M. Petersen ceux de Hestia, d'Aphrodite et de Peitho. Une telle divergence d'opinions est bien faite pour enseigner la prudence, et elle montre que, ici encore, nous sommes sur le terrain, toujours dangereux, des hypothèses. Au risque d'ajouter une conjecture de plus à toutes celles qui ont été émises, nous proposerons les noms de Thallo, d'Auxo et de Karpo, les trois Kharites attiques déesses chères à Athènes, et dont la présence sur le fronton oriental s'expliquerait facilement : leur nombre, le caractère juvénile et gracieux que leur prêtent les poètes, n'est pas en désaccord avec la nature des statues qui nous occupent. La figure la plus rapprochée du centre est assise isolément ; la tête est brisée, mais le dessin de Carrey montre qu'elle était légèrement tournée vers la gauche; le bras droit abaissé et ramené vers la poitrine tenait peut-être un sceptre. Ses deux compagnes forment, au contraire, un groupe étroitement lié. La première est assise sur un siège très bas, et le mouvement du bras droit, que reproduit le dessin de Carrey, montre qu'elle ramenait vers sa tête les plis de son himation; le buste un peu incliné en avant, elle regardait la déesse accoudée sur ses genoux. Cette dernière, nonchalamment étendue sur une sorte de siège allongé dont on ne devine pas la forme, semble s'abandonner aux caresses de sa compagne ; la main droite tenait un objet difficile à déterminer, peut-être une fleur, qui conviendrait assez bien à l'une des Kharites, souvent assimilées aux Heures, « déesses printanières, dit un poète grec, vêtues de peplos fleuris et humides de rosée ».

r. Sur les noms des Kharites athéniennes, voir C. Robert, De Gratiis atticis. On sait d'ailleurs que les Kharites étaient l'objet d'un culte à l'Acropole. (Furtwaengler, Mittheilungen des deutscli. arch. Inst., t. III, p. 184.) Elles figurent parmi les divinités que les éphèbes athéniens prenaient à témoins dans leur serment solennel. (Albert Dumont, Essai sur VEphébie attique, t. I, p. 9.)

Le costume des trois divinités n'a pas le caractère sévère de l'ajustement de Déméter et de Coré. Avec le manteau, elles portent une tunique d'étoffe légère, dont les manches courtes et amples s'agrafent sur l'épaule ; mais, en dépit de l'uniformité des costumes, quelle variété le sculpteur a su y introduire, et comme ces nuances sont d'accord avec les attitudes ! La figure isolée a une dignité tranquille sous son manteau correctement drapé; rien, au contraire, dit avec raison M. de Ronchaud, « n'égale le charme voluptueux » de la déesse à demi couchée, que sa compagne, le bras passé autour de son buste, soutient avec une sollicitude presque maternelle. Sa tunique, négligemment retenue autour de la taille par une ceinture trop lâche, a glissé sur le bras droit, et laisse à découvert l'épaule et la naissance de la gorge; la fine étoffe de laine forme sur la poitrine et sur le torse de petits plis qui ondoient à l'infini, et sous lesquels s'accusent les contours du corps, mollement étendu dans une pose pleine d'abandon. Grâce à un contraste savamment calculé, les plis du manteau, enroulé autour des jambes, soutiennent l'ensemble par un dessin plus large et plus simple. A voir le soin curieux avec lequel le sculpteur a refouillé le marbre, et la facture presque raffinée dont témoignent les draperies, on serait tenté d'oublier que ces statues étaient destinées à un fronton. Bien que, à une telle hauteur, les délicatesses du travail dussent échapper à l'œil du spectateur, l'œuvre est mise au point avec une conscience scrupuleuse : comme on est loin de l'exécution fiévreuse et hâtive du fronton occidental d'Olympie !

Le dernier groupe est celui de Séléné et de ses chevaux; il occupait l'angle du tympan. Le buste de Séléné, qui était vue à mi-corps 4, a été retrouvé seulement en 1840, en avant de la façade orientale du temple, et il est conservé à Athènes. Quant aux têtes des chevaux, une seule, celle du Musée Britannique, est parvenue jusqu'à nous, car l'informe fragment encore en place au Parthénon mérite à peine d'être signalé.

La belle tête de cheval du Musée Britannique montre que la monture de Séléné s'enfonçait dans la mer avec une allure beaucoup plus calme que l'attelage d'Hélios; mais si elle n'offre pas l'expression fougueuse des chevaux du soleil, elle n'en reste pas moins un des morceaux de maîtrise du fronton oriental. Avec son sentiment si vif de l'antique,

1. Il est probable que Séléné, dans la conception de Phidias, était assise sur la croupe de son cheval, et non pas debout dans un char. Cf. Friedcrichs-Wol'crs :

Die Gips.ibgHsse antiksr Bildwerke, p. z56.

Gœthe l'admirait jusqu'à l'enthousiasme : « Le sculpteur, disait-il, a véritablement créé un cheval idéal [ein Urpferd) 4. » Le peintre B. R. Haydon, qui fut un des premiers à proclamer la beauté des marbres apportés par lord Elgin, ne l'appréciait pas moins. Il consacra tout un mémoire à en démontrer la supériorité, en la com-

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