‹ PhidiasChapitre 27 sur 56 · FRAGMENT D'UNE STATUE FEMININE · texte numérisé non relu

FRAGMENT D'UNE STATUE FEMININE

(Bibliothèque do Saint-Marc, à Venise.)

occupé par deux divinités fluviales : l'Ilissus, que le fragment conservé à Athènes montre accroupi, la jambe droite ramenée sous le corps, et enfin une divinité couchée, personnifiant la source Callirhoé, qui coule, comme l'Ilissus, au sud de l'Acropole.

Les fragments conservés du fronton occidental sont, on le voit, bien rares et bien mutilés. Aussi est-il fort séduisant de chercher à les compléter. On a cru reconnaître un morceau du fronton dans une tête de femme retrouvée dans les caves de la Bibliothèque nationale * ; malheureusement le style de cette tête n'a qu'un rapport bien lointain avec les sculptures du Parthénon, et, malgré l'autorité de Fr. Lenormant, il faut renoncer à faire un tel honneur à ce marbre trop vanté, dont l'origine reste d'ailleurs fort obscure. Il en est tout autrement d'un beau fragment de figure féminine assise, que possède la Bibliothèque de Saint-Marc à Venise; ce morceau, envoyé à Venise au xvme siècle par l'ambassadeur de la République vénitienne à Constantinople, présente avec les marbres du Parthénon les analogies les plus frappantes. Il est cependant difficile de décider auquel des deux frontons il appartenait. En le publiant pour la première fois, M. Waldstein 2 émettait l'hypothèse qu'il pouvait prendre place au fronton ouest, entre le Céphise et le groupe de Cécrops; il aurait ainsi rempli la lacune que nous avons indiquée plus haut. C'est en effet au fronton occidental que paraît se rapporter le fragment de Venise; mais, quelle que soit la place qu'on lui attribue, il accuse tous les caractères du style de Phidias et de son école, et le moulage de ce remarquable morceau, placé par M. Newton dans la salle d'Elgin au Musée Britannique, soutient l'épreuve d'un si dangereux voisinage.

Les deux vastes compositions que nous venons d'analyser en détail ne prennent toute leur valeur que si on les replace dans leur cadre naturel. Subordonnées aux exigences de l'architecture, elles faisaient corps avec l'édifice : c'est là seulement, dans le cadre triangulaire des frontons, que leurs lignes se déployaient avec leur harmonie savante. Mais si Ton essaie de restituer par la pensée ces magnifiques ensembles, que d'éléments nous échappent encore ! Il faut rendre aux statues le fond coloré sur lequel elles se détachaient, et qui relevait l'éclat du marbre :

1. François Lenormant: Galette archéologique, 1876, p. i-5, pl. I.

2. Arch. Zeitung, 1880, pl. VII, p. 71 et suivantes. Cf. Essays on the art of Phcidias, p. 1 3 1 .

le ton uni, bleu ou rouge, qui recouvrait la surface du tympan1, la décoration peinte des moulures encadrant le fronton. Il faut leur rendre encore leurs accessoires exécutés en bronze doré, tels que les sceptres, les armes et les renés des chevaux. Peut-être enfin faut-il faire violence à notre goût moderne, et admettre qu'une coloration discrète relevait çà et là le ton du marbre, et en atténuait l'éclat blanc et uniforme.

L'étude des frontons fait surgir une question plus importante encore : quelle part revient à Phidias dans la conception et dans l'exécution de ces vastes ensembles ? Assurément il serait puéril de reconnaître partout la main du maître. Quelque prodigieuse activité que l'on suppose à Phidias, l'imagine-t-on sculptant plus de quarante figures plus grandes que nature, alors que l'exécution de la Parthénos et cette sorte de surintendance pratique des travaux de l'Acropole réclamaient ses forces et son attention? Quel homme aurait pu suffire à cette tâche gigantesque? Frappé de la portée de ces objections, qu'il a lui-même formulées, Beulé 2 suppose que Phidias a pu se réserver l'exécution du fronton oriental, et confier à Alcamènes le soin de décorer l'autre fronton. Mais ce n'est là qu'une conjecture, et rien, jusqu'ici, ne la justifie. La solution du problème ne peut nous être fournie que par l'examen des inarbres du Parthénon. Deux caractères nous frappent surtout : la parfaite unité des deux compositions, et des différences assez notables dans l'exécution des statues. Considérez les deux frontons : vous y reconnaîtrez le même esprit, dans le groupement des figures, dans le mouvement des draperies, qui accuse un sentiment tout nouveau et une réaction marquée contre la timidité des anciennes écoles. Et cependant le style des figures est loin d'être uniforme : ici une facture plus large et plus sommaire, comme dans l'Héraclès; ailleurs, des délicatesses charmantes, comme dans le Géphise; quelquefois, comme dans l'Iris, un modelé moins souple et moins gras. Que des mains différentes aient travaillé à ces statues, on n'en saurait douter; mais quoi de plus naturel, si l'on attribue à Phidias seul la conception des deux frontons? C'est là en effet la solution à laquelle nous nous arrêterons. Nous imaginons volontiers Phidias déterminant le plan des frontons, exécutant de sa main les modèles en terre, et distribuant entre les sculpteurs de son atelier la tâche beaucoup plus longue

1. Paccard a relevé des traces de rouge sur l'un des frontons; sa belle restauration du Parthénon est conservée à l'Ecole des Beaux-Arts.

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