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Hymne homérique, XXVIII

3. Ces vases ont été étudiés par M. O. Benndorf : Annali dell'Instituto di corr. archeologica, 1 865. La Nascita di Minerva.

4. Monuments de l'art antiq :e, ire livraison, notice sur Déméter et Coré.

4o LES ARTISTES CÉLÈBRES

du torse semble montrer que Je dieu, les bras levés, brandit sa hache et s'apprête à frapper. Phidias avait-il donc choisi le moment qui précède immédiatement la naissance d'Athéna ? et faut-il se représenter, au milieu du fronton, Zeus assis sur son trône, à droite, Héphaistos levant sa hache, et, de chaque côté, des divinités, parmi lesquelles figurerait Ilithye, la déesse qui préside aux naissances? Cette conjecture est fort séduisante. Ainsi conçue, la scène offrirait un puissant intérêt dramatique, qui se concentrerait sur le groupe central ; le contraste pourrait être saisissant entre l'expression attentive des dieux les plus rapprochés du centre du fronton et l'attitude tranquille des divinités qui, placées aux deux extrémités delà composition, semblent encore ignorer l'événement. Enfin, — et c'est l'hypothèse à laquelle nous nous arrêtons — il est possible que Phidias eût choisi le moment où la déesse déjà née, debout auprès de Zeus, et revêtue de ses armes, s'offre aux regards des Immortels '. Le geste d'Héphaistos serait dès lors celui de la stupeur, le dieu restant confondu du merveilleux effet de son coup de hache. Il est d'ailleurs naturel de penser que, dans la scène de la Naissance d'Athéna, Phidias n'avait pas omis le principal personnage, et ainsi s'explique l'idée dominante de la composition. Comme dans la tradition poétique, les Olympiens sont saisis d'étonnement à la vue d'un prodige inouï.

Il serait téméraire d'insister sur une restitution dont les principaux éléments font défaut. Nous n'examinerons pas non plus les diverses conjectures proposées pour déterminer les noms des figures conservées2; sans fatiguer l'attention du lecteur par des discussions minutieuses, nous adopterons les noms qui nous paraissent les plus justes.

Des dix-neuf figures que comportait sans doute le fronton oriental, onze seulement, plus ou moins mutilées, sont parvenues jusqu'à nous;

Cf. Brunn, Die Bildwerke des Parthenon. (Berichte der bayer. Akad. der Wissenschaften, 1874.)

1. M. Schreibcr a publié un bas-relief grec décorant un puteal, et conservé à Madrid, où est retracée la scène de la naissance d'Athéna. (Abhandlungen des arch. epigraphisches Seminars der Universitàt in Wien, 1880, pl. I et p. 32.) La déesse est debout devant Zeus, et, derrière le dieu, on voit Héphaistos ou Prométhée. Mais, comme le fait remarquer M1'8 Lucy Mitchell, cette composition ne peut être qu'un écho très lointain de celle de Phidias. (Ancient sculpture, p. 35o.)

2. En 1871, M. Michaelis ne comptait pas moins de dix-neuf systèmes d'interprétations pour les figures conservées. (Der Parthenon, p. 1 85.) M. Petersen a repris la question avec beaucoup de science et de critique, et nous acceptons plusieurs des dénominations qu'il propose. ( Die Kunst des Pheidias, p. io5-i5o.)

il faut y ajouter les chevaux dont les têtes sont conservées à Londres. Deux des morceaux du fronton se trouvent encore à Athènes; les autres appartiennent au Musée Britannique. Ces statues proviennent des deux ailes du fronton, et le dessin de Carrey, qui les montre en place, permet d'en rétablir sans peine l'ordonnance. Si nous commençons par l'aile gauche, nous trouvons d'abord, dans la partie la plus rapprochée du centre, une figure de déesse, probablement Iris, qui se dirige vers la gauche. La jeune messagère s'élance vivement, comme pour annoncer aux deux déesses voisines l'événement qui tient en suspens les Olympiens. La tete encore tournée vers la scène centrale, elle retient d'une main son manteau gonflé par le vent, et, dans son mouvement rapide, les formes du corps s'accusent sous sa tunique, creusée de plis profonds. Vient ensuite un admirable groupe, où l'on s'accorde à reconnaître les deux grandes déesses d'Eleusis, Déméter et Goré. Assises sur des sièges très bas, recouverts de tapis repliés, toutes deux portent une longue tunique de laine, sur laquelle est drapé un manteau. C'est à la figure la plus rapprochée de l'angle du fronton que convient le nom de Déméter. Avec un geste plein d'abandon, la déesse s'appuie familièrement sur l'épaule de sa fille; Coré, assise plus haut sur une pile de coussins plus épais, se retourne à demi vers sa mère, tandis que, par un mouvement d'une magnifique ampleur, qui dégage son buste et en fait valoir les contours, son bras gauche étendu s'éloigne du corps pour s'appuyer sur un sceptre. De la main droite, elle tenait un objet aujourd'hui disparu, peut-être une pomme de grenade. Il est difficile, en quelques mots, de caractériser l'art merveilleux dont témoigne ce superbe groupe *. Ces draperies, d'un jeu riche et simple à la fois, traitées avec une exquise souplesse, la robuste et fière élégance des formes qu'elles voilent en les laissant deviner sous leurs plis, le modelé large et pur des bras nus de Coré, tout cela ne révèle-t-il pas la main d'un maître? Et quelle puissance de conception dénotent ces lignes d'un mouvement si aisé et si grand, ces attitudes d'une majesté tranquille, d'un naturel saisissant, qui semblent réalisées sans effort, tant l'art y est parfait!

La figure suivante se rapproche de l'angle du tympan : elle est à demi couchée, en raison de l'espace plus restreint que dessine, en s'abaissant, le tympan du fronton. Désignée souvent sous le nom

i. Il a été analysé en détail par M. O. Rayet, dans la notice déjà citée des Monuments de l'art antique.

de Dionysos, et plus populaire encore sous le nom de Thésée, cette statue paraît, en réalité, représenter Héraclès, qui avait un temple dans le quartier de Mélité L Le dieu, jeune et imberbe, complètement nu, est étendu sur un rocher que recouvrent une peau de lion et l'étoffe moelleuse d'un himation. Appuyé sur le bras gauche, les jambes nonchalamment croisées, Héraclès tenait de la main droite un objet aujourd'hui disparu ; tout son corps respire la force et la vigueur qui conviennent à un dieu, mais aucune action violente ne tend ces muscles robustes. Les lignes magnifiques du corps se déploient en une courbe harmonieuse, dessinant les contours puissants d'une large poitrine, des flancs d'une souplesse étonnante, et le mouvement des jambes étendues dans une pose pleine d'abandon et de naturel. Rien qui sente la recherche ou l'effort. Devant cette figure d'une si fière tournure et d'un jet si libre, on ne peut se lasser d'admirer la largeur et l'aisance magistrale qui y éclatent, comme si l'artiste avait atteint en se jouant à cette simplicité majestueuse qui est la véritable grandeur.

On désespère de rendre avec des mots la perfection du style et du modelé. Remarquez seulement combien ces qualités, avec lesquelles les statues du Parthénon nous ont familiarisés, étaient nouvelles dans l'art grec. Rappelez-vous Tanatomie déjà si remarquable, mais d'une précision aiguë et impitoyable, des statues d'Egine, ou même la science laborieuse du Discobole de Myron, cette œuvre « contournée et travaillée» , suivant le mot de Quintilien. Ici, rien qui trahisse une science trop apparente. Un art maître de lui-même s'y manifeste avec une suprême liberté, avec un sentiment profond de la vie. C'est par là que l'Héraclès reste le modèle le plus achevé que Fart grec nous ait laissé. « Un artiste seul, dit justement Beulé, pourra louer dignement ce marbre, qui sera toujours parmi les antiques l'idéal de la beauté virile, la pose si noble et en même temps naturelle, un ensemble si large et des détails exquis, les os accusés avec une science infaillible, et un sentiment hardi qui don-

i. M. Brunn {Berichte der bayer. Akad., 1874) a reconnu dans cette figure une personnification du mont Olympe. M. Waldstein {Essays on the art 0/ Pheidias, p. 1 85 et suivantes), a repris cette interprétation, et propose de donner aux deux figures féminines de l'aile droite, les noms de Thalassa et Gaia. Phidias aurait ainsi représenté Hélios prêt à s'élever du dessus du mont Olympe, et à droite Séléné s'enfonçant dans la mer en laissant la terre derrière elle. Nous ferons remarquer cependant que si la figure isolée que nous appelons Héraclès avait représenté l'Olympe, la symétrie aurait exigé que la représentation de la Terre fût également isolée.

nent au corps la légèreté en même temps que la force, les muscles, les chairs dont les os sont revêtus, et dont la mollesse répand sur tant de fermeté une grâce inimitable, l'expression enfin qui respire dans chaque partie, et qui est comme l'âme de la matière »

A l'extrémité gauche du fronton, prend place la figure d'Hélios guidant son char qui sort de la mer. Par une conception hardie, le sculpteur n'a fait émerger des flots que la tête et les bras d'Hélios, et les têtes des chevaux. Le dieu du soleil, les bras tendus, tient les rênes, tandis que les chevaux, pleins de feu, redressant leurs têtes nerveuses, tout frémissants sous la pression du mors, aspirent l'air de leurs naseaux largement ouverts. Ce groupe, auquel répond à l'extrémité droite celui de Séléné et de ses chevaux, indique-t-il que le jour se lève pour éclairer la naissance d'Athéna? Les deux figures symétriques d'Hélios et de Séléné ont bien plutôt le sens que les sculpteurs grecs attribuent, par une convention presque constante, aux figures d'angle des frontons; elles montrent le lieu où se passe la scène centrale, et, ici, c'est le ciel que le char d'Hélios parcourt dans sa carrière quotidienne.

On sait déjà que, du groupe du milieu, il ne reste que le torse d'Héphaistos. Les figures de l'aile droite correspondent, avec une parfaite symétrie, à celles de l'aile gauche. Les mêmes exigences ont déterminé les mêmes attitudes assises ou demi-couchées, et, comme dans l'aile gauche, une déesse accourant séparait la scène du milieu des groupes placés dans la partie basse de l'aile droite. Faut-il reconnaître cette figure dans un beau torse de Londres, représentant une femme s'élançant vers la gauche, vêtue d'une tunique courte laissant le genou à découvert? MM. Michaelis et Petersen n'hésitent pas à le faire, en s'appuyant sur le témoignage de Visconti ; parlant du fronton oriental, Tillustre archéologue dit, au sujet de cette statue, « qu'on l'a retrouvée abattue sur le plan inférieur du fronton 2 ». Mais à ce témoignage, qui n'est pas celui d'un témoin oculaire, on a, dans ces dernières années, opposé des raisons fort sérieuses, en particulier la grande analogie que présente le torse de Londres avec l'une des figures du fronton ouest dessiné par Carrey. On comprendrait mal, d'ailleurs, que le mouvement de cette statue fût tout à fait le même que celui d'Iris dans l'aile gauche. La loi de symétrie, si rigoureusement observée dans l'ordonnance des

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